Pour Jacques Attali, « la société civile est dynamique dans les périodes de crise »

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Jacques Attali considère que « faire un plan à l'horizon 2025 sans rien faire pour le réaliser au quotidien, cela ne sert à rien ». / Reuters
Jacques Attali considère que « faire un plan à l'horizon 2025 sans rien faire pour le réaliser au quotidien, cela ne sert à rien ». / Reuters (Crédits : Reuters)
Du 25 au 27 septembre, le Mouvement pour une économie positive organise au Havre la deuxième édition du LH Forum. Un Davos de l'économie autrement, pour donner la parole aux ONG, aux acteurs de l'économie sociale et solidaire. Pierre Moscovici et Benoît Hamon sont attendus côté ministres pour commenter le rapport sur le développement de l'économie positive remis samedi 21 septembre par Jacques Attali à François Hollande. Économie positive que le président de PlaNet Finance définit comme indispensable pour prendre en compte l'intérêt des générations suivantes.

LA TRIBUNE - Alors cette fois ça y est, la crise est finie ?
JACQUES ATTALI - Pas du tout. On a reporté la crise des banques vers les États, sans que les banques ne soient réellement tirées d'affaire. La dette des pays riches s'est envolée, passant de 60 à 100 %. On a utilisé à plein tous les instruments de musique sur lesquels on pouvait jouer, de la relance budgétaire aux taux d'intérêt zéro. Malgré cela, la croissance n'est pas vraiment repartie. On a utilisé les soins palliatifs, le malade est en sursis, mais il ne survit que grâce à des drogues dures dont il est très difficile de se passer.

Aux États-Unis pourtant, la Réserve fédérale commence à envisager de ralentir les achats d'actifs du programme de Quantitative Easing...
Ce n'est pas fait. L'évolution récente du processus de nomination du successeur de Ben Bernanke à la Réserve fédérale [le "faucon" Larry Summers a été contraint par les démocrates de jeter l'éponge, ndlr] montre que le débat sur la poursuite du soutien monétaire est encore vif. En prévenant que la crise est toujours présente, Mario Draghi, le président de la BCE, est le seul responsable sérieux.

Le rebond des indices n'annonce donc pas la reprise ?
Il y a une reprise conjoncturelle aux États-Unis par l'effet richesse de la hausse de Wall Street, à son plus haut depuis 2007. Mais rien n'est réglé sur le plan budgétaire. En Europe, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Espagne repartent. La France aussi mais c'est une reprise fragile, sans création d'emplois. Aucun pays n'a encore retrouvé le niveau de PIB de 2007. Et en 2014, l'environnement international va être freiné par le ralentissement de la croissance dans les pays émergents. Nous sommes loin d'être tirés d'affaire.

Une relance européenne est-elle possible après les élections allemandes du 22 septembre ?
L'espoir n'est pas dans la Commission européenne, à bout de souffle. L'Union européenne n'est plus une zone d'intégration politique, mais une union économique de droit commun. Le sens de l'histoire est que l'Union soit la plus large possible et s'étende à la Turquie et à la Russie. Le sort de la zone euro est autre. Pour survivre, elle devra prendre le large par rapport à l'Union européenne, et faire le choix d'une intégration plus profonde pour aller vers l'union politique.

Vous organisez du 25 au 27 septembre au Havre la deuxième édition du LH Forum sur l'économie positive. L'idée est désormais installée dans le paysage ?
Je le crois. J'ai remis le 21 septembre au président le rapport qu'il m'a demandé lors de la première édition, l'an dernier. Nous montrerons que la crise est largement due au fait que l'économie n'est pas assez positive, dans une définition simple de ce terme, à savoir une économie qui prend en compte l'intérêt des générations suivantes. La crise que nous traversons depuis 2008 est l'aboutissement de comportements dominés depuis quarante ans par la tyrannie du court terme, et qui se sont "extrémisés" au cours des vingt dernières années.

C'est un rapport Attali 3...
C'est un travail différent. Une cinquantaine d'experts du monde entier y a participé et nous formulons 45 propositions de réformes, dont certaines étonneront, sur des sujets très divers, comme la responsabilité sociale et environnementale. Nous proposons aussi un indicateur inédit de la "positivité" des pays, pour mesurer leur prise en compte du long terme. La Suède est en tête, sans surprise, les États-Unis sont 12e, l'Allemagne est 13e et la France arrive au 19e rang, sur 34.

Un résultat très moyen. De fait, si on regarde la transition énergétique, c'est la panne sur le plan politique...
Ça avance, moins vite que prévu mais on peut espérer des progrès à la conférence environnementale, ce vendredi 20 septembre. Alors que la crise devait nous appeler à agir vite pour le long terme, c'est aussi trop souvent un prétexte pour ne rien faire, hélas. Il y a néanmoins une prise de conscience progressive et mondiale de la nécessité d'agir en faveur des générations suivantes. On le voit avec les retraites, l'éducation, l'environnement. En France, la réforme des retraites ne voit pas assez loin. On a traité le problème pour cinq ans, pas pour vingt ans.

