Le programme de Syriza : l'enjeu pour la Grèce

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui: le programme de Syriza, l'enjeu pour la Grèce.

Quel est le programme de Syriza ? A vrai dire une plateforme de mesures qui ont évolué en fonction des circonstances politiques et des rapports de force internes. Avec aujourd'hui une domination des européanophiles et des transfuges du PASOK.

D'abord du côté de la dette, ce qu'on y trouve véritablement :

  • 1/ Le constat que la Grèce est objectivement dans l'incapacité de rembourser. Et que l'équilibre primaire actuel n'a été obtenu qu'au prix de traitements comptables plus que complaisants. Ce n'est pas faux.
  • 2/ Une demande d'annulation partielle mais négociée. Il n'est plus fait mention de dette illégitime et de défaut unilatéral, mais de renégociation.
  • 3/ Une demande de remboursement conditionnée par le retour de la croissance et donc l'extension des moratoires sur les intérêts et le remboursement tant que l'économie reste au fond du trou.

Dans un pays qui croule sous les arriérés fiscaux, 68 milliards, soit 40% du PIB et qui a transformé son insolvabilité publique, en faillite des personnes, on se doute que avec ou sans Syriza, ce principe de réalité s'imposera.

Une quantité de réformes institutionnelles

Pas de nationalisation mais tout un arsenal de contrôle des banques, dans leur relation avec les clients notamment... pour éviter que les banques recapitalisées à grand frais  ne fassent main basse sur les collatéraux des agents privés en banqueroute. Dans le cas grec cette précaution paraît plutôt pertinente.

La mise en place d'instances de médiation pour régler la question des arriérés fiscaux. Objectif, récupérer en douceur près d'un tiers des arriérés, soit une vingtaine de milliards sur sept ans. Chose indispensable tant l'amoncèlement des dettes fiscales est devenu un facteur paralysant pour tout le tissu des PME.

 Un volontarisme industriel, avec la mise en place de circuits publics (type BPI) de financement des PME, du capital risque ou de la recherche. Une planification stratégique d'entreprises qui resteraient dans le giron de l'Etat... là encore une philosophie plutôt en ligne avec le fait que l'économie grecque doit passer de la démolition à la reconstruction.

Une réforme de l'Etat, avec un renforcement du contrôle, de l'évaluation, une décentralisation, la promotion de la démocratie participative, le développement de l'E-administration pour mettre fin à l'enfer bureaucratique.

Côté fiscal ensuite

Majoration des seuils minimaux d'imposition, supprimés dans les faits aujourd'hui. Renforcement de la progressivité, notamment pour les taxes foncières. Tout va dans le sens d'un basculement de la charge de l'ajustement aujourd'hui très concentrée sur les bas revenus et les classes moyennes supérieures vers les plus fortunés, en luttant contre les niches et l'évasion. La liste Lagarde des évadés fiscaux est notamment évoquée. Il faut rappeler ici que la Grèce est le pays le plus inégalitaire de l'UE.

Ensuite toute une série de dispositifs pour lutter contre l'extrême pauvreté : gratuité de l'électricité et des transports publics pour les ménages sous le seuil de pauvreté, garantie de logements pour 30.000 familles, paiement d'un 13e mois pour les petites retraites, réembauche des fonctionnaires mis à pied, retour à la case départ en matière de protection de l'emploi, une des plus élevée d'Europe, et de salaire minimum... emplois aidés enfin.

Tout n'est pas à jeter, mais le programme est sur ce registre une liste de choses que l'ont défait pour revenir à la case départ sans la moindre créativité. Gros point faible du programme donc.

Maillon faible du financement

Un cocktail plus qu'incertain mêlant la récupération d'une partie des arriérés fiscaux, la lutte contre l'évasion, la taxation des grosses fortunes, les recettes fiscales liées au dopage des salaires, et la mobilisation des programmes européens.

Bref beaucoup de carottes qui risquent ne pas survivre à l'épreuve des faits... sort assez banal des programmes électoraux

Au final, la lecture du programme on ne tremble ni face au péril rouge, ni face aux menaces sur l'euro. On tremble en revanche devant  la capacité d'une caste d'universitaire à affronter l'épreuve du feu gouvernemental  et surtout à affronter la rage des partis traditionnels prêts à tous pour éviter que l'on ouvre la boîte de pandore de leurs malversations passées. Quitte, pour le ministre actuel de la santé à évoquer l'usage des armes. Autrement dit un retour à la case des colonels. Une petite phrase qui en dit long sur la volonté de sabotage de ceux qui noyautent aujourd'hui tous les circuits décisionnels.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 27/01/2015 à 12:41 :
des commentaires
a écrit le 27/01/2015 à 12:34 :
..et malgré ce que l'on doit à la Grèce,mais il faut se rendre à l'évidence, la Grèce doit quitter l'UEM et être maintenue dans l'UE sous conditions de modernisation et d'assainissement. On maintien les subventions européennes sous conditions et contrôle strict, on encourage l'investissement, et on part à la chasse aux fric évadé dans les paradais fiscaux. Concernant la dette, pour la part rachetée sur le marché gris (en fait aux banques pour leur éviter des pertes et donc des recapitalisations publiques ou privées) par la BCE, la Grèce ne paie que les intérêts et le remboursement du capital est étalé sur 30 ans. Pour la part d2tenue par les banques centrales de l'UEM c'est minimum 50% de décote et un étalement du reste sur 20 ans. Le prêts des pays européens et des institutions européennes c'est décote de 60% et étalement du reste (capital) sur 25 ans avec clause de retour à meilleure fortune, les intérêts étant ceux de la moyenne de ceux que les 4 ou 5 principaux pays de l'UEM obtiennent sur le marché. Et bien entendu les grecs se débrouillent tous seuls pour financer leurs nouveaux besoins. Quant au prêt consenti pas le FMI, eh bien qu'on étale sur 10 ou 15 ans sans intérêts ou peanuts. Ah j'oubliais qu'on fasse participe le Luxembourg aux effort financiers au titre de tout le fric évadé soi-disant légalement par les multinationales et pour le reste.
Réponse de le 27/01/2015 à 12:47 :
la dette privée ou détenue par des intérêts privés résultant de l'échange de dette de 2012 (1ére restructuration), et les détenteurs ou ex détenteurs ayant déjà payé, on ne va pas les faire payer deux fois. Donc c'est à ceux que j'ai cité ci-dessus qui n'ont pas fait d'efforts ou des efforts insignifiants de le faire aujourd'hui.
Réponse de le 27/01/2015 à 12:52 :
que la dévaluation qui suivra la sortie de la Grèce de l'UEM devrait alléger encore plus le fardeau et rendre possible ou pas loin le plan décrit ci-dessus.
Réponse de le 27/01/2015 à 13:08 :
je précise QUE a répondu le 27/01/2015 à 12:47:
la dette privée ou détenue par des intérêts privés résultant de l'échange de dette de 2012 (1ére restructuration), et les détenteurs ou ex détenteurs ayant déjà payé, on ne va pas les faire payer deux fois. Donc c'est à ceux que j'ai cité ci-dessus qui n'ont pas fait d'efforts ou des efforts insignifiants de le faire aujourd'hui.
a écrit le 27/01/2015 à 8:06 :
Il oublie l'essentiel, c'est à dire l'énergie.

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