Nouvelles solidarités et nouvelles responsabilités : les maires doivent avoir les mains libres !

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De gauche à droite: Alain Chrétien (Vesoul), Jean-Luc Moudenc (Toulouse), Arnaud Robinet (Reims), Christian Estrosi (Nice), Luc Bouard (La Roche-sur-Yon), Catherine Le Lan (Vence) et Arnaud Péricard (Saint-Germain-en-Laye).
De gauche à droite: Alain Chrétien (Vesoul), Jean-Luc Moudenc (Toulouse), Arnaud Robinet (Reims), Christian Estrosi (Nice), Luc Bouard (La Roche-sur-Yon), Catherine Le Lan (Vence) et Arnaud Péricard (Saint-Germain-en-Laye). (Crédits : DR)
TRIBUNE. En tant que maires, nous constatons que les Françaises et les Français en appellent de plus en plus aux élus locaux, qui, chaque jour, sont à leurs côtés, en proximité, sur le terrain, au cœur de leurs préoccupations. Par Christian Estrosi, Jean-Luc Moudenc et Arnaud Péricard, respectivement maires de Nice, de Toulouse et de Saint-Germain-en-Laye.

Depuis le début cette crise, ce sont les collectivités qui ont pris dans l'urgence les décisions nécessaires à la protection des populations et pour répondre à leurs besoins essentiels. Surtout, nous avons démontré que nous sommes les mieux à même d'organiser de nouvelles politiques publiques, liées à la sécurité sanitaire, à la santé, à la cohésion sociale, qui pour fonctionner, doivent être décidées au plus près des besoins.  Désormais, les Maires doivent avoir les mains libres pour imaginer et faire vivre ces « nouvelles solidarités ».

Gérer l'ensemble de la compétence de gestion des risques

Il est tout d'abord nécessaire de nous confier de nouvelles missions liées à la sécurité sanitaire. En mettant en place des distributions logistiques de masques, en organisant avec des laboratoires et des établissements de santé des dépistages massifs, les maires ont démontré l'efficacité de leurs relais locaux dans ces domaines. Dans la continuité de ces actions, nous pourrions également gérer l'ensemble de la compétence de gestion des risques, de contrôle environnemental et de labellisation sanitaire sur nos territoires.

Établir un vrai plan local de santé

Il faut également mettre à profit nos expériences de cette crise pour nous confier l'organisation de la santé du quotidien. Les Maires doivent pouvoir établir un vrai plan local de santé dont l'objectif serait de bâtir une véritable politique de santé de proximité, en construisant des maisons pluridisciplinaires, en luttant contre les déserts médicaux, et en mettant tous les acteurs concernés autour de la table. Le pragmatisme des élus locaux est gage d'efficacité, pour faire parler et optimiser les synergies nécessaires, sans distinction ni dogmatisme, entre l'hôpital public, les cliniques privées, la médecine de ville, les Ehpad, les laboratoires. L'État pourrait ainsi concentrer ses forces sur une redéfinition des missions de l'hôpital public, régler enfin le problème des urgences et garantir une protection sociale efficace pour chaque Français.

Gérer l'ensemble des politiques sociales et de solidarités

Nos collectivités doivent aussi être en première ligne pour construire et mettre en œuvre de nouvelles mesures de cohésion sociale : en impulsant des politiques éducatives locales, en proposant des mesures de soutien personnalisées dans chaque école pour pallier les inégalités du confinement, en luttant contre l'exclusion numérique, en favorisant les liens entre les actifs et nos ainés, en remettant de l'humain au cœur de la cité pour ne laisser personne au bord du chemin. Nous ne pourrons réussir que si les Maires gèrent demain l'ensemble des politiques sociales et de solidarités, de la petite enfance aux séniors, condition indispensable pour consolider le lien intergénérationnel et bâtir efficacement de nouvelles politiques sociales.

