Hold up en Champions League : la France reléguée, la Ligue 1 condamnée

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(Crédits : DR)
La réforme de la Champions League met en place une voie d'accès aux meilleurs clubs espagnols, allemands, anglais et italiens... mais pas français. Par Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne, Président de j c g a *

C'est officiel, à partir de 2018, la France sera reléguée en seconde division des ligues professionnelles de football. La Champions League, qui débute ce soir, offrira une voie d'accès réservée aux 4 meilleurs clubs de 4 championnats élus : Espagne, Allemagne, Angleterre et plus surprenant de l'Italie. La Ligue 1 française n'y figure pas.

C'est un coup très dur et presque définitif porté aux autres championnats européens. Soyons clairs, il y a des relents de G14 dans cette réforme qui acte, sinon la création d'une ligue fermée, au moins la fermeture progressive des la Champions League, de son accès, de son palmarès, de son audience et de ses revenus pour les autres ligues et leurs clubs. C'est un véritable verrouillage en faveur des puissants clubs du Continent. Il y a bien longtemps pourtant, une finale en 2004 et la victoire du FC Porto sur l'AS Monaco - au passage le dernier finaliste « français » - que le suspense ne frappe plus lesdits puissants. Il faut fermement contredire Karl Heinze Rummenigge, président du conseil exécutif du Bayern de Munich, et son hypocrisie pleurnicharde lorsqu'il ose déclarer : "Ce qui ne me plaît pas, c'est que l'on soit tous dépendant du sort. ... Ce n'est pas acceptable, j'en ai assez du sort."

Un hold up définitif

Le Football Professionnel veut devenir une industrie du spectacle sans accident. Karl-Heinz Rummenigge, aussi président de l'Association européenne des clubs (ECA), aidé d'Andrea Agnelli (président de la Juve) et d'Umberto Gandini (ex dirigeant du Milan AC et nouvel administrateur délégué de la Roma) et quelques dirigeants de clubs majeurs, étaient à la manœuvre et ont su profiter de la vacance du pouvoir à l'UEFA pour convaincre le successeur intérimaire de Michel Platini Theodore Theodoridis d'ouvrir une porte dérobée et estivale pour un hold up définitif. Les riches clubs anglais sont incontournables même s'ils se moquent des dotations de la Champions League voire même de son palmarès et les espagnols dominent tant les compétitions européennes qu'ils faisaient naturellement partie de cette liste d'élus poussée par les allemands et les italiens.

La ligue 1 française moins attractive

2 représentants français étaient sensés défendre les positions françaises au sein du Comité Exécutif de l'UEFA : Jean Michel Aulas, ex président du G14, Président de l'Olympique Lyonnais était présent mais ne voit pas de mal dans cette réforme, et Florence Hardouin, directrice générale de la Fédération Française de Football, était elle tout simplement ... absente !

Certains vont dire que l'UEFA n'avait pas le choix. L'ECA brandissait en coulisse la vieille menace de sécession, une « Dream Football League » comme les rumeurs qui sortaient jadis des conseil d'administration du feu G14. Citons encore Karl Heinze Rummenigge : "Il ne faut pas exclure que, dans le futur, on puisse créer un championnat européen avec les grands clubs d'Italie, d'Allemagne, d'Angleterre, d'Espagne et de France, sous l'égide de l'UEFA ou d'une organisation privée. »

Ce qui est certain c'est qu'il s'agit d'une décision qui va engager une baisse de la compétitivité et de l'attractivité des ligues qui ne sont pas dans le top 4 et donc de la Ligue 1 française. Qui dit baisse de l'attractivité, dit peu ou pas d'investisseurs, une baisse progressive des droits TVs, un exode des meilleurs joueurs formés en France, une incapacité à faire venir les très bons ou bons joueurs étrangers, les entraineurs ... copie exactement négative de la Premier League Anglaise et cercle vicieux régressif.

Cette décision, qui était en préparation depuis longtemps, peut tuer notre championnat et engage aussi l'attractivité générale du pays. Voir notre texte du 12 août dernier : « La Ligue 1 de Football en apnée économique et sportive ».

Le foot français se réveille trop tard

Que répond la France à l'exception de Bernard Caïzzo, Vadim Vassiliev et quelques autres qui s'élèvent contre cet assassinat programmé une solution bien française : un groupe de travail LFP-FFF va être mis en place "pour étudier les pistes d'action afin de garantir la compétitivité sportive des compétitions domestiques" ! Incroyable décalage avec le réel de cet assassinat en règle pratiqué en catimini par les anciens du G14 au cœur de l'ECA. Que dire des déclarations de Didier Quillot, directeur général de la LFP : "Je ne dis pas que la réforme de la Ligue des champions est favorable aux clubs français, je ne dis pas non plus qu'elle n'est pas favorable » ... Apathie incroyable de nos instances depuis la Ligue 1 à la Fédération Française, qui se traduit par la volonté de la LFP exprimée par le biais de Didier Quillot et de la FFF par Florence Hardouin de demander désormais à l'UEFA une refonte de la Ligue Europa favorable à la France ... entérinant la relégation en deuxième division européenne !

Le football professionnel français se réveille trop tard. Reste une chance pour réorienter les dernières décisions actées, l'élection possible ce mercredi 14 septembre du candidat Slovène Aleksander Ceferin, à la présidence de l'UEFA qui s'est déclaré totalement hostile à cette réforme faite en catimini. Il est soutenu par Giani Infantino le Président de la FiFA dans l'optique d'une autre bataille qui oppose la FIFA à l'UEFA ... Vive le Foot !

*Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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