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La Big Society est-elle un projet d'avenir ?

Photo de Ivan Best

Sofiane Aboura

Publié le 16 décembre 2016 à 09:45 - Mis à jour le 16 décembre 2016 à 14:01

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le projet de Big Society a pris l'eau avec son capitaine, le premier ministre britannique David Cameron. Et maintenant? Par Sofiane Aboura, Professeur des Universités

Le regain d'intérêt pour les thèses d'inspiration libérale n'est qu'à ses débuts tant l'offre politique en la matière reste encore en gestation. Mais bien d'autres pays, comme l'Allemagne, la Grande-Bretagne et récemment le Canada, ont opté pour ces idées. L'expérience britannique est particulièrement éclairante lorsque quelques années auparavant, David Cameron (2010-2016) - chef de la coalition britannique entre les conservateurs et les libéraux - dévoile la nature du projet de 'Big Society' le 18 mai 2010, après l'avoir rendu officiel le 10 novembre 2009, en ces termes : « Today is the start of a deep, serious reform agenda to take power away from politicians and give it to people ». Mais si la Big Society, en tant que projet de société, lui a offert un ascendant idéologique, elle dispose d'un bilan mitigé qu'il convient d'analyser pour une mise en perspective.

Nature de la Big Society : un projet libéral

Elle constitue une réponse au concept de « Big Government » jugé responsable, par le courant libéral, des principaux problèmes des pays exposés à un fort interventionnisme étatique (politique économique, politique étrangère, etc.) dont les externalités négatives (chômage, insécurité, etc.) sont bien plus grandes que celles qui apparaissent aux yeux de l'opinion publique. L'ambition première est donc de redéfinir la relation entre l'Etat et la société civile reliés par un jeu à somme nulle dans lequel l'Etat se départirait d'une partie de ses prérogatives au profit de la société civile, jugée plus dévouée et plus compétente.

Le Cameronisme rejoint donc le Thatchérisme dans sa vision néo-libérale de l'économie marquée par une méfiance vis-à-vis de l'Etat providence. En revanche, il s'en éloigne sur le plan sociétal où il est libéral, là où le Thatchérisme est conservateur. Si le Thatchérisme a réduit la taille de l'Etat au profit du secteur privé (transformer l'économie), pour la Big Society, il s'agit plutôt de réduire la taille de l'Etat au profit du troisième secteur (transformer la société) pris en étau entre le secteur public, perçu comme trop bureaucratique et peu comptable de ses actes, et le secteur privé, perçu comme trop vénal et peu transparent : c'est le secteur non marchand et non gouvernemental animé par des volontaires portés par l'esprit de solidarité.

Ce troisième secteur, celui du volontariat, peut être associé aux décisions pour construire une société inclusive, seul remède pour faire face aux sociétés contemporaines fragmentées. Par exemple, il s'agit de responsabiliser les familles pour résoudre les problèmes de délinquance (et pas simplement les agents de sécurité), de mobiliser les experts de chacun des secteurs ou de chacune des localités pour résoudre les problèmes du quotidien (et pas simplement les élus), ou de promouvoir l'économie collaborative (open source, peer-to-peer, monnaies locales ou digitales, etc.). Si, bien entendu, ces expériences existent déjà, il convient de les institutionnaliser pour les rendre pérennes en prenant la forme d'associations ou d'entreprises sociales. Cela passe donc par un partenariat entre l'Etat providence et cette société providence, constituée des volontaires de la société civile, mais aussi par un fonds d'investissement national qui soutient financièrement ses actions.

Un projet mal ficelé

Les premiers signes de déclin de la Big Society sont anciens et posent des questions non encore résolues. Parmi les critiques les plus sévères, on peut citer la limite du bénévolat notamment pour ce qui concerne la résolution de problèmes complexes qui requiert des ressources considérables; on peut également citer la continuité des pouvoirs publics qui requiert des ressources durables pour que la gestion administrative soit pérenne et ne repose pas uniquement sur des volontaires. En somme, le volontariat ne peut donc se réduire au seul bénévolat. Enfin, l'instauration de la Big Society s'est faite en parallèle d'un programme d'austérité post-crise, ce qui lui a valu la critique acerbe de servir de contre-feu idéologique pour un désengagement prolongé de l'Etat. Ces critiques mises ensemble ont scellé le sort de la Big Society en lui mettant du plomb dans l'aile.

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Fin de la Big Society : un hold-up électoral des populistes

La Big Society a donc pris l'eau avec son capitaine qui, en cohérence avec son projet de société, a redonné à son peuple l'occasion de s'exprimer par voie de référendum (Ecosse, Union Européenne). La débâcle politique qui a suivi provient de l'intrusion des populistes dans le débat public qui y ont vu une opportunité d'extraire une rente de situation en faisant un hold-up électoral. Plus généralement, la succession des hold-up électoraux par des mouvements populistes pourrait s'expliquer par leur aptitude à formuler une offre politique super-interventionniste (protectionnisme, etc.) qu'ils promeuvent comme remède au risque habilement mis en scène par la diffusion d'informations approximatives ou fausses.

Cela trouve un écho favorable dans l'opinion publique probablement pour deux raisons qui s'additionnent. La première a trait à l'offre politique elle-même. En effet, en politique bien plus qu'en économie, l'offre crée sa propre demande ; autrement dit, l'offre politique interventionniste a rendu l'électeur en constante attente vis-à-vis de l'Etat providence l'amenant à sélectionner le mieux disant - celui qui promet tout - quitte à ce qu'il ne s'agisse que de vagues promesses et quels qu'en soient les effets secondaires.

La seconde a trait à une mise en scène du risque qui brouille la qualité de jugement de l'électeur. La théorie des prospects (Kahneman et Tversky, 1979) apporte l'explication selon laquelle l'individu adopte un comportement asymétrique qui va l'amener, devant une situation de perte latente (choix 1), à prendre des risques pour diminuer ses pertes et devant une situation de gain latent (choix 2), à éviter la prise de risque pour conserver ses gains. En termes électoraux, cela signifie que le leader populiste va exacerber l'existence d'un risque en divulguant des informations erronées pour persuader l'électeur d'être en situation de perte latente afin de l'amener à commettre des erreurs de jugement, en faveur du choix 1, le jour du scrutin.

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Cette approche théorique permet de comprendre pourquoi le choix 1 - favorable à l'offre politique la plus risquée - constitue l'équilibre dominant dans un tel contexte d'incertitude. C'est ainsi que le Brexit n'a fait qu'achever ce qui avait déjà du plomb dans l'aile. Pour autant, l'expérience de la société providence a été reprise au Canada et pourrait bien s'étendre dans bien d'autres pays d'Europe, comme la France, tant la révolution libérale est permanente.

Sofiane Aboura

Professeur des Universités

Sofiane Aboura

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