AT&T-Time Warner : le monde des télécoms et des médias sur le qui-vive

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AT&T souhaite racheter Time Warner pour 85 milliards de dollars.
AT&T souhaite racheter Time Warner pour 85 milliards de dollars. (Crédits : Stephanie Keith)
Ce mardi, la justice américaine va donner - ou pas - sa bénédiction au mariage entre le géant du mobile et le mastodonte des contenus. Pour tous les acteurs des télécoms et des médias, cette décision est très attendue. Elle pourrait donner le coup d'envoi d’une vague de deals similaires. Ou, au contraire, mettre un coup d’arrêt à certains projets de fusions plus ou moins avancés.

C'est un deal qui pourrait bien rebattre les cartes dans les télécoms et les médias. Ce mardi, AT&T et Time Warner sauront s'ils peuvent - ou pas - se marier. Au terme d'un procès d'un mois et demi intenté par le ministère de la Justice, un tribunal du district de Colombia va rendre son verdict. En cas de feu vert, AT&T, le numéro deux américain du mobile, changera de dimension en avalant pour 85 milliards de dollars Time Warner, un mastodonte des médias. Lequel n'est autre que le second distributeur de chaînes de télévision du pays, et propriétaire, entre autres, de CNN, de HBO, ou encore des studios Warner Bros. Un deal qui pourrait chambouler le paysage des télécoms et des médias outre-Atlantique, dans un contexte de montée en puissance des géants du Net dans la distribution et la production de contenus, ainsi que dans la publicité.

Mais il n'est pas dit que cette fusion aboutisse. Celle-ci pourrait être acceptée, refusée, ou autorisée sous certaines conditions, comme des cessions d'actifs. Là où le deal fait grincer des dents, c'est qu'aux yeux du ministère de la Justice, il pourrait nuire au consommateur et aux autres distributeurs de contenus. Sa crainte est qu'AT&T mette en place une politique de « rétention de ses contenus, ou d'éloignement des autres distributeurs en procédant à des augmentations de prix dissuasives », souligne Yves Gassot, ancien DG de l'Idate, un think tank spécialisé dans les télécoms et les médias.

AT&T, de son côté, argue qu'au contraire, l'objectif de cette fusion est d'offrir à Time Warner une diffusion plus large en profitant de sa capacité de distribution dans le mobile et l'Internet fixe.

« Ce n'est vraiment pas si compliqué, a plaidé Randall Stephenson, le patron d'AT&T, mi-avril. La valeur d'une entreprise qui produit des contenus dépend du nombre de personnes qui les regardent... »

Contrer les géants du Net

Avec cette stratégie, il espère que les Américains regarderont beaucoup plus de vidéos sur leurs smartphones. Ce qui permettra, sur le papier, de doper les revenus télécoms de la nouvelle entité, alors que le marché américain du mobile s'essouffle. En parallèle, toujours sur le papier, Time Warner gagnerait des fidèles. Main dans la main avec le champion des télécoms, il serait plus fort pour lutter contre les géants américains du Net, à l'instar de Netflix, d'Amazon ou de Youtube, qui investissent de plus en plus dans les contenus audiovisuels, et les rentabilisent notamment grâce à la publicité ciblée, en étant en contact direct avec leurs clients. Sur ce créneau, pour séduire davantage d'annonceurs, Time Warner pourrait profiter des données des quelque 150 millions d'abonnés mobile d'AT&T.

Vers une profonde recomposition du paysage télécoms et médias ?

Si les acteurs des médias et des télécoms ont les yeux rivés sur ce méga-deal, c'est parce qu'il sera difficile, en cas de feu vert, pour les autorités de dire non à d'autres mariages similaires. En autorisant AT&T à racheter Time Warner, la justice américaine pourrait donner le coup d'envoi d'une profonde recomposition du paysage des télécoms et des médias outre-Atlantique.

Plusieurs groupes semblent déjà dans les starting-blocks. Comcast, le leader américain du câble, qui a racheté en 2011 le conglomérat des médias NBC Universal, « est prêt à repartir à l'offensive », constate Yves Gassot. D'une part, « il vient de surenchérir (à hauteur de 31 milliards de dollars) pour le contrôle de Sky TV, le numéro un de la télévision payante européenne », souligne-t-il. D'autre part, « on sait désormais que Comcast a pris les dispositions pour pouvoir surenchérir sur Disney en proposant en cash 60 milliards de dollars si AT&T mettait la main sur Time Warner ».

Un deal qui pourrait changer la donne en Europe

En Europe, ce mariage pourrait aussi avoir des conséquences. D'autant que certains groupes sont déjà convaincus par la « convergence » entre les « tuyaux » des télécoms, les contenus des champions des médias, et la publicité. En France, c'est notamment le cas de Patrick Drahi, le fondateur du géant des télécoms Altice (qui vient de séparer ses activités en Europe et aux États-Unis). Même si, l'an dernier, les errements managériaux et commerciaux de SFR, qui ont accouché d'une dégringolade du groupe en Bourse, l'ont obligé à lever le pied sur ses acquisitions tous azimuts dans les contenus.

En novembre 2016, Dexter Goei, le patron d'Altice USA, n'en faisait pas mystère :

« Je pense réellement que si la transaction AT&T-Time Warner est approuvée, cela pourrait déclencher davantage de consolidation au cours des prochaines années, car les gens voudront prendre position dans la convergence. »

Cinq mois après ces déclarations, Altice faisait au passage l'acquisition de Teads, un spécialiste de la publicité programmatique.

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