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La fin du miracle norvégien

Photo de Ivan Best

Jérôme Vitenberg

Publié le 17 janvier 2014 à 17:28 - Mis à jour le 20 janvier 2014 à 21:56

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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A priori, tout va bien pour la Norvège, assise sur ses réserves pétrolières. Au delà des apparences, les interrogations se multiplient sur la réalité de la situation financière norvégienne. Par Jérôme Vitenberg*

En 1960, Njörd, le dieu nordique, sourit aux pêcheurs et aux bûcherons norvégiens et leur offrit le pétrole. Financièrement, ce cadeau représente aujourd'hui un trésor d'une valeur approximative de 600 milliards d'euros. Les gouvernements norvégiens se sont successivement engagés à préserver ce patrimoine pour les générations futures.

Pourtant, un demi-siècle après que cette  manne fut tombée du ciel, des questions pressantes surgissent à propos de la gestion par la Norvège de sa richesse pétrolière. La campagne électorale de 2013 a engendré de vifs débats liés à l'usage du Fonds souverain.  Mais les citoyens norvégiens ont été aveuglés au sein d'une bulle virtuelle, au sein de laquelle, loin de discuter des failles réelles du modèle de gestion, les controverses sont restées confinées derrière une description idyllique de l'économie. Il suffit pourtant de gratter légèrement le vernis du coffre doré pour découvrir une réalité relativement terne.

Un artifice mathématique

Tout d'abord, la valeur du Fonds Souverain est un artifice mathématique. La dette extérieure Norvégienne représente 530 milliards d'Euros. Le Ministère des Finances norvégien et la banque centrale argumentent, à coups de buzz répétés aux agences de presse, que le pays est un créancier extérieur. Il n'en demeure que la transparence des comptes peut parfois laisser pantois : La parité entre les monnaies internationales et le couronne norvégienne, par exemple, ne garantit pas une stabilité dans le calcul des flux financiers internationaux. D'autre part, les opérations norvégiennes de prêts et d'investissements financiers à l'étranger sont basées sur le fameux butin de Njörd…

Mais comment vérifier le cautionnement réel de ces transactions circulant dans le monde, de ces sommes distribuées à l'étranger ? Se pourrait-il que nous assistions à une édification pyramidale, type Islande 2008 ? D'autre part, si la dette publique, qui représente aujourd'hui  30% du PIB, semble très raisonnable, comment discerner dans un pays à l'économie capitaliste mixte les dettes extérieures du secteur privé et la véritable dette publique?

Une transparence nécessaire

Il est vrai que même en soustrayant la valeur de la dette extérieure de celle du Fonds Souverain, en ignorant les créances accordées dans le monde par la banque centrale norvégienne, il demeure un trésor. Toutefois, sans même choisir le plus dramatique des scénarii, il semble que le contenu du coffre de Njörd pour les générations futures soit moindre que sa valeur déclarée. Il serait désirable que le nouveau gouvernement demande transparence et clarté à ses institutions financières, afin de présenter rapidement une description exacte des sommes disponibles pour le futur, héritées par ailleurs des administrations précédentes.

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Trois faiblesses structurelles

Cependant, par souci d'honnêteté intellectuelle pour le débat présent, admettons que la valeur des fonds « préservés pour les futures générations » soit, en effet, de 600 milliards d'euros. Réfutons tous les arguments élaborés précédemment et acceptons en bloc les calculs officiels norvégiens. L'avenir de la « boîte au trésor » est-il alors assuré ? Trois faiblesses structurelles noircissent un modèle que l'on veut nous présenter comme parfait:

Il y a d'abord les avertissements répétés de l'économiste américain, le Professeur Michael Hudson, quant aux risques pris par les gestionnaires du Fonds Souverain norvégien. Certes, l'investissement du Fonds semble générer des profits à court terme. Cependant, les opérations dans les pays BRIC, dans l'immobilier capricieux des grandes métropoles, ou dans les marchés turbulents des obligations et actions, font allure de spéculation, avec tous les aléas inhérents à la situation économique troublée d'aujourd'hui. Le capital du trésor pourrait fondre jusqu'à 50% de sa valeur actuelle, rendant son avenir précaire, alerte M. Hudson.

Une dépendance disproportionnée à l'égard du pétrole

Deuxièmement, la dépendance disproportionnée à l'industrie pétrolière pèse comme une épée de Damoclès sur la Norvège. En effet, le développement des énergies nouvelles d'une part, et des technologies de consommation alternatives d'autre part, pourrait entraîner rapidement un pic de la demande pétrolière. Ceci serait catastrophique pour la Norvège, dont le PIB aujourd'hui concentré sur le pétrole et ses dérivés s'effondrerait, entraînant la chute de ses exportations et une hausse du taux de sa dette publique.

Une industrie peu compétitive

Enfin, la troisième faiblesse structurelle majeure de l'économie norvégienne est la négligence de son infrastructure industrielle non-pétrolière. Au cours des années, les industries pétrolières ont drainé la population active, provoquant une hausse des coûts de main-d'œuvre pour les industries non pétrolières, un déclin de compétitivité, le tout dans une flagrante ambiance protectionniste.

Face à ce phénomène, les banquiers pilotant le Fonds Souverain ont pourtant refusé d'investir dans les infrastructures nationales et de moderniser l'appareil industriel, prétextant le risque inflationniste. Tandis que le prélèvement du Fonds Souverain à des fins budgétaires est limité à 4% de sa valeur, M. Hudson recommande, lui, d'utiliser jusqu'à 60% du Fonds à des fins d'investissement pour les infrastructures d'intérêt national, sans risque inflationniste.

Une multiplication des faillites

Récemment, des économistes se sont alarmés de la multiplication des faillites dans le secteur privé norvégien, l'Union Européenne a demandé moins de protectionnisme, des médias étrangers ont dénoncé des conflits d'intérêts liant ministres au monde des affaires. De plus, le FMI vient de gentiment aviser les banques de renflouer leurs capitaux. Ces derniers jours, le gouvernement a fortement réfuté les propos du Prix Nobel d'Économie, Paul Krugman, affirmant tout haut ce que les Norvégiens disent à voix basse concernant un danger imminent d'explosion de la bulle immobilière.

La politique de l'autruche

Il y a parfois beaucoup de brouillard à Oslo, et les pistes peuvent être floues. Les Norvégiens sont très fiers du pécule massif qu'on leur assure, et tolèrent difficilement les interrogations des étrangers décelant nuages à l'horizon. Promu par ses courtiers et technocrates à l'étranger, le modèle Norvégien, est, nous dit-on,  transparent, brillant et garant du patrimoine futur de ses citoyens.

La Norvège joue-t-elle les autruches, dérivant inexorablement vers l'abîme, refusant de réévaluer ses politiques et de tirer les leçons des événements mondiaux qui ont affecté le monde de la finance et de l'immobilier ces dernières années? S'il s'avérait qu'après 50 ans de complaisance, Njörd ne souriait plus aux norvégiens, voudraient ils seulement le remarquer?

>> Lire aussi : Norvège, les malheurs d'une économie qui se porte trop bien

Version en français, revue et actualisée, initialement publiée dans le Washington Times du 25 décembre 2013, sous le titre « Norway 's Mythical Oil Wealth ».

À lire également

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*Jérôme Vitenberg, analyste de politique internationale, a enseigné les sciences politiques et les relations internationales au Centre Universitaire DEI de Thessalonique, dans le cadre des programmes internationaux de la « London School of Economics and Political Science » de l'Université de Londres.

Jérôme Vitenberg

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