« Rénovons ! C’est cela la véritable innovation » (Géraldine Mosna-Savoye)
Géraldine Mosna-Savoye
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Géraldine Mosna-Savoye
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Quoi de moins novateur, aujourd'hui, que de parler et que d'entendre parler d'innovation ?
C'en est presque devenu pathétique pour l'innovation : comme tout concept dans l'air du temps, comme tout mot transformé en élément de langage, elle semble, elle aussi, s'être usée au contact de ses multiples prises et reprises.Paradoxalement, l'innovation a elle-même perdu l'éclat du neuf. Elle est devenue une vieille antienne dont chacun se targue dans son domaine de prédilection, dont chacun se sent responsable, même dans sa vie personnelle.
Qui n'a donc pas perçu l'injonction à se renouveler, que ce soit dans son métier ou dans son être, à être en phase avec son temps, ses idées, ses usages, voire à les anticiper ?L'innovation n'est donc pas neuve, mais pire, elle a vieilli, et nous avec. Elle nous a usés. De quoi nous rendre conservateurs, préférer les statu quo aux révolutions, la routine aux transformations.
De quoi se demander si pour véritablement innover, de nos jours, il ne faudrait pas, au contraire, ne pas innover. Mais oui, ne faudrait-il pas choisir la stagnation, opter pour ce qui ne bouge pas ? Et si c'était cela, désormais, l'innovation, perdurer et persister sans aucune modification ?La question se pose d'autant plus à l'heure du changement climatique. Mais bien au-delà, elle mérite d'être posée en tant que telle : au nom de quoi faudrait-il à tout prix innover ? Se renouveler ou faire du neuf ? Que permet le neuf que ne permettrait pas le vieux, l'âgé ou l'usé ?
À lire également
D'où vient donc une telle promotion de la nouveauté ? L'interrogation est sérieuse : pourquoi le nouveau serait-il valorisé, intrinsèquement bon, pour ne pas dire, meilleur ?
Le philosophe S
ø
ren Kierkegaard se questionnait lui-même en 1843 dans un essai resté célèbre, traduit sous le titre deLa répétition
ou deLa reprise
. Dès l'ouverture de sa réflexion, il fait ainsi le portrait de celui que l'on pourrait appeler « l'innovateur ». Et celui-ci, sous sa plume, n'a rien d'aimable : pétri d'inquiétude et d'angoisses, uniquement capable d'espérance et de découverte, il ressemble à un« vêtement flambant neuf, raide et trop ajusté ».
L'innovateur, c'est en amour, le Don Juan, l'amant volage, qui multiplie les conquêtes, se révèle inapte à l'engagement, incompatible avec une vie paisible, faite de répétitions et de routines.L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Géraldine Mosna-Savoye