Il faut re-lo-ca-li-ser ! L'épidémie de Covid a braqué les projecteurs sur les dangers d'une désindustrialisation massive avec pour conséquence une dépendance dangereuse aux fabricants étrangers. D'où la pénurie de masques, de réactifs et autres matériels de santé quand la pandémie a frappé.
« Cette crise a démontré les manques stratégiques dans les chaînes de valeur industrielles, particulièrement pour les approvisionnements », ajoute Nadia Pellefigue, vice-présidente chargée du développement économique, de l'innovation, de la recherche et de l'enseignement supérieur de la région Occitanie. Le gouvernement a réagi avec son plan de relance de 100 milliards d'euros, dont 1 milliard voué aux relocalisations industrielles dans certaines filières stratégiques (santé, agroalimentaire, électronique, chimie). Mais pour le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, pas question de rapatrier des activités low cost : « Relocaliser, ce n'est pas faire revenir des productions à faible valeur ajoutée. Relocaliser, c'est produire en France des produits qui sont indispensables à notre indépendance, je pense par exemple à des médicaments, des principes actifs de médicaments, ou développer de nouvelles chaînes de valeur sur lesquelles nous avons toutes les compétences et tous les savoir-faire pour réussir.» Une opinion partagée par Jean-Pierre Champion, directeur général de l'enseigne d'optique Krys, qui fabrique ses verres techniques en France. Pour lui, « faire du made in France low cost serait une erreur stratégique ». Mais qu'elle soit à valeur ajoutée ou pas, « la meilleure des relocalisations, c'est d'inventer la filière qui n'existe pas ailleurs. Il ne faut pas rêver à un grand soir du rapatriement d'entreprises industrielles en France », analyse Jean Rottner, le président de la région Grand Est. La période semble propice, car la mondialisation commence à s'essouffler. En cause, la multiplication des défauts de qualité de certains produits made in Asia, comme les masques chinois défectueux, et surtout la hausse rapide du coût salarial dans les pays émergents et des frais de transport. La relocalisation présente des avantages : création d'emplois pérennes et induits (entre 3 et 5 en moyenne pour 1 emploi créé, selon l'Insee), réduction du déficit du commerce extérieur, redynamisation des territoires en souffrance, développement d'une économie de proximité plus durable. Sans oublier les taxes professionnelles et foncières.