Foodinnov Group accompagne le tournant de l’alimentation

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Vincent Lafaye, fondateur et CEO de Foodinnov Group. Installé au cœur du Technocampus Alimentation, à Nantes, le laboratoire de FoodInnov Development concentre des fours, des plaques à snacker, un micro-onde, des friteuses, des stérilisateurs, une cellule de refroidissement et de surgélation, ainsi que divers autres matériels de mélanges et de mesures physique et chimiques. Un ensemble pensé pour prototyper les produits et les process de fabrication avant le transfert industriel.
Vincent Lafaye, fondateur et CEO de Foodinnov Group. Installé au cœur du Technocampus Alimentation, à Nantes, le laboratoire de FoodInnov Development concentre des fours, des plaques à snacker, un micro-onde, des friteuses, des stérilisateurs, une cellule de refroidissement et de surgélation, ainsi que divers autres matériels de mélanges et de mesures physique et chimiques. Un ensemble pensé pour prototyper les produits et les process de fabrication avant le transfert industriel. (Crédits : Frédéric Thual)
Locataire du nouveau Technocampus Alimentation à Nantes, le groupe FoodInnov, créé en 2004, accompagne des startups pour élaborer leur concept, teste de nouvelles technologies pour de grands noms de l'industrie agroalimentaire et élabore des process pour permettre à des artisans d'industrialiser leur production.

Les effluves de cuisine devraient rapidement dissiper les odeurs de peinture fraîche encore présentes dans les couloirs de Food Development, venue s'installer dans le tout nouveau Technocampus Alimentation, à Nantes.

Au fond du couloir, la branche culinaire de Foodinnov Group a aménagé un laboratoire d'une quarantaine de mètres carré, équipé de tous les ustensiles pour cuire, snacker, mélanger, congeler, surgeler, mesurer, contrôler, conditionner, étiqueter, stocker... « On a là tout le nécessaire pour formuler et maquetter les produits. Mais, nous sommes surtout capables d'accompagner les entreprises, aussi bien des startups que de grands noms de l'industrie agroalimentaire, sur toute la chaîne de l'innovation, de l'atelier de créativité jusqu'à la conception des étiquettes et les démarches export », précise Vincent Lafaye, Pdg de Foodinnov Group, fondé au début des années 2000.

« Un vieux rêve. J'ai toujours été étonné du décalage entre la recherche académique dont l'objectif est de publier, et les attentes du monde de l'entreprise qui cherche à faire du chiffre d'affaires », justifie ensuite l'ingénieur agroalimentaire.

Diplômé en marketing, Vincent Lafaye a, durant dix ans, dirigé et développé deux unités de produits élaborés pour le leader du lapin Loeul & Piriot. Passé chez la coopérative agricole Terrena, il a piloté la diversification du groupe vers les plats cuisinés au sein du groupe gastronome. L'une comme l'autre ont surfé sur la vogue des plats préparés et connu de belles croissances.

Une croissance de... 813%

Cette fois, c'est Foodinnov Group qu'il fait décoller. Il l'a créé en 2004 en reprenant, d'une part, un GIE (Groupement d'intérêt économique, Ndlr) spécialisé dans la R&D, fondé et délaissé par des industriels bretons (Le Duff, Roullier...), et d'autre part, les parties R&D et export de la société LRBeva en 2016, positionnée sur les produits bien-être et la nutrition. La jeune entreprise innovante, soutenue dès le départ par la Région Pays de la Loire, BPIFrance et Total Développement Régional, a très vite été agréée organisme de recherche.

« Cet accès au Crédit d'impôt recherche [CIR] nous a permis de nous consolider, de vendre des prestations de R&D et de mettre au point la solution logicielle Mulsii, en SAAS [Software as a service, en anglais], pour permettre aux entreprises de cadrer et suivre les étapes de leur projet de R&D», explique-t-il.

Commercialisée par l'éditeur de logiciels Keendoo, celle-ci serait opérationnelle dans une vingtaine d'entreprises (Thiriet, Lesieur, Materne, Bonduelle, Panzani...).

Transformée en holding lors du rachat de LRBeva, l'activité de Foodinnov Group repose aujourd'hui sur trois piliers : la nutrition et la diététique à Rennes (Foodinnov Nutrition), le culinaire à Nantes (Food Dévelopment) pour l'industrie agroalimentaire et la RHD, et l'export avec Exportalim, spécialisée dans l'assistance réglementaire à l'export. L'entreprise dispose notamment d'un accord exclusif avec une société américaine garantissant un enregistrement sécurisé des produits sur les États-Unis. Une solution qui a permis par exemple à une startup nantaise de pourvoir présenter ses produits en toute légalité lors du CES de las Vegas.

