Pourquoi la croissance ne redémarre pas en Europe

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Alexandre Kateb. Copyright DR
Alexandre Kateb. Copyright DR (Crédits : DR)
Alexandre Kateb est économiste et directeur du cabinet Compétence Finance. Il est l'auteur de "Les nouvelles puissances mondiales. Pourquoi les BRIC changent le monde" (Ellipses, 2011).

Les signes de reprise se multiplient aux Etats-Unis où les derniers indicateurs montrent une nette progression de la consommation intérieure et une embellie spectaculaire du marché immobilier. Même l'achoppement des discussions sur le « fiscal cliff» (le précipice budgétaire), et la solution a minima négociée par le président Obama avec le Congrès en début d'année, n'ont pas eu raison de l'optimisme des analystes et des marchés sur les perspectives de l'économie US. Cette embellie conjoncturelle est portée par une renaissance de l'industrie manufacturière américaine, illustrée par les relocalisations d'usines et portée par une accélération de l'innovation qui ne concerne pas seulement, loin s'en faut, la Silicon Valley. Sans oublier l'engouement autour du gaz et du pétrole de schiste qui pourraient faire des Etats-Unis un exportateur net d'hydrocarbures à l'horizon 2025.

En Chine aussi, on observe des signes de reprise même si les statistiques chinoises sont plus sujettes à caution, compte tenu de l' « ingénierie de la croissance » que les autorités locales et nationales ont l'habitude de pratiquer afin de lisser les chocs conjoncturels et d'afficher un profil de croissance qui correspond peu ou prou aux objectifs fixés par le plan quinquennal. Quoi qu'il en soit, le problème structurel en Chine n'est pas le manque de croissance mais plutôt le caractère déséquilibré de cette dernière, qui repose encore trop sur ses deux piliers traditionnels que sont les exportations manufacturières et l'investissement dans le logement et les infrastructures. Face à ces signes encourageants ailleurs dans le monde, il est vain de chercher en Europe de quoi se réjouir. Le Vieux continent souffre toujours selon nous d'une combinaison de trois facteurs qui handicapent sérieusement toute reprise réelle de l'économie.

Le premier problème, souligné par le FMI qui a multiplié récemment les avertissements en ce sens par la voie de sa directrice générale, Christine Lagarde, est bien sûr l'impact des politiques d'austérité et de rigueur budgétaires dans la zone euro. Le FMI a beau faire son mea culpa et affirmer que ces politiques d'austérité ne marchent pas, ces alertes du grand argentier mondial sont accueillies avec la plus froide indifférence par Berlin qui tient les cordons de la bourse dans la zone euro. On préfère pratiquer la déflation, semble-t-il plus par idéologie que par réelle conviction. C'est la théorie de la «menace crédible» qui a les faveurs de Berlin - on ne s'écarte pas des objectifs qu'on s'est soi-même fixés pour ne pas obérer sa crédibilité auprès des marchés - au risque de voir cette crédibilité disparaître in fine en raison de l'obstination dans l'erreur.

Le second problème est celui de la mauvaise transmission de la politique monétaire en dépit de conditions monétaires plus que favorables et des dizaines de milliards d'euros qui ont été dépensés pour sauver des banques qui affichent aujourd'hui à nouveau des résultats très positifs. Une manière de le constater consiste à voir le rythme de croissance de l'agrégat monétaire M3 dans la zone euro, qui ne s'est toujours pas remis de sa chute spectaculaire entre 2008 et 2010. Cela est dû en grande partie aux normes Bâle III imposées au plus mauvais moment possible, en phase de convalescence de l'économie après une crise financière de grande ampleur. Le désendettement des banques et l'augmentation des exigences en capital peuvent certes apparaître comme des objectifs louables - bien qu'on puisse questionner, à l'instar d'Andrew Haldane, l'entêtement à mettre en oeuvre des régulations ultra-complexes et finalement assez peu efficaces - mais le timing est plus que mal choisi pour le faire. Le résultat est que toutes les activités gourmandes en fonds propres, ou perçues comme telles, comme le crédit à l'export, le financement de projets ou les prêts aux collectivités locales sont au point mort.

Le troisième problème enfin est celui d'une surévaluation de l'euro dans ce qui est, inutile de se voiler la face, une véritable guerre des monnaies engagée au niveau mondial, par la politique d'assouplissement quantitatif de la Reserve Fédérale et désormais de la Banque du Japon, qui vient de lui emboîter le pas sous les injonctions plus que pressantes du nouveau gouvernement de Shinzo Abe. Il est facile de voir le lien entre l'appréciation de l'euro et les difficultés à l'export des groupes industriels européens qui n'ont pas délocalisé une partie de leur production en zone dollar. Bien sûr, l'appréciation de l'euro n'est pas l'unique variable qui influe sur la compétitivité des produits européens mais dans une conjoncture où chaque dixième de point de croissance compte, c'est un élément non négligeable.