Sur qui repose la révolution de l'économie positive ? La société civile ?
L'État est, et reste, le principal garant du long terme. Il doit donner du temps aux entreprises et aux individus. La politique industrielle doit penser à dix ans, voire vingt ans. Le plan sur les 34 filières annoncé par le gouvernement va dans le bon sens à condition de ne pas entrer dans le détail de la vie des entreprises. La société civile est dynamique dans les périodes de crise. Les ONG se développent beaucoup et font bouger les choses dans le monde. Le développement de la RSE, de l'économie de l'altruisme, à ne pas confondre avec le partage, montre la grande vitalité de la recherche de solutions nouvelles face à une crise multiforme.

L'économie numérique joue-t-elle un rôle pour accélérer la mutation vers l'économie positive, grâce aux nouveaux usages qu'elle permet de développer ?
Oui, c'est un facilitateur de l'évolution vers une économie positive, parce qu'elle permet la transparence et le partage. Mais elle pose aussi problème en renforçant la préoccupation de l'instant, voire de l'immédiateté, au détriment de la pensée à long terme.

Où en est l'application des mesures des deux rapports sur la libération de la croissance que vous avez dirigé sous Nicolas Sarkozy ?
Un tiers a été appliqué sous Sarkozy, un autre tiers est en cours de mise en place. Reste un tiers en friche, et à appliquer vraiment les deux premiers tiers... Une ordonnance n'est pas efficace si vous ne prenez les médicaments prescrits que de temps en temps. Le dernier tiers est le plus dur à faire, je veux parler de la réforme de l'État et des collectivités locales. Faire des économies, ce n'est pas diminuer de 2 % les crédits de tous les ministères, c'est faire des choix sur le périmètre et l'organisation de la sphère publique.

Quand Hollande prépare un plan pour la France de 2025, il fait de l'économie positive sans le savoir ?
Oui, le Plan 2025 est un bon début. Mais cela ne sera utile et efficace que si le président ajoute à sa réflexion la question suivante : qu'est-ce que je peux faire dans mon action quotidienne pour atteindre cet objectif ? Faire un plan à l'horizon 2025 sans rien faire pour le réaliser au quotidien, cela ne sert à rien.

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Commentaires
a écrit le 27/09/2013 à 16:32 :
Monsieur Mabille, je tiens à vous préciser que l'économie positive n'est ni un terme ni un concept inventé par M. Attali. Mais je suis sûr que vous le savez! Le principal problème n'est pas tant que M. Attali usurpe (et ce ne sera pas la première fois) le concept d'autrui, mais bien qu'il en détourne le sens pour en faire un concept mou et galvaudé. Pourquoi ne pas donner la parole à ceux qui travaillent à cette économie positive et qui ont de véritables projets économiques et environnementaux? Il est bien dommage que M. Rouer (l'inventeur de l'économie positive) n'ait pas eu le courage (ou peut-être le soutien...) pour combattre ce personnage et faire valoir son approche qui pourtant fait sens !
a écrit le 24/09/2013 à 10:53 :
mr Attali est très optimiste sur la zone euro , intégration profonde et politique , une confédération d'états ? , déjà les divergences entre france et allemagne sont si profondes qu'une fusion des deux peuples est très très très théorique vu la renaissance de la germanophobie en europe et aussi en france , créer une monnaie est une chose , souder des peuples ensembles .. compliqué , je me rappelle la bulgarie qui sous le pacte de varsovie voulait être un état dans l'URSS ( ce qui fut jamais le cas ) , non sérieusement les allemands refusent tout changement dans leur constitution et ils entendent bien profiter de l'immobilisme actuel quitte a tuer l'Europe via l'énervement des autres car l'Allemagne sait qu'elle a peu a perdre dans tous les cas de figure , de là a faire des théories sur l'intégration européenne aussi optimistes .. non si l'Allemagne se rapprochait de la france ce serait par peur de changements dangereux en russie ou en chine .. mais ce n'est pas la condition actuelle ..
a écrit le 24/09/2013 à 8:37 :
L'économie « positive » est un nouveau socialisme totalitaire justifié au nom du bien de la planète et de l'humanité entière présente et à venir.
L'individualisme actuel n'ayant pas sa place, Jacques Attali qui se prend pour Dieu veut recréer l'homme à son image pour faciliter cette entreprise.
a écrit le 24/09/2013 à 4:21 :
Mr Attali, l'enfonceur de portes ouvertes , est depuis 25 ans le Monsieur "y à qu'à" et "il faut" toutes catégories . En réalité, l'oracle Mitterrandienne n'a jamais rien proposé de concret ni de réaliste. Son seul fait d'armes est d'avoir conseillé Mitterrand dans les nationalisations massives de 1981. Passant, sans gène apparente, du socialisme scientifique au capitalisme le plus débridé, il propose à Sarkozy 318 propositions pour redresser l'économie française dans le cadre de la commission Attali pompeusement nommée"Commission pour la libération de la croissance". Aucune de ses propositions n'a bien entendu été retenue. Par contre, en faisant parlé de lui, en se présentant comme un expert en économie", il vend bien ses bouquins. Merci pour lui.
a écrit le 24/09/2013 à 2:07 :
Attali a parfaitement rasion quand il souligne : "La crise que nous traversons depuis 2008 est l'aboutissement de comportements dominés depuis quarante ans par la tyrannie du court terme, et qui se sont "extrémisés" au cours des vingt dernières années." Marine le Pen en est le parfait exemple, c'est la démagogue de service.
a écrit le 24/09/2013 à 2:02 :
Excellente approche d'Attali comme souvent. En particulier : "Le sens de l'histoire est que l'Union soit la plus large possible et s'étende à la Turquie et à la Russie. Le sort de la zone euro est autre. Pour survivre, elle devra prendre le large par rapport à l'Union européenne, et faire le choix d'une intégration plus profonde pour aller vers l'union politique."
a écrit le 23/09/2013 à 23:09 :
Mr; Attali ne craint pas le chômage.
Mr. Attali n'a pas peur pour sa retraite.
Mr. Attali ne dort pas dans la rue ou dans un taudis
Mr. Attali est en bonne santé (du moins on l'espère pour lui)
Mr. Attali peut tranquillement jouer au "Yakafairecomsa"
Mr. Attali est (grassement) payé pour cela
Retour au début avec les choeurs!
a écrit le 23/09/2013 à 21:25 :
Comment cette personne peut elle avoir une tribune dans les médias.
A boycotter !!!
a écrit le 23/09/2013 à 18:28 :
Attali quelle escroquerie
a écrit le 23/09/2013 à 17:40 :
Attali va-t-il nous raconter de nouveau sa blague sur le pauvre christian qui se fait arnaquer par Schlomoe?
Veut-il toujours qu'israel soit la capitale du monde et que le peuple travaille pour enrichir les banques?

