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OpinionsTribunes

Législatives : l'exécutif à l'épreuve du fait parlementaire

Brice Soccol

Publié le 17 juin 2022 à 05:36 - Mis à jour le 17 juin 2022 à 12:01

Sept francais sur dix contre une majorite absolue pour macron, selon un sondage

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OPINION. Le "ni de droite, ni de gauche" semble se heurter aux conséquences de l'élection populaire, au retour des partis et peut-être au clivage droite/gauche. Par Brice Soccol, Président du cabinet Public & Private Link, auteur de « 577 députés à élire » (SG Presse).
« Le Président de la République serait la tête pensante et le premier ministre, la tête agissante du pouvoir », déclarait le général de Gaulle en 1958. Souvenons-nous.

En 1958, la France sous l'impulsion du Général de Gaulle adoptait une nouvelle Constitution, dotant le président de pouvoirs personnels décisifs comme le choix du Premier ministre, le droit de dissolution, le recours au référendum, les pleins pouvoirs en cas de crise grave... Quatre ans plus tard, en 1962, l'œuvre fut achevée avec l'élection présidentielle au suffrage universel direct et à la majorité absolue, avec duel et seulement duel au second tour. Cette réforme revivifiait les partis et réhabiliter le clivage droite/gauche, loin des rêves de celui qui affirmait :

« Ce n'est pas la droite, la France ; ce n'est pas la gauche, la France ; la France, c'est tout à la fois... ».

Un parallélisme pourrait être établi entre cette époque et celle que nous vivons actuellement. En effet, en 2017, Emmanuel Macron avait obtenu un score de 32,3% aux législatives, - après avoir obtenu un score de 24% à l'élection présidentielle -, lui permettant ainsi d'avoir une majorité absolue avec 313 élus et pouvant compter sur 47 Modem et 35 Constructifs.  Son premier quinquennat a donc pu être interprété comme étant d'inspiration gaullienne, c'est-à-dire qu'il aurait gardé le meilleur de 1962, le présidentialisme agissant, mais en aurait mis de côté le pire, à savoir le poids des partis et le clivage gauche / droite.

Mais celui qui déclarait en 2016 : « je ne suis ni de droite, ni de gauche... » semble lui aussi se heurter, un quinquennat plus tard, aux conséquences de l'élection populaire, au retour des partis et peut-être au clivage droite/gauche.

Gouverner à grand coup de "49.3"

En effet, avec ce premier tour des élections législatives, le fait parlementaire s'impose de nouveau dans la vie institutionnelle française. De fait, ce premier tour a été marqué par un nouveau record d'abstention (52,5%), une alliance des partis de gauche (Nuoes) qui les a conduits au coude à coude avec la majorité présidentielle... Sans majorité forte et claire à l'issue du second tour, gouverner pourrait ressembler à 1988. Il manquait alors 14 députés à Michel Rocard pour avoir une majorité absolue ; il avait dû négocier tantôt avec les centristes, tantôt avec les communistes et utiliser à 28 reprises le 49.3. Une situation qui pourrait cette année pousser le parti présidentiel à chercher des alliés au centre droit dans une logique que l'on pourrait qualifier de « contre nature électorale ».

Quelle que soit la posture politique, la conséquence de ces élections législatives pour ce nouveau quinquennat se traduira par un exercice du pouvoir réellement partagé entre le Président de la République, le Premier ministre et le parlement. Certains pensent encore que le macronisme pourrait continuer entre présidentialisme et gouvernement par-delà la droite et la gauche. Mais ces élections législatives vont changer la nature de l'exercice du pouvoir. Ces élections législatives sont bien un frein à l'interventionnisme présidentiel, inscrit dans la pratique de la Ve république. L'enjeu des prochaines semaines sera donc de faire naître une majorité́ gouvernementale issue du fait électoral, grâce à la combinaison du scrutin majoritaire pour la désignation des députés et de l'élection présidentielle.

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Avec ses élections législatives, une nouvelle ère s'annonce. Nous pourrions entrer dans l'ère des coalitions à l'allemande, avec ou sans une vraie proportionnelle, caractérisée par le retour des partis, avec une gauche sortie de son état de réanimation, une droite encore convalescente et des populismes portés par le contexte économique et international.  Le « grand débat permanent » voulu et annoncé par le candidat Emmanuel Macron, en mars 2022, qui sous-tendait une implication plus forte des citoyens, va d'abord avoir lieu avec leurs représentants au sein du Parlement. Cela pourrait conduire à une nouvelle pratique institutionnelle ouvrant la voie à de nouvelles méthodes de gouvernement et de fabrique de la loi, ainsi qu'à des processus de décision inédits.

Brice Soccol

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