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Après le Brexit, l’anglais ne peut plus être la langue officielle de l’UE !

Jean Christophe Gallien (*)

Publié le 11 janvier 2021 à 10:37 - Mis à jour le 11 janvier 2021 à 12:46

Grande bretagne: attention au risque d'un second referendum, dit un ministre aux brexiters

Photo d'illustration

Hannah Mckay

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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CHRONIQUE. La Grande Bretagne a quitté l'Union Européenne et la langue anglaise n'est désormais la langue maternelle que de seulement 1% des citoyens de l'Union. Par Jean Christophe Gallien, enseignant à l’Université de Paris la Sorbonne (*)

La langue de Boris Johnson va demeurer l'une des 3 langues officielles de travail. On dit langue « procédurale » en langage bruxellois; celui des institutions de l'Union.

Le poids budgétaire de l'anglais

Une étude réalisée par deux professeurs d'économie des Universités de Louvain et de Séville, publiée dans la revue Regards Economiques, a récemment mesuré le poids budgétaire européen de chacune des 24 langues officielles de l'Union. De loin, c'est la langue anglaise qui pèse le plus, un tiers du budget "langues" de l'Union pour 290 millions d'euros. Ce chiffre traduit à sa manière la domination de l'anglais.

Brexit activé, c'est désormais aux 27 pays de prendre en charge le coût des traductions de et vers l'anglais. Et les deux universitaires posent une vraie question : "pourquoi il irait de soi que les Britanniques puissent profiter gratuitement de cette aubaine ?" On ne trouve, pour l'instant, aucune réponse concrète à cette interrogation légitime dans les documents officiels du divorce en cours.

La colonisation linguistique par l'anglais de l'Union Européenne

Au delà de cette analyse de dépense publique, l'anglais, qui rappelons-le n'est pas la langue maternelle de l'Union Européenne, a en fait totalement colonisé, à son profit politique, diplomatique, institutionnel, régulatoire et financier, l'identité et le fonctionnement linguistique de l'Union. Du vrai hard power... au cœur de l'Union !

Dès son adhésion en 1973, longtemps avant ses envies de sortir de l'Union, une Grande-Bretagne qui n'est jamais vraiment totalement entrée, a réussi à imposer sa langue, l'anglais, largement du fait de notre mollesse collective, en dominant rapidement français et allemand.

En théorie, tous les documents importants édités par l'Union sont disponibles dans les  trois langues de travail, français, allemand et anglais. Lorsque l'on pratique l'Union et ses institutions comme moi au quotidien, on constate qu'une majorité des documents, plus de 70%, du Conseil, de la Commission et même du Parlement Européen sont produits d'abord en anglais et de moins en moins en français et en allemand. Les cartes de visites des agents qui souvent avaient deux faces l'une en anglais, l'autre dans une autre langue, n'ont conservé que la face en langue des Beatles. Simplification !

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Alors oui, la puissance de diffusion de la globalisation culturelle et économique a justifié et imposé l'anglais comme une deuxième langue quasi native de plus en plus d'européens en particulier les jeunes. Même le programme star de la Commission Erasmus y a contribué malgré lui. Mais avec le Brexit, l'anglais chute de la 3e à la 17e position du classement des langues de l'Europe des 27. Nous devons réagir.

Le retour au multilinguisme originel pour protéger l'Europe

On peut penser que dans un fonctionnement transitoire, alors que le Continent européen traverse, comme le reste du Monde, une crise qui semble sans fin, il est préférable pour l'Union de conserver quelques temps l'anglais comme langue officielle et procédurale. Mais il faudra vite engager, dans les prochaines mois, un retour à la fois mobilisateur, dynamisant et finalement naturel vers le multilinguisme originel au cœur du fonctionnement de l'Union et des ses institutions. Il faudrait aujourd'hui encore passer par un anesthésiant vote à l'unanimité au Conseil pour changer la donne. L'Irlande, pour ne citer qu'elle, qui a pourtant choisi l'Irlandais Gaëlique comme langue nationale en entrant dans l'Union, ne laissera jamais éliminer sa seconde langue officielle nationale du corpus linguistique européen.

Il ne s'agit pas seulement d'une question de souveraineté identitaire et culturelle encore moins d'efficacité budgétaire. L'Union européenne est déjà une place de marché régulatoire, financière, business, de plus en plus politique et diplomatique, très ouverte et totalement organisée autour d'une conversation en anglais. La performance linguistique des acteurs anglophones induit très, trop souvent, une efficacité politique, régulatoire et financière au delà de leurs apports réels.

La langue anglaise ne peut plus demeurer la langue « unique » de l'Europe

Il serait totalement incompréhensible, voire suicidaire, dans un monde multipolaire devenu celui d'un affrontement permanent de blocs de puissances qu'après ce tournant historique, la domination déséquilibrée et déséquilibrante de la langue anglaise soit maintenue par les Européens eux-mêmes. Conservant à d'autres acteurs très puissants, extérieurs à l'Union et concurrents, un avantage décisif d'influence au cœur de nos institutions et depuis trop longtemps activé au détriment des intérêts des citoyens européens.

L'anglais, langue native d'un capitalisme globalisé par l'Occident pourrait être remplacée par l'ambitieux concurrent chinois au cours de ce siècle. Si cela se produit, apprenons le chinois, mais, de grâce, n'en faisons pas la langue de l'Union européenne du 21e siècle pour les mêmes raisons qui poussent certains à vouloir conserver l'anglais comme langue unique de l'Union. Vivent les langues européennes et vive l'Europe !

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(*) Jean-Christophe Gallien, Politologue et communicant, Président de j c g a
Enseignant à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

Jean Christophe Gallien (*)

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