De 430.000 euros en 2015, le chiffre d'affaires de Foodinnov Group a grimpé à 2,9 millions d'euros en 2017. Une croissance de 813% qui lui a valu la cinquième place au classement du Technology Fast 50 de Deloitte dans l'Ouest en 2017, la 31eme place au niveau national et la 144ème au niveau mondial. La digestion des investissements réalisés pour sa croissance externe et ce changement de dimension amènent aujourd'hui le spécialiste de l'innovation alimentaire à repenser son organisation interne (management, communication...) autour de trois pôles : Conseil, R&D et transfert industriel. Celui-ci prévoit d'étendre son réseau par le biais de partenariats dans le Sud-Est et dans le Nord de la France, avant de déployer à l'export à l'horizon 2019-2020.

Des innovations reprises en marques distributeurs

« C'est aussi l'illustration d'une demande forte. Le secteur de l'alimentation vit un tournant stratégique. C'est devenu un phénomène sociétal. Tout le monde se pose des questions pour se nourrir. La réflexion est globale, à la fois sur la production et la consommation. Face à ce défi, les grands groupes s'engagent dans la digitalisation, ont du mal à se renouveler et cherchent à s'ouvrir. En créant leur propre incubateur, comme Fleury Michon, ou en venant nous voir. On intervient là où ils ont des trous dans la raquette », explique Vincent Lafaye.

Ce fût le cas avec la coopérative Tereos (Beghin Say) qui cherchait un accompagnement pour produire une protéine végétale capable de remplacer de la viande ou, plus largement, pour des enseignes de boulangeries et de snacking qui souhaitaient mettre au point un pain à la teneur en sel réduite et aux fibres augmentées, sans toutefois tomber dans la catégorie des "pains spéciaux", dont le seul caractère limite les ventes. Une fois mise au point via un programme de recherche collaboratif mené en partenariat avec l'INRA (l'Institut national de la recherche agronomique) et l'école d'agroalimentaire ONIRIS, la recette a pu être exploitée par les industriels (Groupe Soufflet, La Mie Câline...) et vendue à des collectivités.

« On intervient aussi bien sur la recette, que sur les études qualitatives et de marché, les process de fabrication, les transferts industriels, l'emballage, l'étiquetage... Jusqu'à la sélection de sous-traitants ou l'accompagnement à l'export pour les marchés de l'agroalimentaire, de la nutrition et de la RHD. »

Référent pour la Food Tech

Unique en France, FoodInnov Nutrition couvre ainsi toute la chaîne sur le secteur de la santé-nutrition, de l'idée au stockage sur palette. « Au regard des allergies, des intolérances et des attentes nutritionnelles, la demande explose. C'est un secteur en plein essor pour les grandes surfaces, les magasins spécialisés ou bio, et les parapharmacies. Le phénomène de la Food Tech bouleverse toutes les habitudes alimentaires », constate le patron de Foodinnov Group qui a noué un partenariat avec Shakeup Factory, l'accélérateur de la Food Tech au sein du campus parisien Station F.

L'entreprise nantaise aura pour mission d'accompagner les startups et les grands groupes sur les chemins de l'innovation alimentaire.

« Pas une journée ne passe sans que nous n'ayons une demande de startup... On voit de tout. De l'étudiant qui sort d'une école de commerce avec une idée qu'il estime géniale, à celui ou celle qui cuisine à maison et qui rêve de changer de vie. »

Sur plus de 350 entreprises ayant frappé à sa porte l'an dernier, FoodInnov Group dit en avoir aidé 10 à 20 à monter une étude de faisabilité. Là-dessus, trois ont été véritablement accompagnées.

Ô poisson cherche à accroître ses DLC

Au final, seule la startup vendéenne Ô Poisson, avec son concept de poissonnerie en ligne, créé il y a quatre ans par les enfants et neveux de mareyeurs et pêcheurs locaux, a réussi à passer le cap. « Parce qu'il reposait sur de bons porteurs de projet, une bonne idée, et une bonne maîtrise des process », remarque Vincent Lafaye. « On cherchait une solution pour accroître la DLC [date limite de consommation] de nos produits », explique Caroline Hennequin, co-fondatrice de la startup qui, après avoir tenté l'expérience d'une boutique et d'un drive à Nantes, a recentré toute l'activité sous la halle à marée des Sables d'Olonne pour se concentrer sur les expéditions et éviter de perdre 24 heures en allant à Nantes.

« Foodinnov a d'abord cerné nos besoins, et a finalisé une étude. Nous réfléchissons aujourd'hui aux différentes solutions proposées », dit-elle.

Vincent Lafaye ajoute :

« Les technologies de longue conservation ont beaucoup évolué, à l'instar de la haute pression, mais le surcoût ne se justifie que pour certains produits de luxe ».

Pour lui, la modularité est une des difficultés de développement des projets de l'agroalimentaire. « On peut les aider à émerger, mais attention, le secteur impose rapidement des ressources capitalistiques importantes. La problématique des volumes et du changement d'échelles contraint souvent ceux qui n'ont pas 500 ou 600.000 euros d'avance à laisser tomber. »

Par Frédéric Thual, 
correspondant Pays de la Loire pour La Tribune

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