Public-privé, l'avenir des universités françaises ?

Cinq ans après l'adoption de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, quelles sont les conditions de réussite des établissements français ?
Vue aérienne de l'université Pierre-et-Marie-Curie, dans le Ve arrondissement de Paris / AFP
Vue aérienne de l'université Pierre-et-Marie-Curie, dans le Ve arrondissement de Paris / AFP (Crédits : AFP)

En quatre ans, le paysage universitaire a été profondément modifié. Au 1er janvier 2012, l'ensemble des universités françaises sont devenues autonomes sous l'impulsion de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU). Cette réforme, appliquée depuis août 2007, dont les objectifs affichés sont l'amélioration de la compétitivité internationale des établissements et le renforcement de leur attractivité, était nécessaire, mais est-elle suffisante ? Cet aggiornamento motivé notamment par les mauvais résultats du système français dans les classements internationaux est-il efficace ?
Certes, des progrès significatifs sont à mettre au compte de la LRU, notamment : une gestion plus souple, la création de fondations et une évaluation de l'enseignement plus approfondie. Cette nouvelle loi présente des avancées intéressantes, néanmoins, elle ne règle pas certains problèmes importants. Elle ne supprime pas, à moyen terme, le dualisme typiquement français universités-grandes écoles. Malgré les moyens financiers octroyés aux universités, elle ne règle pas leur sous-financement chronique. Elle ne permet pas la sélection des étudiants. Elle n'a guère modifié les résultats de l'enseignement supérieur français dans les classements internationaux. Et surtout elle ne donne pas les moyens aux universités de se développer rapidement. Quels sont donc les conditions de réussite et les enjeux d'un système d'enseignement supérieur dans un pays tel que la France ?

Des établissements privés sous contrat

Tout d'abord, un système universitaire efficace a besoin de beaucoup d'argent. Or l'État ne peut pas tout. Une démocratie avancée doit veiller au bon déroulement de l'éducation de sa population afin d'éviter certaines dérives. Aux États-Unis, Milton Friedman, conscient de ces problèmes, a fait des propositions concrètes* mais qui pourraient soulever de fortes oppositions en France. Quelles solutions adaptées à la culture française pourraient dès lors être envisagées ? Quels sont les métiers de l'université ? L'enseignement, la recherche et toutes activités connexes à ceux-ci. Quelles sont les missions de l'alma mater française ? La création de connaissance et son partage avec le plus grand nombre (idéal républicain) ; des enseignements de grande qualité, fonctions fondamentales dans l'économie de notre pays, permettant de réduire le chômage et d'améliorer la compétitivité de nos entreprises. Ces deux pôles d'activité sont intimement liés : pas de formations performantes au plan social et économique sans une recherche de haut niveau. Comment faire face à ces enjeux ?
Le développement d'universités privées sous contrat permettrait de répondre de manière efficace aux carences de la LRU. La matière grise est fournie par l'État, le reste est à la charge de partenaires privés. Ainsi, les salaires des enseignants-chercheurs seraient à la charge de la collectivité, le reste étant du ressort du privé. Cela souscrit au besoin indispensable d'investissements de fonds provenant du monde économique. Ce type d'établissement aurait pour avantage de garantir l'indispensable liberté des enseignants-chercheurs, grâce au statut de fonctionnaire ou par un statut similaire. Il permettrait à la France d'imposer une qualité scientifique et pédagogique ainsi que des normes sociétales garantes d'un bon équilibre démocratique. Une union plus étroite des systèmes de recherche et du secteur économique est souhaitable sous deux conditions.

Faire participer l'industrie

Il est indispensable que l'industrie contribue à la recherche au travers des plans d'investissement et des laboratoires communs. La création d'équipes de recherche mixtes (public-privé) répondant aux besoins de l'économie française, notamment des PMI-PME, qui ont souvent des difficultés à créer leurs départements recherche-développement, devrait être favorisée et plus largement développée dans ces nouveaux établissements d'enseignement supérieur. Il est également important que le privé finance la recherche purement fondamentale, sans laquelle il n'y aurait pas d'avancées technologiques significatives possibles.
Ce partenariat doit donner la possibilité aux enseignants-chercheurs d'élaborer des programmes de recherche dont la performance se joue au niveau de petites équipes dynamiques et flexibles, travaillant sur projet. Pour avoir une visibilité internationale, il est inutile d'avoir pléthore de personnel, le MIT en est un exemple. Les moyens alloués à ces équipes doivent être corrélés aux résultats (nombre de publications dans des revues de niveau international et nombre de brevets...) et à l'excellence de leur mode de gouvernance car l'idéologie du résultat est en elle-même porteuse de faiblesses pratiques. Cela implique une évaluation continuelle et rigoureuse mais limitée, intelligente et indépendante des objectifs atteints.
La compétition internationale pousse les pays à investir massivement dans le couple université-recherche. L'Irlande et l'Inde en sont deux exemples patents. La France, grâce à son génie propre, a les atouts pour s'élever à la toute première place. Il faut qu'elle s'en donne les moyens. Cela passe par la réunion des très grandes compétences de nos enseignants-chercheurs et par l'immense savoir-faire de nos industriels. Si ces deux mondes ont la volonté de s'unir et de collaborer en dehors des vieux clivages idéologiques, alors la France devrait retrouver la compétitivité qui lui fait défaut depuis des années.

