Certains ont fait le choix, d'emblée, de jouer la carte de la France, surtout s'ils créaient leur entreprise. Sous-vêtements, jeans, chaussures, meubles... le made in France est un argument commercial très prisé et très médiatisé. D'autres, en revanche, se sont faits happés, depuis les Années 1980, par la mondialisation et le mouvement des délocalisations. Qu'elles soient petites ou grandes, les entreprises devaient trouver les coûts de main d'oeuvre les moins élevés, pour pouvoir offrir les prix les plus bas aux consommateurs et concourir ainsi à un meilleur pouvoir d'achat au risque de désindustrialiser la France...
Mais depuis quelques années, certaines entreprises, dans des secteurs variés, reviennent. Dans la joaillerie, par exemple, avec Mauboussin, qui faisait encore fabriquer, en 2014, les trois quarts de ses bijoux en Asie et a rapatrié depuis la quasi-totalité de sa production en Europe, dont 70 % en France. Dans la métallurgie, aussi, à l'instar de Gantois, spécialisé dans la tôle mécanique. Le groupe est bien parti fin 2004 à Timisoara, en Roumanie, mais pour revenir en 2009 à Saint-Dié, dans les Vosges. Même chose pour la marque emblématique Solex, qui avait arrêté son usine de Saint-Quentin (Aisne) en 1988 pour produire en Chine. Depuis 2014, la société, qui a connu plusieurs changements d'actionnaires, produit des Solex devenus électriques, à Saint-Lô (Manche). Même chose pour Kusmi Tea, spécialiste du thé haut de gamme, et pour Lucibel, dans le secteur des luminaires. Pour ce dernier, c'est un recentrement sur l'éclairage professionnel et des produits écoconçus qui a permis un retour graduel de la production en France, à partir de 2014. Enfin, alors que jusqu'en 2005, l'opticien Atol fabriquait l'intégralité de ses montures de lunettes en Chine et réalisait l'assemblage verres-monture en Thaïlande, une partie de ces deux activités a été rapatriée dans le Jura depuis 2012. Autant d'entreprises, peu nombreuses il est vrai, mais largement mises en valeur dans la presse, qui n'ont pas attendu le nouvel appel, pressant, du gouvernement sur les relocalisations. Dans le sillage de la crise sanitaire, la prise de conscience concernant la dépendance nationale, notamment à certains produits - masques, paracétamol et autres respirateurs -, donnera-t-elle un coup d'accélérateur à cette tendance ? Y aura-t-il un grand élan patriotique de la part des industriels, non seulement pour déjouer cette dépendance, mais aussi le chômage de masse qui menace ? « Les relocalisations, ça ne se décrète pas ! », s'exclame ainsi Catherine Mercier- Suissa, spécialiste de ces questions et directrice des relations externes et de l'Executive Education à l'Institut d'administration des entreprises, école de management de l'université Jean-Moulin, à Lyon.