Autant de questions interessantes pour mieux comprendre les prises de position du personnage...
a écrit le 23/09/2013 à 16:55 :
les vieux paysans n empruntaient pas plus qu ils ne pouvaient rembourser ,achetaient des louis d or quand ils avaient de quoi ,et vivaient en autarcie maximum ,donc rien de nouveau en science eco ,un peu de sagesse et de modestie surtout les etats et tout ira mieux !!
a écrit le 23/09/2013 à 16:37 :
Jacques Attali, c'est bien celui qui nous prédisait la fin de l'Euro pour Noël 2011?
a écrit le 23/09/2013 à 16:29 :
Attali qui prone l'euthanasie apres 65 ans(dans son livre l'avenir de la vie,paru en 1981)....
Déjà ce bonhomme est execrable,ensuite il dit bien au debut de l'article que la dette des pays s'est envole a cause des banques qui ont refile leurs ardoises, du a leurs cupidités et gabegies, aux états....Tout en ne cessant de critiquer(pas dans l'article mais dans la vie civile) la decadensce des états, que les depenses publics sont trop haut etcetc Ce mec c PA-RA-DOX-MAN
a écrit le 23/09/2013 à 16:17 :
Il y a environ 2 ans j'avais appris que près de 2 000 "grandes fortunes" U.S. empruntaient, je me demandais pourquoi. En fait dès que j'ai vu le premier Q.E., j'ai compris. Ces "grandes fortunes" empruntaient pour acheter des actions qui allaient et ont monté grâce aux QE1, QE2,QE3, la plus value actuelle est de 50% avec un taux d'emprunt de 3%/an. M. Attali, c'est ça le grand banditisme ou grand capitalisme, la sphère des initiés!!!
a écrit le 23/09/2013 à 16:00 :
Pour faire de l'économie autrement, on prends des personnes "systémiques" et on regarde les choses bouger à la marge dans le satisfecit général...
a écrit le 23/09/2013 à 15:50 :
Heureusement que nous avons des hauts-fonctionnaires comme Jacques Attali pour redresser la France ! :)
a écrit le 23/09/2013 à 15:11 :
Inutile et pompeux.
a écrit le 23/09/2013 à 14:45 :
Au moins hydrolienne transforme le vent en energie
a écrit le 23/09/2013 à 13:27 :
Et encore un rapport de plus ! Ca coûte combien ces rapports (et ces experts) ???
a écrit le 23/09/2013 à 13:02 :
La France est une gérontocratie, tout simplement..donner la parole aux quadras, car les choses bougent tellement vite que les quinquas sont des has been..merci, M. Attali, mais c'est l'heure de la camomille..
a écrit le 23/09/2013 à 12:54 :
il doit faire reference a la dynamique du Front National...

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