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* Milton Friedman (1912-2006) défend l'idée d'un chèque d'éducation que les étudiants peuvent utiliser pour financer leurs études dans l'établissement de leur choix. Par ce système, les tarifs des écoles privées ou publiques sont libres, mais la scolarité est subventionnée. Ses propositions ont été expérimentées aux États-Unis. Milwaukee est depuis 1990 une ville pionnière en la matière. Le programme mis en place permet aux étudiants de recevoir des aides du fonds public pour étudier dans des écoles privées sans avoir à débourser d'argent eux-mêmes. L'année scolaire 2006-2007 a dépassé les 100 millions de dollars payés en chèque, puisque 26 % des étudiants de Milwaukee ont reçu ces fonds.

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Alain Bretto est professeur des universités, département informatique, université de Caen. Christian Durand est consultant en ressources humaines, chargé de cours en Management, docteur en Sciences du langage.

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Commentaires 13
à écrit le 15/08/2012 à 10:46
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L'objectif de "L'école de la République" était de "sortir une élite" pour servir la République, et non pas de faire croire que tout individu a les capacités d'appartenir à cette élite, démagogie de gauche racoleuse qui a imprégné l'enseignement et l...

à écrit le 14/08/2012 à 22:44
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Les universités ont plusieurs problèmes mais pas nécessairement celui de l'argent et d'un fonctionnement à l'anglo-saxonne. La volonté d'élitisme dont nous savons quelle conforte les classes sociales privilégiées en premier avec la caution morale des...

à écrit le 14/08/2012 à 21:55
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taper la stratégie du choc dans you tube et vous en saurez plus sur cet altruiste o_0

à écrit le 14/08/2012 à 21:55
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taper la stratégie du choc dans you tube et vous en saurez plus sur cet altruiste o_0

à écrit le 14/08/2012 à 14:51
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Bonjour, Intéressant de lire le baratin d'un fonctionnaire d'une université de seconde zone dont certains agents au rang de Professeur des Universités classe exceptionnelle ne doivent leur fulgurante carrière qu'à l'appui local des syndicats. En c...

à écrit le 14/08/2012 à 11:57
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Si on travaille avec les industriels, il va falloir un sacré changement culturel pour produire les publications internationales évoquées par les auteurs. Les industriels français n'ont que faire de ces publications. Sans publications, on est exclu de...

à écrit le 14/08/2012 à 10:25
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comment faire participer l'industrie ? quelle industrie d'ailleurs ? les secteurs de pointe on depuis longtemps quitté ce pays ? pays sclérosé où nos plus grands projets se sont résumés aux : services à la personne, tva allégée sur la restauration et...

à écrit le 14/08/2012 à 10:06
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Vouloir limiter le rôle de l'université à la seule production de la connaissance _la recherche_ c'est déjà faire le jeu du libéralisme qui n'a aucun intérêt à financer les autres aspects de l'enseignement supérieur et de la recherche (Conserver et Tr...

à écrit le 14/08/2012 à 9:46
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Interrogez Google : Alain Bretto - 400 Bad Request https://bretto.users.greyc.fr/ MG Professeur des université en informatique, aussi.

à écrit le 14/08/2012 à 7:11
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Le modèle privé est largement catholique et à traiter avec un peu plus de scépticisme

à écrit le 13/08/2012 à 22:36
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Tout est dit dans cet article:la vision libérale se déversé à plein en prenant comme bel exemple les Etats-Unis plutôt que de chercher le bon modèle pour la France....la bonne question est de savoir si l'on doit continuer dans ce modèle élitiste ? et...

à écrit le 13/08/2012 à 21:36
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"Excellence", "gouvernance" : toujours le même jargon aseptisé de ce début de 21e siècle ! Le "professeur d'université" sait faire le perroquet, visiblement ! "Consultant" qu'ils disent...

à écrit le 13/08/2012 à 20:32
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ET LES RETRAITES DES POLYPENSIONNES PUBLIC / PRIVE , quelqu'un s'en occupe au gouvernement .???

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