Insectes  : les Hauts-de-France font mouche dans l'assiette

Ce n'est pas un hasard si deux grands projets d'usine à insectes s'installent coup sur coup dans les Hauts-de-France : la région recèle, certes, quantités de co-produits agricoles mais les opportunités pour l'alimentation humaine se précisent.

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(Crédits : Minus Farm)

D'un côté, Innovafeed, spécialiste de la mouche soldat noir, qui inaugure l'année dernière, sa première usine à Nesle, dans la Somme. Et de l'autre, Ÿnsect qui annonce la construction de la « plus grande ferme verticale du monde », à quelques kilomètres d'Amiens, pour accueillir dès l'année prochaine ses premiers scarabées Molitor (en complément de ses élevages de Dole dans le Jura et d'Ermelo aux Pays-Bas).

Pour l'instant, les deux acteurs de l'élevage industriel d'insectes adressent en priorité le marché de l'alimentation des animaux et poissons, voire des engrais, où les insectes sont autorisés depuis 2017. Mais l'objectif est bien à terme que les bêbêtes atterrissent directement dans nos assiettes...

Acteurs de plus petites tailles

D'autres plus petits acteurs régionaux se sont d'ailleurs déjà positionnés sur ce marché des insectes appliqués à l'alimentation humaine. Minus Farm a, par exemple, mis au point un élevage de ver de farine en containers, dans le cadre de micro-fermes urbaines. « Dès 2013, nous avons été interpellés par le rapport de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) qui encourageait la consommation d'insectes », explique Virginie Mixe, associée à Matthieu Colin. « Nous avons goûté, nous avons aimé et nous avons développé toute une gamme de produits  », explique Virginie Mixe, associée à Matthieu Colin. L'élan a été stoppé net en 2018 à cause de la législation : en attendant, Minus Farm accompagne des structures souhaitant se lancer dans l'élevage d'insectes.

Incubée à Euralimentaire à Lomme au sein du Marché d'intérêt national (MIN), Nutri'Earth produit, lui, des ingrédients innovants issus d'insectes comestibles dans le but cette fois, non pas de nourrir mais de prévenir de pathologies. L'entreprise a notamment breveté une technologie de biosynthèse, afin d'optimiser naturellement les ingrédients en micronutriments, tels que la vitamine D3 ou les antioxydants.

Toute cette filière naissante a les yeux rivés sur les autorisations délivrées par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Le dernier en date, publié en janvier dernier, accorde à la société Agronutris, installée dans le Jura, d'utiliser du ténébrion Molitor (le même vers de farine que produit par Ynsect) dans des barres énergétiques pour sportifs. Une première française qui pourrait bien changer la donne.

« C'est le premier dossier de novelfood à avoir déposé et à avoir été accepté », rappelle Clément Ray, président co-fondateur d'Innovafeed, lui aussi travaillant l'autorisation de la mouche noire Hermetia. « Sur ce nouveau marché considérable, il y aura de la place pour tout le monde », assure-t-il.

Reste que la compétition devient aujourd'hui une question de gros sous. En fin d'année dernière, Ÿnsect et Innovafeed ont respectivement levé 372 millions de dollars et 140 millions d'euros, pour mieux cibler l'alimentation humaine.

Système plus durable

Il faut dire qu'Innovafeed a réussi à séduire des géants de l'agroalimentaire : le groupe sucrier Téréos en France et deux géants américains, à savoir Cargill (négoce et de la transformation de matières premières agricoles) et ADM (Archer-Daniels-Midland Company). Une nouvelle usine devrait ouvrir à côté du siège de ce dernier dans l'Illinois, en symbiose avec « le plus gros site de transformation de maïs au monde ». Ÿnsect, lui, travaille avec la société espagnole vinicole Torres ou le fabricant d'alimentation aquacole norvégien Skretting, dans le cadre d'un programme de recherche européen. Tout en discutant avec d'autres acteurs aux Etats-Unis ou en Asie.

Tous ces pionniers de l'insecte ont la même ambition : rendre le système alimentaire plus durable. L'alimentation pèse aujourd'hui 25% de la production totale de CO2. La consommation de nourriture serait responsable de 80% de la perte biodiversité (déforestation, pesticides, surpêche, entre autres). Là où l'élevage d'insectes peut miser sur les circuits courts, la séquestration de carbone et la circularité (les résidus agricoles nourrissant les insectes).

Technologies tout azimuts

Dans cette course éffrenée qui devrait bientôt être lancée, les technologies restent toujours au centre du jeu. Chez Innovafeed, elles sont protégées par près de 300 brevets. « Nous employons près de 120 ingénieurs, docteurs et autres scientifiques qui travaillent au développement de la technologie, qu'il s'agisse de data pour la température, l'humidité, les lumières, de l'intelligence artificielle pour modéliser les flux ou de la robotique pour automatiser les process, etc.) », précise Clément Ray.

La ferme d'Ÿnsect, elle, est annoncée comme « la plus numérique au monde avec plus d'un milliard de données historisées par jour ». En rachetant en avril dernier de Protifarm, une entreprise néerlandaise élevant des insectes depuis 40 ans, Ÿnsect a raflé 37 brevets, amenant son expertise technologique à près de 300 brevets également.

Reste à « évangéliser » le marché. Innovafeed a inauguré avec Auchan quelques premières mondiales comme les truites, les volailles ou les porcs nourris aux insectes. Le groupe travaille d'ailleurs à des prototypes de barres énergétiques pour les sportifs, de l'épicerie sucrée et salée mais aussi des produits de nutrition médicale et des substituts de viande.

 « Comme tout ce qui est nouveau, ce n'est pas simple de faire aimer les insectes », admet Virginie Mixe de Minus Farm, qui n'a pas attendu les évolutions réglementaires pour saisir toutes les occasions de présenter ses produits : biscuits apéros, Incredible Burger et autre spéculoos Molitor cassonade. Avec bientôt, plus de 200.000 tonnes d'insectes produits par an en Hauts-de-France, vous prendrez bien un petit ver pour l'apéro ?

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Commentaires 2
à écrit le 22/07/2021 à 20:40
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Usines à insectes : rien que de l'écrire ça me fout les jetons graves, comme disent les djeuns. Et j'ose même pas imaginer si un jour tout ce beau monde décide de s'échapper, sauterelles et grillons compris.😬😰😱

à écrit le 22/07/2021 à 8:28
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Ceux qui veulent nous faire bouffer des insectes pensent vraisemblablement qu'on peut vite faire fortune avec ça, étant donné la capacité de reproduction explosive des dits insectes, et donc leur faible prix de revient en tant que matière première. ...

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