LA TRIBUNE -Quelle était l'ambition de ce débat public alors que le déploiement de la 5G relève de la compétence exclusive de l'Etat ?
FRANCKY TRICHET - C'était le débat de la compréhension. Et non du pour et du contre. Il a permis de cerner la complexité d'un sujet qui ne concerne pas que la 5G, mais aussi la sobriété du stockage, les usages, le rapport à l'écran, les problématiques d'aménagement du territoire et comment les collectivités doivent prendre leur place, en particulier sur la gouvernance. D'ailleurs, seules 30% des contributions ont vraiment porté sur la 5G. 70% des débats ont porté sur le principe de précaution, les ondes, les usages, la sobriété, la transparence... Aujourd'hui, c'est la 5G, demain ce sera l'Internet des Objets Connectés (IOT), la 6G... et là, il y a bien une gouvernance à revoir. On ne peut pas laisser l'Etat décider seul de l'attribution des fréquences alors qu'il y a des impacts forts d'équité, de solidarité, de déploiement. C'est vrai aujourd'hui pour le déploiement visible des antennes de la 5G à 3,5 GHz. Cela le sera encore plus demain sur la 5G à 26 GHz qui demandera encore plus de déploiement d'infrastructures dans les villes où il faudra installer des « Small Cell » tous les 50 ou 100 mètres. Aujourd'hui, seuls les lampadaires permettent cette couverture. L'enjeu, c'était donc de mettre tout le monde autour de la table et pas seulement celui qui parle le plus fort.
Comment se sont déroulées les négociations avec des opérateurs comme SFR qui avait choisi Nantes pour expérimenter la 5G et qui a annoncé la lancer trente minutes après la clôture officielle du débat, avant que Orange et Bouygues Télécom suivent le pas le lendemain?
Ce n'était pas des négociations mais des échanges. Ayant en charge l'aménagement numérique du territoire, j'ai organisé des espaces d'échanges réguliers avec tous les opérateurs en même temps puis de manière bilatérale. On a posé sur la table tous les sujets. Pour comprendre les contraintes des uns et des autres. Et chacun a pris ses responsabilités. Pour nous, l'ambition était de créer les conditions d'un débat apaisé. On a trouvé un consensus qui a permis d'éviter des clivages plus profonds et qui n'a pas été possible dans d'autres villes. Finalement, on leur a demandé un effort par rapport à leur calendrier et les contraintes imposées par l'Etat. Ce qui a fait la différence, ce sont ces espaces d'échanges et d'écoute. A l'époque, on était dans un calendrier où il fallait sortir la 5G pour Noël. La crise est arrivée là-dessus et je ne suis pas sûr que la 5G était la préoccupation des gens. C'est sans doute quelque chose qui a joué. Aujourd'hui, tout le monde semble plutôt satisfait. Même si je ne vois pas un engouement fort pour les forfaits 5G où les usages avérés pour le grand public sont encore peu nombreux. Quel est l'intérêt d'aller plus vite pour télécharger un film et gagner quelques secondes ? On fait des visios en mobilité en 4G, ça passe, la saturation n'est pas avérée. Personnellement, je reste prudent sur les usages grand public de la 5G, tout en restant convaincu qu'elle peut s'avérer utile pour certains usages professionnels dans l'industrie par exemple.