Gouvernance mondiale : avec les nouveaux émergents, créons le G25 !

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Laurence Daziano (c) dr
Laurence Daziano (c) dr (Crédits : DR)
Syrie, politique monétaire...Le sommet du G20 à Saint-Pétersbourg risque d'être tendu, et pourrait délégitimer cet outil de gouvernance mondiale. Qui devrait également songer, selon l'économiste Laurence Daziano, à intégrer les nouveaux émergents, pour assurer sa pérennité...

Le G20, actuellement présidé par la Russie, se réunit à Saint-Pétersbourg les 5 et 6 septembre. A cette occasion, les dirigeants des vingt puissances économiques mondiales discuteront, au bord du golfe de Finlande, de la crise en Syrie qui vient s'inviter au menu des discussions, comme le principal dossier. Cependant, un second sujet majeur est également à l'ordre du jour avec le ralentissement économique constaté chez les BRICS lié à la perspective de remontée des taux américains. Les BRICS entendent constituer un « front » émergent pour demander la prise en compte de leur contribution à la croissance mondiale en vue d'obtenir des politiques monétaires occidentales plus accommodantes.

>> Lire aussi : Guerre des monnaies, les Brics préparent la riposte

Le G20 est devenu, depuis sa création en 2008, le véritable directoire mondial. Il a effacé le G8 qui ne constitue plus un vrai « club » démocratique (la Russie en est membre) et ne représente plus réellement l'économie mondiale. En offrant un siège aux BRICS, le G20 s'est ainsi affirmé comme le vrai forum de discussions des sujets globaux : croissance mondiale, régulation financière, questions environnementales. A cet égard, il faut rendre hommage à Nicolas Sarkozy et Gordon Brown d'avoir eu l'intuition, en 2008, que la crise financière mondiale nécessitait de refonder un directoire élargi aux grands émergents.

Représentativité de l'économie mondiale

Le G20 a ainsi pris acte du phénomène le plus marquant de la dernière décennie : l'émergence des BRICS. Pour parfaire la représentativité des continents, le G20 a également accueilli, entre autres, l'Arabie Saoudite, le Mexique, l'Indonésie, la Turquie, l'Argentine ou la Corée du Sud. Le G20 représente les deux tiers de la population, 85% du commerce international et 90% du PIB mondial.

Dans son fonctionnement, le G20 a repris les principes des forums internationaux. L'acte essentiel réside dans le « communiqué final » où chaque puissance négocie la prise en compte de ses intérêts. Mais le G20 a également à son actif plusieurs résultats concrets de long terme. Il a ainsi été le lieu de discussions pour la coordination des plans de relance, les programmes d'injection de liquidités par les banques centrales, les mesures de régulation bancaire et financière ou encore la réforme de la gouvernance du FMI et de la Banque mondiale.

Les nouveaux émergents

La clé du succès du G20 réside donc dans sa représentativité de l'économie mondiale. Or, l'émergence du Sud se poursuit. Ainsi, les BRICS, qui se sont développés, sont progressivement remplacés par les nouvelles puissances émergentes que sont les BENIVM (Bangladesh, Ethiopie, Nigéria, Indonésie, Vietnam, Mexique). Ces pays, qui conjuguent une forte croissance démographique et les conditions structurelles de l'émergence, sont promis à devenir les puissances émergentes de la prochaine décennie. Les BENIVM, qui sont déjà des « géants démographiques » (le Nigéria a 160 millions d'habitants et en comptera 250 millions en 2050), sont en passe de conquérir des taux de croissance durables à deux chiffres.

>> Lire aussi : Après les Brics, l'essor des Benivm

A ce titre, le G20 devrait anticiper les mutations économiques en cours en s'élargissant. Pour certains, l'élargissement entrainerait la dilution du mode de décision. C'est un argument facilement réfutable si l'on considère que la légitimité du directoire mondial réside justement dans sa représentativité, et non dans son « étroitesse ». L'effacement du G8 en est la meilleure preuve. A l'inverse, le G20 ne saurait continuer à représenter les grands intérêts mondiaux en laissant de côté les nouvelles puissances émergentes. D'ailleurs, l'Indonésie et le Mexique en sont déjà membres, alors que l'Ethiopie n'est encore qu'un invité permanent. Il n'est guère concevable, à moyen terme, que Hanoï ou Abuja ne puisse siéger alors que l'Espagne assiste à tous les sommets, elle aussi en qualité d'invitée.