On le voit, l'Europe essaye péniblement d'avancer avec les boulets qu'elle s'est elle-même mise aux pieds, afin de paraître plus vertueuse vis-à-vis de ces partenaires et des marchés financiers. On aurait tort de prêter à ces derniers une quelconque attitude de soutien ou de commisération. Pour les investisseurs, ce qui compte en définitive ce sont les résultats c'est-à-dire la croissance retrouvée, et non l'affichage d'une quelconque fidélité à une règle, qui serait vouée tôt ou tard à l'échec. On atteint là une des limites de la transparence et de la vertu car, en économie comme en amour, il n'y a pas d'intentions il n'y a que des preuves.

Retrouvez le blog d'Alexandre Kateb, "Nouveaux mondes, nouvelles puissances".

 

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a écrit le 12/02/2013 à 14:21 :
Je ne comprends pas très bien cet article, qui, en résumé, semble dire ou aller vers: pas de politique d'austérité, donc pas d'effort pour diminuer la dette, pas de plan pour un meilleur contrôle des activités bancaires, pas d'Euro fort,.. de plus l'article conclut par une Europe qui suivrait aveuglement des règles, en se mettant délibérement des "boulers aux pieds" pour faire plaisir à ses créanciers... bof! essayons d'imaginer le contraire: pas de rigueur, pas de contrôle bancaire accru, pas d'Euro fort... aucun prêteur sérieux ne viendra risquer ses fonds dans nos contrées.
Et puis en filigrane il y a les cas américains et chinois; ils n'ont rien à voir avec le nôtre; pour leurs points positifs: aux USA il y a des réserves énergétiques potentielles, qui jumelées à un dollar faible permettront un large redressement économique; en Chine les réserves financières sont épaisses, la marché intérieur énorme, et vaille que vaille beaucoup de ce qui est vendu sur nos marchés vient de là-bas (regardons les 'made in'...); les points négatifs sont sans doute transitoires pour les USA: chômage,.... pour la Chine c'est plus compliqué: déséquilibre social, pollution,.. e
a écrit le 06/02/2013 à 16:04 :
1 ) La déréglementation qui a permis l'injection massive de capitaux dollars, très coûteux en termes de pertes de plus-values, dividendes, commissions, frais divers, pouvoir de décision, ... et 2 ) multiplication des accords de "libre"-échange qui nous obligent à importer les produits de pays qui dévaluent leurs devises (axe longitudinal Fed, BoE, BoC et BoJ). Cette évolution crée une situation de compétitions mutuellement destructrices qui le cycle de redressement durable basé sur le cycle production/consommation locale.
Réponse de le 08/02/2013 à 13:39 :
les accrds de libre échanges ne nous obligent pas à importer les produits. C'est par la dévaluation de leurs monnaies que ces pays sont très compétitifs, et donc nous achetons tjrs le moins cher donc ...
votre première phrase sur "la déréglemantation qui permet l'injection de capitaux dollars couteuse en pertes de plus values" ne veut absolument rien dire ...
a écrit le 06/02/2013 à 15:18 :
La France est en train de crever du socialisme, des taxes, des réglementations ubuesques, de la bureaucratie rapace et haineuse, des fonctionnaires et autres assistés en surnombre. Tous les pays européens ne sont pas en crise. Le chômage en Allemagne est deux fois inférieur au chômage français. Le chômage en Suisse est 4 fois inférieur au chômage français. Les pays européens qui s'en sortent sont ceux qui ont réduit leurs secteurs publics, qui ont renoncé au socialisme. Il faut mettre fin au socialisme en France et notre crise, celle d'un modèle social en fin de vie dont on ne veut plus, sera immédiatement terminée.
Réponse de le 06/02/2013 à 15:35 :
Merci de citer les autres exemples sur la reduction du secteur publique: Espagne, Portugal, Grece...un peu simpliste votre analyse
Réponse de le 06/02/2013 à 16:12 :
non pas simpliste realiste, les 3 pays que vous cite ont du le faire dans l urgence avec perte et fracas, comme devra le faire la France accessoirement..... tous ceux qui l ont fait en periode de croissance de l Allemagne a la Suede en pass par le Danemark s en sortent mieuex.... Gouverner c est prevoir eux l ont fait nous on a attendu d etre au pied du mur! Merci a tous ceux qui ont bloque toutes reforme depuis 30 ans grace à vous nous allons a l image de la Grece etre contraint a cette reforme et ce desengagement de l etat dans la douleur!
