« La volonté européenne en matière d'accès à l'espace va s'accentuer », Jean-Christophe Henoux (ArianeGroup)

De quoi DEMAIN sera-t-il fait ? Bpifrance s'est lancé le défi de mener une réflexion sur les sujets d'innovation qui révolutionneront notre quotidien dans les années à venir, du point de vue de notre transport, notre alimentation, notre santé, notre façon de commercer et de travailler. Pour cela, Bpifrance anime une démarche collective en mode projet, pilotée par les collaborateurs Bpifrance et associant les acteurs des écosystèmes concernés. L’un des sujets stratégiques récemment traité est l’espace. Jean-Christophe Henoux, directeur des programmes futurs chez ArianeGroup, revient sur la stratégie concernant les lanceurs, et détaille comment l'industrie se prépare pour faire moins cher, plus efficace et toujours plus innovant.

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« Dès maintenant, nous nous associons avec des jeunes pousses proposant des technologies de rupture qui serviront pour les successeurs d'Ariane », Jean-Christophe Henoux, directeur des programmes futurs chez ArianeGroup
« Dès maintenant, nous nous associons avec des jeunes pousses proposant des technologies de rupture qui serviront pour les successeurs d'Ariane », Jean-Christophe Henoux, directeur des programmes futurs chez ArianeGroup (Crédits : DR)

Sans y prêter attention, nous utilisons l'espace tous les jours, en consultant la météo ou un GPS, en effectuant une transaction bancaire ou, en cette période de crise, en suivant la progression de l'épidémie de coronavirus. « L'espace est devenu une infrastructure critique, souligne Jean-Christophe Henoux, d'ArianeGroup. Ce n'est pas par hasard que l'Europe a décidé il y a quarante ans de créer une filière pour les lanceurs de satellites, afin de ne pas dépendre de l'extérieur », se félicite-t-il. Puis, l'Europe a créé en 2015 une société franco-allemande, ArianeGroup, réunissant les savoir-faire d'Airbus et de Safran en matière de lanceurs spatiaux. Depuis cette date, ArianeGroup développe Ariane 6 et gère également Ariane 5 et les moteurs. En prenant la responsabilité industrielle du projet, ArianeGroup a simplifié les schémas par site et par pays, 13 au total, qui travaillent sur Ariane, afin de rationaliser les capacités d'ingénierie et de production et être plus compétitive.

Selon cet expert, la situation actuelle ne pourra que renforcer cette stratégie. « La volonté européenne en matière d'accès à l'espace va s'accentuer », prédit ainsi ce directeur des programmes futurs pour le groupe qui produit et commercialise des lanceurs, via Arianespace. Et avec elle, la pression sur les prix, d'autant que la concurrence sur le marché est féroce, avec SpaceX, la société d'Elon Musk, ou Longue Marche, une famille de lanceurs développés par la Chine...  « Nous avons divisé par deux les coûts de production d'Ariane 6, le lanceur développé pour l'Agence spatiale européenne qui succédera à Ariane 5. Et nous préparons déjà l'avenir avec un nouveau moteur, Prometheus, qui équipera les lanceurs européens à horizon 2030. Notre objectif, pour ce moteur, est de diviser les coûts par dix », indique-t-il.

Dénicher des pépites

Optimisation de l'organisation industrielle, mais aussi impression 3D et rapprochement avec des startups : ArianeGroup est, pour atteindre cet objectif, sur tous les fronts. Ainsi, les deux tiers de Prometheus seront produits grâce à l'impression 3D. « Notre seule limite est la taille des pièces, certaines ne pouvant pas encore être imprimées de cette façon », remarque Jean-Christophe Henoux. L'industrie cherche également à détecter des startups, plus agiles que de grands groupes, et dont les technologies peuvent être applicables au spatial, créant ainsi une belle complémentarité. « Dès maintenant, nous nous associons avec des jeunes pousses proposant des technologies de rupture qui serviront pour les successeurs d'Ariane », déclare Jean-Christophe Henoux. Pour ce faire, ArianeGroup s'informe auprès de Bpifrance pour du sourcing, et a créé l'an dernier un accélérateur d'innovation avec le CNES, ArianeWorks. De même, la société va soutenir son challenge R&D, afin de repérer et encourager des pépites. Elle s'appuie également sur des « pitchs », avec Hello Tomorrow, une organisation internationale qui épaule les startups de la deeptech.

Jean-Christophe Henoux est confiant. « L'utilité du spatial est évidente, et elle sera multipliée par 100 dans les décennies à venir », assure le directeur des programmes futurs.

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