Pourquoi Atos a peu de chances de ravir Steria à Sopra

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L'ex-ministre de l'Economie et des Finances Thierry Breton est PDG du groupe Atos depuis février 2009.
L'ex-ministre de l'Economie et des Finances Thierry Breton est PDG du groupe Atos depuis février 2009. (Crédits : DR)
Le groupe de services informatiques dirigé par Thierry Breton maintient son offre de rachat de 730 millions d’euros en cash, jugée hostile par la SSII française, déjà engagée dans une fusion amicale avec son concurrent Sopra. Ses chances semblent minces, Steria privilégiant un rapprochement entre égaux.

Quelques semaines après la compétition à coups de milliards entre Numericable et Bouygues pour s'offrir SFR, le secteur des services informatiques va-t-il à son tour connaître une bataille boursière autour du sort de Steria, deux semaines après l'annonce de sa fusion avec Sopra ? La guerre de communication a déjà commencé : l'actuel numéro trois français, Atos, affirme « avoir entretenu depuis plusieurs mois des discussions amicales avec Steria » - le terme « amical » est écrit cinq fois dans le communiqué publié vendredi soir. Ce que dément Steria qui affirme dans un communiqué de "clarifications" publié quelques heures plus tard qu'il s'agit « d'une démarche non sollicitée et qui ne pouvait viser qu'à perturber les négociations exclusives en cours avec Sopra Group. Steria réitère son rejet de cette proposition non sollicitée. »

 

Une démarche opportuniste ?

Le fait que le groupe Atos propose 22 euros par action en cash, soit près de 730 millions d'euros, alors que l'offre de Sopra s'effectue par échange d'actions (une Sopra pour quatre titres Steria), sur une valorisation équivalente, ne paraît pas faire pencher la balance en sa faveur. La démarche d'Atos « semble plus opportuniste que stratégique » estiment les analystes d'UBS, qui ont relevé mardi leur opinion de neutre à achat sur l'action Atos. « L'acquisition de Steria serait fortement positive pour les bénéfices (+10% avant synergies, près du double après), mais les chances sont minces » observent-ils. Dans un secteur des services informatiques où le capital humain prime, « une offre hostile semble peu probable » et au vu de la baisse du cours la semaine passée, « le marché semble accorder peu de probabilité à la réalisation d'une opération » ajoutent-ils. Le cours d'Atos rebondit ce mardi (+1,8%) et l'action Steria grimpe de 3,5%. Sopra progresse de 2,2%.

 

Capital verrouillé et fusion « entre égaux »

Non seulement les offres hostiles sont rares dans ce secteur, mais de surcroît Steria a son capital verrouillé du fait de son statut de société en commandite par actions (structure juridique également utilisée chez Lagardère, Michelin, Hermès, Bonduelle), les salariés détenant 20,9% des droits de vote (17,45% du capital via un FCPE Steriactions). Or ce qui semble avoir séduit la direction de Steria dans l'offre de Sopra est qu'il s'agit d'un « rapprochement entre égaux », de deux concurrents aux chiffres d'affaires comparables, à savoir 1,7 milliard pour l'un et 1,3 milliard pour le second qui est cependant mieux valorisé en Bourse, pesant près d'un milliard d'euros. Le nouvel ensemble, très complémentaire sur le plan géographique et des compétences, qui emploierait 35.000 personnes, s'est mis d'accord sur une « gouvernance équilibrée. » A l'inverse, un rachat par le mastodonte Atos, qui a réalisé 8,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires l'an passé, emploie 76.300 salariés et capitalise quelque 6 milliards d'euros, reviendrait plutôt à une absorption de Steria.

 

Atos relégué d'un cran sur le marché français ?

Le groupe dirigé par Thierry Breton avait d'abord déclaré que le rapprochement de ses deux rivaux « ne changerait pas fondamentalement la donne en termes de compétition sur les marchés sur lesquels » il est présent. Mais, dans un secteur des services IT encore très fragmenté, le cabinet Pierre Audoin Consultants estime que le nouvel ensemble Steria-Sopra occuperait la 3e place sur le marché français, derrière IBM et Capgemini, devant Atos. De quoi réveiller l'orgueil d'Atos, au profil pourtant beaucoup plus international ? Malgré le rejet de Steria, à l'image de Bouygues éconduit par Vivendi mais pas découragé, Atos maintient son offre jusqu'à la tenue de l'assemblée générale de Steria le 27 mai prochain. Encore un mois de suspense donc.

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Commentaires
a écrit le 23/04/2014 à 11:57 :
Il est difficile de comprendre en quoi la fusion en France mettrait en difficulté Atos sur son marché domestique. Par contre, au Royaume-Uni, Steria apporterait une présence dans le BPO qui fait défaut à Atos. Steria a aussi une bonne équipe consulting en Allemagne et 5.000 personnes en Inde dont Atos a besoin. Le tout pour un prix modique...

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