Réponse de le 07/02/2013 à 10:46 :
@@bob La suisse, la suède, le danemark ne sont pas dans la zone euro ! Donc votre analyse ne tient pas une seconde, seule l'allemagne s'en sort bien car la politique monétaire fonctionne très bien pour elle et ses exportations massives (jusqu'à quand?)... Reveillez-vous tous les plans d'austérités aggravent les déficits et les dettes des pays de la zone, TOUS !!!
Réponse de le 07/02/2013 à 11:49 :
Ce sont les dépenses publiques inconsidérées et les taxes destructrices qui provoquent la crise et alimentent les déficits. L'austérité pour les Etats n'est pas l'austérité pour les peuples. Au contraire, c'est la condition de leur libération du socialisme.
Réponse de le 07/02/2013 à 13:00 :
@la fin du socialisme, les dettes publiques proviennent en grande partie du privé, y'a qu'a voir la proportion de la dette privé et publique entre 2009 et 2012 c'est flagrant !
Réponse de le 07/02/2013 à 13:01 :
"L'austérité pour les Etats n'est pas l'austérité pour les peuples." allez dire ça aux grecs et aux espagnols !
Réponse de le 08/02/2013 à 13:38 :
@ bob44 : les dettes publiques proviennent des dettes privées ??? comment cela ???
a écrit le 06/02/2013 à 15:08 :
La croissance redémarrera aprés la troisiéme guerre mondiale pas avant,pessimiste ? non,réaliste ,regardez l'histoire depuis 1 siècle,inutile de fermer les yeux cella ne changera rien,car le problème majeur,viens du fait que nous soyons en trop grand nombre par apport aux ressources de la terre & nous sommes tellement cons,que à la place de réduire le nombre de naissances,nous nous reproduisons à la vitesse grand V,donc obligatoirement nous allons vers une catastrophe mondiale.
Réponse de le 07/02/2013 à 10:48 :
Sauf qu'il y a de quoi nourrir tout le monde sans problème, la démographie n'explique pas tout, la connerie oui..
a écrit le 06/02/2013 à 14:54 :
L'austérité dans la zone euro a été contre-productive.
Quant aux usa, c'est le problème inverse: surtout continuons comme avant! D'ailleurs la croissance au dernier trimestre était ... de -0,1%. Voilà pour le renouveau américain. Qu'est-ce que ça va être quand ils vont se serrer un peu la ceinture!
a écrit le 06/02/2013 à 14:51 :
La fausse croissance est celle obtenu par engraissement de l'état. Mais le fait que chacun souhaite avoir un revenu plus élevé chaque année, en travaillant et en investissant une partie du fruit de son travail, est la seule logique qui permette de sortir de la pauvreté.
a écrit le 06/02/2013 à 14:31 :
Et si on se posait la question du modele de developpement qu on defend depuis l;a guerre...croissance croissance et croissance. On a depasse les limites surendette, moins de pays à piller, surequipement du monde occcidental, matieres premieres en declin, pollution...etc etc...quelques questions à resoudre avant de repondre fabriquons de la fausse croissance....qui abouti à une catastrophe
a écrit le 06/02/2013 à 14:03 :
La France se ridiculise à se plaindre tout le temps. Prenons plutôt les choses en main et lançons une dévaluation rampante en baissant nos prix (loyers compris) et nos salaires de 3% par an ! C'est exactement ce que les Allemands on fait depuis 10 ans. Pourquoi n'en serons-nous pas capable ?...
Réponse de le 06/02/2013 à 14:27 :
La baisse des loyers ca ne se decrete pas. Si nos salaires baissent de 3%/an ca voudra dire une baisse de la consommation et donc un manque a gagner pour l'etat et un creusement du deficit comme c'est le cas dans la quasi totalite des pays qui sont en train d'appliquer cette politique: Grece, Espagne, Portugal, Irlande...
Réponse de le 06/02/2013 à 14:42 :
Les loyers baissent en Allemagne depuis 10 ans parce que la population baisse depuis 10 ans.
a écrit le 06/02/2013 à 13:49 :
Il est vrai qu'on n'y comprend rien. D'un cote on nous dit que les pays europeens doivent se desendetter et donc appliquer des cures d'austerites qui n'ont que pour consequence recession et chomage et de l'autre on a des pays qui font fi de toutes ces regles: les USA, le Japon qui relevent leur plafond d'endettement et qui font tout pour faire baisser leur monnaie malgre un endettement bien superieur a celui des pays europeens... Le futur nous dira qui avait raison, en attendant le chomage atteint des sommets en Espagne (+ de 26%) et ailleurs, la recession perdure dans beaucoup de pays europeens, la jeunesse est sacrifiee et comme les trous se creusent on rajoute une nouvelle couche d'austerite....