Le G25, institution légitime

Les dirigeants du G20 auraient donc tout intérêt à transformer cette instance en « G25 ». Ce nouveau directoire reconnaitrait ainsi l'émergence du Bangladesh, du Nigéria, du Vietnam et de l'Ethiopie. Un cinquième pays, représentant les émergents sud-américains, pourrait être associé à l'instar de la Colombie. Le G25 représenterait ainsi toute la palette des nouvelles puissances. Cet élargissement à cinq nouvelles puissances émergentes permettrait de stabiliser la pérennité de l'institution pour la prochaine décennie, en garantissant la légitimité de ses décisions.

 

* Laurence Daziano est maître de conférences en Economie à Sciences po Paris, et membre du conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique.

 

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Commentaires
a écrit le 09/09/2013 à 23:06 :
Je ne savais pas que l'Ethiopie était un pays émergent, j'ai appris quelque chose
a écrit le 09/09/2013 à 23:03 :
La question de la représentativité du G20 et de l'adhésion de grands pays comme le Nigeria et l'Ethiopie est une idée rafraîchissante!
a écrit le 09/09/2013 à 23:02 :
L'auteur a le mérite de dresser l'état des rapports de force au sein du G20 et de poser la question de l'association des nouvelles puissances émergentes, félicitations!
a écrit le 06/09/2013 à 18:40 :
mais bien sûr Candide
a écrit le 06/09/2013 à 15:09 :
Que ce soit le G2, le G7, le G8, le G20 ou autre conférence de Doha ou de Rio, il ne semble pas que cela change grand chose, quel que soit le sujet. La refondation de l'ONU (en supprimant le droit de veto et en mettant à la majorité des voix les décisions) semble le moins pire.
a écrit le 06/09/2013 à 14:17 :
A bien faire, pourquoi ne pas faire directement un grand machin appelé G 197 ? Ainsi, n'y aurait-il pas de jaloux. Et cela distrairait les chefs d'Etat fatigués.
a écrit le 06/09/2013 à 8:58 :
Déjà, quand on voit ce qui sort des "20"... Est-ce que 25 changerait quoique soit..??
a écrit le 06/09/2013 à 4:43 :
Légitime en quoi? A part son beau sourire, qu'a donc à nous vendre cette personne? L'ONU est un échec patent en raison des manipulations permanentes qui y ont lieu, à la culture de l'exception propre à tous ces gens qui ne sont pas soumis aux règles communes et un véritable vivier de dictateurs déchus et adversaires politiques à récompenser... Pourquoi le G25 vaudrait-il mieux? Et puisqu'on nous l'assène comme une évidence, expliquez nous donc ce que sont les si beaux succès du G20...
a écrit le 05/09/2013 à 20:14 :
G 20; G8 et tout le tintouin, ce n'est bon qu'à dépenser de l'argent pour des c...neries !!
Réponse de le 09/09/2013 à 23:05 :
Pas vraiment, l'article n'aborde pas ce sujet!
a écrit le 05/09/2013 à 20:05 :
Je crois qu'il faut remettre un peu les pendules à l'heure .Quand la journaliste dit ''''cet outil de gouvernance mondiale '''' ça prete à sourire .Depuis que les G8 ou G20 existent ,aucune mesure concrete n'est sortie de ces messes basses.Ce sont des réunions que l'on nomment informelles, et on imagine trés trés mal qu'une decision collective sois prise contre un de ses membres et sa souveraineté nationnale,car gouverner aprés palabres et discussions c'est voter pour agir.Vous imaginez l'Amerique ou autre mise en minorité et se voir imposer la volonté commune des autres ? Alors SVP madame la journaliste quittez un peu votre naiveté
a écrit le 05/09/2013 à 16:49 :
à terme pour que tout le monde soit content !

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