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S'assurer de l'engagement des entreprises

Cette période a creusé les inégalités sociales. Il est temps de s'occuper des plus modestes, de ceux qui sont continuellement oubliés par le système. Pendant ce confinement, les Français ont collectivement réalisé combien les caissières, les livreurs, les chauffeurs, les salariés de nos PME, les employés...ont un rôle crucial au sein de notre société. Si nos collectivités sont en première ligne avec les CCI pour soutenir les entreprises, c'est aussi pour sauver les emplois. Ces mesures de soutien public doivent être encadrées : toute aide publique doit être conditionnée par un engagement formel à préserver l'emploi, mettre en place de la participation salariale, ou encore des mesures de protection sociale renforcées. Le Maire doit devenir ce lanceur d'alerte qui peut localement s'assurer de l'engagement des entreprises à respecter un pacte économique, social et éco-responsable.

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Remettre l'humain au cœur de notre société

Nous reconnaître ces nouvelles missions, c'est aussi répondre à la crise de représentativité que connaît notre pays depuis plusieurs années. Nous voulons tout simplement être des élus protecteurs qui anticipent les nouveaux défis pour mieux protéger les Françaises et les Français : être encore plus solidaires, mieux nous protéger, mieux respecter notre environnement, revoir nos modes de déplacement, repenser nos méthodes de travail. En somme, remettre l'humain au cœur de notre société pour construire des territoires résilients, durables et solidaires.

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Engager un nouvel acte de décentralisation

L'Etat et les collectivités sont les maillons d'une même chaîne républicaine mais dans tous les domaines confiés historiquement à l'Etat, l'échelon central n'est plus efficace. Si dans ces nouvelles solidarités, les Maires pourraient agir en complémentarité avec les Préfets, l'État doit de son côté engager un nouvel acte de décentralisation permettant enfin de faire des collectivités de véritables partenaires et non des supplétifs.

Après la crise, si l'État veut être plus fort, plus performant, plus lisible, il devra engager cette réflexion pour nous confier la gestion du quotidien et gérer uniquement des compétences liées à la souveraineté et à la Nation. Et qu'il le fasse vraiment.

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Commentaires
a écrit le 11/05/2020 à 18:07 :
"Nouvelles solidarités et nouvelles responsabilités"

Quel aveu ! Deux notions leur étant totalement inconnues, ils découvrent les mots c'est déjà pas mal mais de "nouvelles" à rien est le parcours du politicien.
a écrit le 11/05/2020 à 17:24 :
pour obliger les gouvernant aux dialogue social il faut dans un premier temps supprimer le corps préfectoral
et le transféré aux président de région. ce qui mettra fin au centralisme parisien
et a la destruction des services public imposé par des ignares de technocrates qui n'ont jamais mis les pieds en province
a écrit le 11/05/2020 à 17:03 :
Laisser les mains libres à des gens qui se croient propriétaires des villes, ou des personnages comme Estrosi,émule de la gouvernance à la chinoise, c'est très dangereux pour la démocratie. Ou bien, il faut qu'ils soient élus avec une réelle majorité, et qu'il y ait une réelle opposition au sein des municipalités.
Je préfère une mauvaise gouvernance centralisée, qu'une gouvernance de petits seigneurs suffisants.
a écrit le 11/05/2020 à 16:50 :
Ah l'excellente proposition : un, nouvel acte de décentralisation OUI, mais plus comme auparavant : UNE DECENTRALISATION, UNE VRAIE comme en Allemagne: des Régions avec large autonomie de gestion et donc des Ministres Présidents, vrais contre pouvoir au pouvoir centralisé Jacobin; ID° pour les départements et les Maires.
Cela implique une vaste réforme constitutionnelle qui verra entre autres la fin de la mise en tutelle des Régions, des Départements, des Maires avec l'épée de Damocles des Préfets et du conseil d'Etat. Mais vrais nouveaux pouvoirs = vraies nouvelles responsabilités. Il faudra bien en finir avec une Vème république qui ne représente plus les souhaits des citoyens Français et qui montre à chaque catastrophe les limites des actions centralisées au sommet de l'Etat, donc la fin de l'homme providentiel, seul dans son Palais qui décide de tout pour le bonheur supposé des Français.
Une fois de plus on en a vu les limites qui se traduisent de plus en plus part une désaffection (Les 2/3 des Français jugent que cette nouvelle crise a été mal gérée par l'exécutif)

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