Réponse de le 06/02/2013 à 14:45 :
la dette américaine n'est pas supérieure, en proportion du PIB, à la dette française. De plus les prèlèvement obligatoires ne sont que de 35% aux US alors qu'ils sont de 57% en France. De ce fait les US ont une plus grande résilience qui a été mise à mal par l'obstination des républicains et les blocages politiques. Mais la France, elle, a choisi le bord du gouffre déflationiste, et pas seulement une éventuelle et formelle "fiscal cliff".
Réponse de le 06/02/2013 à 15:34 :
La dette americaine est de 103% en proportion du PIB quand la dette francaise est aux alentours de 91%. Si l'on ajoute a cela l'endettement prive, la dette americaine est bien plus importante et les francais ont d'avantage d'epargne (16,8% du revenu disponible contre 3% aux USA.Il y a moins de prelevements obligatoires aux USA mais moins d'epargne et plus d'endettement prive pour compenser: frais de scolarite, sante...)
a écrit le 06/02/2013 à 12:02 :
->Gilou...dans la série "je commente car j'ai rien à faire de la journée"...arrêter de surfer ça vous use les neurones.
L'Europe est naïve face aux protectionnismes à peine déguisé des Chinois et des Américains. Les lobbys du libre échangisme qui soudoient nos politiques n'ont pas fini de faire des dégâts. l'Europe reste le plus gros marché mondial devant les Américains et Chinois et elle ne joue pas collectif pour défendre efficacement ces intérêts.
Réponse de le 07/02/2013 à 10:50 :
+1000
a écrit le 06/02/2013 à 11:54 :
@PLE
Comparer ce qui est comparable. La Suisse n'est pas dans l'Euro et les résultats de l'export ne sont pas comparables car la structure des entreprises Suisses n'ont rien à voir. Le secteur pharmaceutique très présent n'est pas perturbé par la crise mondiale, l'agroalimentaire avec le géant Nestlé augmente ses parts de marchés, l'ingénierie financière à réussit à se sortir du marasme par son immoral statut de paradis fiscal...En Allemagne on vend des machines outils aux Asiatiques (en grignotant la place des Japonais boudés par les Chinois) pour nous inonder de leurs produits par la suite...mais cet avantage sera éphémère. La Suisse se protège efficacement de l'extérieur...beaucoup mieux que l?Europe et les Suisses comme les Allemands n'achètent que Suisse ou Allemand prioritairement...Pour eux le patriotisme économique veut dire quelque chose.
De plus si la Chine et les USA comme le Japon font tout pour que leur monnaie baisse...c'est pas pour faire joli. Cela ralenti les importations et facilite les exports voyons ! et même si les achats augmentent. l'Euro fort rassure les Allemands mais ils n'ont pas toujours raison souvenez vous après la crise de 1929 ou leur obstinations économiques les a mené...
l'Allemagne à décidé d'appauvrir les salariés Allemands. C'est leur seule manière d'être compétitif surtout face aux voisins Européens. Réduire leurs salaires et d'accepter des mini-boulots de 600? en moyenne...Si pour vous le progrès c'est d'appauvrir la population pour concurrencer les autres salariés des états voisins...retournons à l'esclavage humain !!!
Réponse de le 06/02/2013 à 19:02 :
Il est vrai, aucun pauvre en France et aucun mini boulot ! Votre analyse est complètement erroné, allez voir de l'autre coté du Rhin et vous allez voir la différence !
a écrit le 06/02/2013 à 11:13 :
La critique est facile, mais l'art est difficile... Que proposez vous, cher Monsieur ?
a écrit le 06/02/2013 à 11:10 :
Si ce gars est économiste, alors moi, je suis l'Archevêque de Canterbury !!
Réponse de le 06/02/2013 à 16:06 :
Ouais et moi je suis le Pape...
a écrit le 06/02/2013 à 10:54 :
Mauvaise analyse pour l'Euro surévalué!!!! Expliquez nous pourquoi la Suisse qui a vu sa monnaie surévaluée de 30% l'an dernier par rapport à l'Euro (et autres monnaies) a toujours une balance commerciale positive y compris avec la Chine!! Les exportations ont même
augmenté... par rapport au passé.
Je vous rappelle qu'un Euro (qui serait) fort permet des importations à meilleur coût.
merci pour votre explication.

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