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Tour d'Europe des systèmes bancaires (2/10): les banques belges, des colosses aux pieds d'argile emportés par la crise

David Benamou, président d'Axiom AI

Publié le 22 janvier 2013 à 16:22

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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En dix articles publiés quotidiennement à partir du 21 janvier, La Tribune avec David Benamou, président d'Axiom AI, vous proposent de découvrir les systèmes bancaires européens. En Belgique, la crise a dévasté le paysage bancaire. Dexia, Fortis , KBC... Les dégâts sont à la hauteur des erreurs stratégiques commises au cours des années fastes. Le secteur bancaire belge doit désormais se réinventer.

Quel paradoxe que le système bancaire belge! Bien géré, bénéficiant d'un marché domestique stable, dénué de bulle immobilière, il a pourtant été emporté dans la tourmente de la crise... Il n'est sans doute pas exagéré de dire qu'il a été détruit par une succession d'erreurs politiques et financières magistrales.
Le noeud du problème résidait dans l'importance du secteur bancaire (330% du PIB en 2007 contre environ 225% en France et en Allemagne) et sa très grande concentration: les trois grandes banques, Fortis, KBC et Dexia détiennent toujours plus de 75% des actifs. Or, ces trois établissements, pour des raisons variables et dans des circonstances très différentes, ont tous pris des décisions cruciales pour leur avenir qui ont très mal tourné.

- DEXIA

La décision de fusionner les activités de banque de détail belge, de banque de secteur public français de CLF et de banque privée luxembourgeoise de BIL était peut-être une superbe idée politique et un symbole d'intégration européenne, mais elle n'avait aucun sens économique. Lancée dans une concurrence effrénée contre les banques allemandes sur le marché du secteur public et dans l'activité complexe des monoline américains, Dexia ne s'est pas donné les moyens de ses ambitions. Le capital était trop faible (car l'activité essentiellement concentrée sur des activités à faible pondération en capital), le programme de financement était trop agressif (trop de financements à court terme) et géré trop loin des métiers opérationnels. Quand, sous la pression politique, le management de Dexia a accepté de ne pas sortir rapidement son exposition souveraine, il a scellé le destin du groupe qui n'a pas résisté au PSI mis en place sur la dette grecque. Le groupe a donc été découpé en trois et la partie belge, DBB, largement concentrée sur la banque de détail, va devoir redevenir rentable malgré la part de l'héritage malheureux qui lui a été allouée.

- FORTIS

Fortis était la plus grande banque belge, rentable, solide, bénéficiant d'une extraordinaire base de clientèle, etc. Que s'est-il passé? Une seule et une unique décision: le rachat, aux côtés de RBS et de Santander, de la banque ABN Amro à un prix exorbitant, au plus haut de la bulle en 2007. La plus grande OPA bancaire de l'Histoire s'est vite avérée la plus grande catastrophe financière! A peine quelques mois plus tard, le prix payé n'avait plus aucun sens économique et le rachat avait détruit les fonds propres règlementaires. Après la faillite de Lehman Brothers, le gouvernement belge a dû se résoudre à nationaliser la banque aux côtés des Etats néerlandais et luxembourgeois. Au terme d'une restructuration d'une complexité ébouriffante - qui donne encore lieu à quelques contentieux - le groupe a été démantelé comme suit : le gouvernement des Pays-Bas a repris la partie hollandaise de l'activité en intégrant la partie bancaire dans un nouvel ABN Amro et en séparant la partie assurance dans ASR Nederland, BNPP a repris une part majoritaire dans l'activité bancaire belge (Fortis Banque Belgique) et l'activité d'assurance belge est devenue Ageas. Le solde des actifs est logé dans une bad bank dont la répartition des pertes et profits donnerait la migraine même à un spécialiste de la mécanique quantique.

- KBC

Les déboires de KBC ont été moins spectaculaires que ceux de ses deux concurrents belges. Ses principales difficultés sont venues de sa forte implantation en Europe de l'Est, souvent par le biais d'acquisitions payées au prix fort et de l'aversion généralisée au risque qui a suivi la faillite de Lehman Brothers et a fragilisé toutes les banques ayant une activité importante dans ces pays. Le groupe a donc reçu une aide publique importante (du gouvernement flamand car la banque est généralement considérée par les belges comme une banque «flamande» plus que «wallonne») qui l'a contraint à mettre en oeuvre un plan de réduction du bilan.

Certaines de ces évolutions (Dexia) sont très récentes. Le système bancaire belge est donc à un tournant et doit se réinventer. Il est probable qu'il se focalise, à l'avenir, sur la banque de détail et le crédit aux entreprises, un métier qui reste très rentable en Belgique et sur la gestion de l'important excès d'épargne privée du pays. En effet, Fortis, maintenant membre du groupe BNP Paribas, n'a pas vocation à développer des activités internationales que le groupe conduit par ailleurs, et Dexia Banque Belgique n'a certainement pas vocation, dans un avenir proche, à faire autre chose que respecter les engagements pris auprès de la Commission et à consolider sa situation locale. Seule KBC, à l'avenir, pourrait envisager de se développer à l'international.

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...et une banque centrale cotée en Bourse

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Enfin, on ne peut pas parler du système bancaire belge sans mentionner une étonnante particularité du pays: la Banque centrale est cotée en bourse. L'assemblée générale des actionnaires nous dira peut-être ce que pensent ces investisseurs des politiques non conventionnelles de la BCE!

David Benamou, président d'Axiom AI

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