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Brexit : 40 mois d'incertitude

Julien Martin, Isabelle Mejean et Mathieu Parenti

Publié le 11 décembre 2019 à 13:00 - Mis à jour le 11 décembre 2019 à 15:48

Photo d'illustration

Photo d'illustration

Henry Nicholls

Le Quotidien Numérique

25 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. À la veille d'une élection déterminante pour l'issue du Brexit, "l'incertitude des trois dernières années a été coûteuse pour l'économie britannique mais aussi pour ses partenaires commerciaux - y compris la France". Par les économistes Julien Martin (UQAM), Isabelle Mejean (CREST-École Polytechnique) et Mathieu Parenti (UL Bruxelles).

Au soir du 23 juin 2016, nombre de commentateurs évoquaient un saut dans l'inconnu après la victoire du non au référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union Européenne. Quarante mois plus tard, rien n'a changé si ce n'est la connaissance des européens des mécanismes institutionnels britanniques. Les conditions dans lesquelles le Royaume-Uni va sortir de l'Union Européenne restent encore très difficiles à prévoir. Et cette incertitude influence directement les entreprises britanniques et européennes. En juillet 2019, plus d'une entreprise britannique sur deux déclarait que les conditions du Brexit faisaient partie des trois principales causes d'incertitude à laquelle l'entreprise devait faire face (Source : Decision Maker Panel, une enquê

te de la Banque d

'Angleterre auprès d'un échantillon représentatif de 3.000 entreprises). Les inquiétudes sur les conditions du Brexit sont largement partagées parmi les entreprises d'

Europe continentale.

La France très exposée aux fluctuations économiques

La catastrophe économique annoncée par beaucoup au lendemain du référendum ne s'est pourtant pas matérialisée. Au cours des trois dernières années, la croissance annuelle du PIB réel britannique s'est maintenue, le commerce est resté relativement stable et le taux de chômage est passé d'environ 5% à moins de 4%. La chute de la Livre Sterling a renchéri le prix des importations et accéléré l'inflation, mais cette dernière n'a pas dé

pass

é les 3% même lors du pic inflationniste fin 2018. La France est trè

s expos

ée aux fluctuations économiques outre-Manche, le Royaume-Uni étant l'un de ses cinq principaux partenaires commerciaux. Ces chiffres semblent donc rassurants pour notre économie et en particulier pour les exportateurs fran

çais. D

'ailleurs la valeur des exportations fran

ç

aises vers le Royaume-Unis n'a pas connu de baisse significative depuis le réferendum, relativement aux autres marchés europé

ens.

Luxe, vins et transports au ralenti

L'étude plus poussée des données de commerce extérieur publiée par l'Institut des Politiques Publiques (Note de l'IPP n°48 parue en décembre) montre cependant que ces chiffres cachent des signaux plus inquiétants. L'incertitude induite par le vote favorable au Brexit a fortement ralenti le développement à l'exportation des entreprises françaises. Si certains secteurs ont profité de la demande supplémentaire générée par l'augmentation des stocks par les entreprises britanniques se préparant au chaos lié au Brexit, d'autres secteurs ont connu une forte baisse des exportations vers le Royaume-Uni.

Plus inquiétant, les nouveaux contrats commerciaux avec le Royaume-Uni se sont fortement repliés. Ce repli a notamment touché des secteurs fleurons de l'

industrie fran

ç

aise tels que la bijouterie, les vins et spiritueux, l'industrie des transports ou la chimie. Et le manque de dynamisme des relations commerciales avec le Royaume-Uni n'a pas été compensé par une plus forte activité avec le reste de l'Union Européenne. Ce manque de dynamisme n'a pas un effet fort à court terme

mais

aura des conséquences sur la dynamique des exportations fran

ç

aises à moyen terme.

Effet néfaste de l'incertitude

L'effet néfaste de l'incertitude sur la formation de nouvelles relations commerciales fait écho aux travaux d'une équipe de chercheurs emmenée par Nick Bloom, professeur à l'université Stanford, qui a montré que les entreprises britanniques ont réduit leurs investissements dans le contexte d'incertitude causé par le Brexit. L'incertitude des trois dernières années a été

co

ûteuse pour l'économie britannique mais aussi pour ses partenaires commerciaux - y compris la France. Au-delà du coût politique d'un report du Brexit, il est important que les différentes parties reconnaissent le coût économique associé à l'incertitude qu'

il g

énère

. La signature d'un accord de sortie permettra de réduire l'incertitude qui a prévalu ces derniers mois. La finalisation d'un nouveau traité commercial entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne va néanmoins créer d'autres sources d'incertitude qu'il est important de prévoir et contenir pour ne pas pénaliser d'avantage l'économie européenne.

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D'une part,

les derniers accords commerciaux ratifiés par l'U.E. nous rappellent que le contenu de ces accords dépasse la libéralisation des échanges de marchandises pour toucher à des sujets plus sensibles tels que les échanges de services, la protection de la propriété intellectuelle ou la coopération réglementaire. L'étendu des champs à traiter risque fort d'allonger les négociations. De plus, la sortie du l'Union Européenne pourrait pousser le Royaume-Uni à s'écarter des normes réglementaires européennes créant des nouvelles barrières au commerce dont le coût serait bien supérieur à un hypothétique retour aux droits de douanes.

De nouvelles complexités

D'autre part, l'issue de ces négociations, même dans le scénario le plus favorable, va générer de nouvelles complexités qui pénaliseront les entreprises. Une fois le Royaume-Uni hors de l'union douanière, des règles d'origine devront être mises en place - même en cas d'un accord de libre-échange - pour déterminer quels biens sont éligibles aux tarifs prévus dans l'accord. Si ces règles d'origine semblent relativement simples à première vue, établir l' « origine »  d'un bien devient particulièrement délicat dans un monde de chaînes de valeur internationalisées où un très grand nombre d'économies participent aux étapes de la production. Lorsqu'un véhicule assemblé en France sera exporté au Royaume-Uni, l'entreprise voulant bénéficier d'un tarif préférentiel devra apporter la preuve que la plupart des pièces le composant ont été manufacturées en Europe. Les seuils à partir desquels le contenu en valeur ajoutée est jugé « suffisant » font eux-mêmes l'objet d'âpres négociations, comme on l'a vu récemment dans le cadre de l'ACEUM, le nouvel accord de libre-échange nord-américain. L'implémentation des règles d'origine dans le cadre d'un nouvel accord génèrera un surcroît d'incertitude important pour les entreprises multinationales.

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Si la négociation d'un accord de sortie du Brexit a été un processus institutionnel complexe, les discussions sur un accord commercial entre des économies très fortement intégrées économiquement pourraient se révéler encore plus difficiles et générer de nouvelles sources d'incertitude.

Julien Martin, Isabelle Mejean et Mathieu Parenti

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