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Le paradoxe international des startups deeptech digitales

Guillaume Toublanc (*)

Publié le 22 avril 2021 à 14:12 - Mis à jour le 23 avril 2021 à 14:21

Guillaume Toublanc

Photo d'illustration

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. Les startups de la deeptech digitale manqueraient-elles d'ambitions internationales ? Dans l'univers du digital, la formation des entrepreneurs, le monde de la recherche et les entreprises leaders du numérique ont un point commun : l'international. C'est même un de leurs atouts majeur. (*) Par Guillaume Toublanc, Directeur Général France EIT Digital

Étonnamment, la création, les premiers clients et les premiers financements des startups deeptech digitales sont très souvent liés au pays d'origine des fondateurs. Elles n'envisagent l'international que dans un second temps, parfois plusieurs années après leur création.

Serait-ce dû à un manque de ressources humaines davantage allouées au développement technologique qu'à l'expansion économique ? Ou bien au manque de connaissance des filières pour bénéficier des aides à l'internationalisation ? Ou enfin au manque de visibilité des écosystèmes locaux parfois impénétrables si vous n'êtes pas bien accompagnés ?

La création de startups deeptech numérique : une vision encore très nationale

Les startups deeptech digitales, longtemps méconnues sont aujourd'hui sur le devant de la scène. Elles utilisent des technologies sophistiquées, souvent issues de la recherche, qui sont difficiles à reproduire et qui leur apportent un avantage concurrentiel mondial.

Néanmoins, dans ce domaine, les entrepreneurs, les clients et les investisseurs ont encore aujourd'hui une vision essentiellement nationale.

Les fondateurs de startups deeptech digitales ont réalisé une partie de leurs études à l'étranger. Ils ont fait des stages au sein d'entreprises internationales. Ils ont développé des travaux de recherche dans des laboratoires parfois très loin de leur pays d'origine, avec des équipes réparties dans plusieurs pays. Les innovations de ruptures qu'ils développent s'attaquent à des enjeux majeurs du 21e siècle. Par exemple, la détection anticipée de cancers par l'analyse d'images médicales grâce à l'intelligence artificielle. Ces enjeux ne connaissent aucune frontière.

Et pourtant, les entrepreneurs de la deeptech digitale ne créent que très rarement des startups pan-européennes dès le premier jour.

Les entreprises du CAC 40 font plus de 70% de leur chiffre d'affaires à l'international avec plus de deux tiers de leurs effectifs hors de France. Et malgré tout, la détection des startups deeptech digitales européennes clés pour leur secteur se limite encore très souvent au pays de leur siège social.

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Après avoir été soutenues par les écosystèmes publics nationaux et européens, certaines pépites deeptech digitales attirent aujourd'hui des investisseurs privés. Ainsi la startup française Zelros, solution de référence pour la modernisation et la distribution d'assurance basée sur des technologies d'intelligence artificielle, a levé 16,5 millions de dollars. Les investisseurs privés européens sont présents de plus en plus tôt dans la création de startups deeptech digitales, certains même avant la création. Néanmoins, moins de 20% de leurs investissements concernent des startups européennes hors de leur pays.

Les spécificités de la création des startups deeptech digitales

On pourrait objecter que ce développement, national dans un premier temps, puis international ensuite tient au manque de ressources et au besoin de se focaliser sur son marché domestique avant de chercher à passer à l'échelle. Cependant, l'évolution récente des financements de la deeptech et les ruptures réglementaires qui lui sont associées ouvrent la voie à d'autres stratégies pan-européennes.

L'argent est de moins en moins un frein à la création de startups deeptech numériques pan-européennes, très capitalistique. Les montants investis dans la deeptech digitale en Europe ont triplé en 5 ans pour atteindre 36 milliards de dollars cumulés d'après le fonds d'investissement suédois Atomico. En France, BPI France vient d'annoncer le doublement de son plan deeptech, passant à deux milliards d'euros le montant à investir dans les startups deeptech entre 2020 et 2023.

Les innovations de rupture liées aux startups deeptech bousculent et font évoluer usages et réglementations. La startup française LMDA, créée en 2020 en est un bon exemple. Elle développe une solution de gestion de flottes de robots autonomes pour la livraison dans les centres-villes (dite du dernier kilomètre). Cet univers est encore très réglementé et peu de pays comme la Finlande, autorisent la présence de robots livreurs sur les trottoirs. Lancée en partenariat avec des partenaires français, finlandais elle travaille depuis le premier jour avec des clients français et finlandais avec une équipe répartie entre les deux villes.

Un des talents de l'entrepreneur deeptech numérique est donc d'acquérir une expérience et une crédibilité suffisante sur son secteur naissant, tout en faisant évoluer les mentalités du législateur. Le jour où la réglementation s'ouvrira, la startup qui aura une expérience opérationnelle significative de son secteur sera en bonne position pour capter une part importante de ce nouveau marché.

Les avantages d'un lancement pan-européen sont nombreux pour tout l'écosystème deeptech

Pour les entrepreneurs, une visibilité multi-pays est un atout clé. Elle permet d'attirer plus de talents internationaux, d'échanger avec eux localement, de tester plusieurs marchés pour un développement rapide, d'être en lien avec les écosystèmes d'entrepreneurs et d'investisseurs locaux pour augmenter les sources de nouveaux clients et de financements.

Pour les grandes entreprises européennes, cela permet de tester localement très en amont de nouvelles solutions deeptech et de s'ouvrir à de nouveaux écosystèmes européens d'innovation respectueux des valeurs et des réglementations européennes. Cette visibilité est également un point clé pour augmenter les acquisitions de startups par les grands groupes européens.

Pour les investisseurs, une exposition à un deal flow pan-européen augmente sa qualité avec de meilleures opportunités de sortie.

L'ADN pan-européen des startups deeptech numériques n'est plus une option

La jeune startup française VIPO créée en 2020 et issue de l'Université de Rennes 1, en partenariat avec une société hollandaise et l'Université de Barcelone, elle a développé une solution basée sur l'intelligence artificielle, qui permet d'acheter des vêtements selon son style vestimentaire chez des e-commerçants qui améliorent ainsi l'expérience d'achat et leur chiffre d'affaires. Après avoir lancé sa solution en Espagne et en Amérique du Sud, elle se développe dans le reste de l'Europe.

À lire également

  • La deeptech Prophesee lève 25 millions d'euros pour donner la vue aux aveugles et aux machines
  • Vanessa Chocteau (La Poste): "Deeptech, IA, blockchain nécessitent énormément de fonds"
  • Bpifrance lance son "Deeptech Tour" dans toute la France
  • Le startup studio TechnoFounders récolte 23 millions d'euros pour financer la deeptech

Dans la course au numérique mondial, l'Europe a un atout majeur à jouer grâce à l'excellence de la deeptech européenne et à un écosystème structuré de plus en plus favorable à l'accompagnement et à l'émergence de grands acteurs. Entrepreneurs, et si l'Europe était votre premier terrain de jeu ?

Guillaume Toublanc (*)

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