Chute boursière d’Altice : coup d’arrêt aux ambitions américaines de Drahi

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Patrick Drahi célèbre, le 22 juin dernier, l'introduction à Wall Street d'Altice USA. A gauche, Dexter Goei, le patron de cette filiale et désormais DG d'Altice.
Patrick Drahi célèbre, le 22 juin dernier, l'introduction à Wall Street d'Altice USA. A gauche, Dexter Goei, le patron de cette filiale et désormais DG d'Altice. (Crédits : Reuters)
Après avoir introduit à Wall Street sa filiale, Altice USA, avec l’ambition de jouer un rôle dans la consolidation du câble outre-Atlantique, Patrick Drahi, en proie à une forte défiance des investisseurs, a dû mettre un terme à ses perspectives de fusions et acquisitions.

Ce jeudi 17 septembre 2015, Patrick Drahi est à New York. Le milliardaire, fondateur et propriétaire d'Altice, est l'invité de marque d'une grande conférence de la banque d'affaires américaine Goldman Sachs. Loin du marasme et des fortes inquiétudes qui pèsent aujourd'hui sur le groupe, il y reçoit un accueil de « rock star », rapporte l'AFP. La dépêche publiée par l'agence de presse illustre à merveille l'aura et la confiance dont Patrick Drahi bénéficie alors dans certains cercles financiers, quand bien même l'endettement faramineux du groupe préoccupe déjà bon nombre d'observateurs. Extrait :

« Une vingtaine de minutes avant l'entrée en scène de l'homme d'affaires, la salle est comble, écrit l'agencier. Plus aucun siège de libre. Au fond, des participants sont contraints de rester debout. Les journalistes des grands médias new-yorkais (New York TimesWall Street JournalBloomberg...) ont tous pris place aux premiers rangs, ordinateur posé sur les genoux pour certains, prêts à boire les mots du milliardaire français. Depuis Jean-Marie Messier, aucun patron français n'avait suscité autant d'intérêt au sein de la communauté financière américaine. »

Un empire à crédit

A ce moment-là, Patrick Drahi paraît, pour certains, inarrêtable. Après avoir consolidé le marché du câble en France, puis son rachat de SFR en 2014, ce fils de professeurs de mathématiques, parti de rien, continue d'étendre son empire à crédit dans les télécoms et les médias de l'autre côté de l'Atlantique. Après avoir mis la main sur Suddenlink pour plus de 9 milliards de dollars, le magnat des télécoms et des médias venait de boucler le rachat de son second câblo-opérateur aux Etats-Unis, Cablevision, pour 17,7 milliards de dollars. Avec cette énième emplette, Altice devenait rien de moins que le quatrième acteur américain du câble.

Patrick Drahi ne le cache pas : alors que dans l'Hexagone, les possibilités de grandir davantage sont limitées, les Etats-Unis offrent a contrario de belles perspectives. Fin 2016, il déclarait ainsi à la commission des affaires économiques du Sénat :

« Pour vous donner des ordres de grandeurs, en France, on a en valeur à peu près 30% du marché des télécoms. C'est un marché de l'ordre de 40 milliards d'euros, et on en fait 11 milliards. Et aux Etats-Unis, nous allons faire un peu plus de 9 milliards de dollars, mais nous n'aurons que 2% du marché... »

« Doubler de taille aux Etats-Unis »

C'est d'ailleurs avec l'ambition de grossir outre-Atlantique que Patrick Drahi a introduit, en juin dernier, ses activités américaines à Wall Street, sous la bannière d'Altice USA. Trois mois plus tard, Dexter Goei, son patron, affichait la couleur :

« Nous voulons doubler de taille aux Etats-Unis au cours des cinq prochaines années. Nous sommes ouverts aux opportunités d'acquisitions. »

Mais cette perspective, Patrick Drahi doit aujourd'hui la mettre de côté. Les difficultés de SFR, qui a perdu environ 2,5 millions d'abonnés depuis son rachat, ont provoqué un effondrement d'Altice à la Bourse d'Amsterdam ces trois dernières semaines. Il faut dire que l'opérateur au carré rouge pèse aujourd'hui près de la moitié du chiffre d'affaires du groupe, contre un gros tiers pour Altice USA. Face à cette défiance des marchés, Patrick Drahi s'est montré catégorique : désormais, priorité au désendettement et à la relance commerciale de SFR. Fini les rêves d'emplettes mirobolantes au pays de l'Oncle Sam. Celles-ci, dans le meilleur des cas, attendront.

Malgré des résultats jusqu'à présent honorables, Altice USA subit le contrecoup des mauvais résultats de SFR, qui a entraîné le plongeon boursier de sa maison-mère. Depuis le début du mois, le cours de la filiale américaine a dégringolé près de 22%, à 19,54 dollars. Selon l'agence Reuters, près de 50 fonds spéculatifs ont vendu pour plus d'un demi-milliard de dollars d'action Altice USA au troisième trimestre « sur fond d'inquiétudes sur l'endettement du câblo-opérateur et de sa maison-mère ». Un associé d'un de ces fonds, qui a cédé la totalité de ses parts, ne cache pas son inquiétude : « Le problème avec une entreprise vraiment endettée est que le matelas n'est pas très épais en cas de pépin. Les gens prennent peur quand les graphes commencent à partir du mauvais côté, ils quittent le navire très vite. » Dans certains milieux financiers, la confiance se perd rapidement.

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Commentaires
a écrit le 01/12/2017 à 18:07 :
Je voulais profiter de l'offre red sfr actuelle, 30 giga pour 10 euros par mois, mais je crois que je vais laisser tomber cette (trop) bonne affaire.....
a écrit le 01/12/2017 à 8:11 :
Le patron de SFR devrait s'occuper d'urgence de son service client et de sa filiale RED où le service client téléphonique est aux abonnés absent 😣
a écrit le 30/11/2017 à 11:55 :
Je reste sidéré (je suis un grand naïf) par la légèreté des groupes bancaires qui on prêté à tort et à travers à Drahi pour lui permettre de constituer un groupe à crédit, sans couverture suffisante sur fonds propres, un colosse aux pieds d'argile repéré comme tel depuis plusieurs années. Ce sont ces mêmes groupes bancaires qui refusent des prêts beaucoup plus modestes aux petites et moyennes entreprises. Il y a sans doute un problème d'endogamie parmi les dirigeants des grands groupes bancaires et ceux des grands groupes capitalistes, une endogamie qui va se soigner en cas de faillite au frais des petits épargnants.
Réponse de le 02/12/2017 à 23:29 :
Bonjour
Il n'est pas nécessaire de s'appeler Drahi. Dans le numérique à mon (très) humble niveau l'argent n'est pas le moteur, c'est la confiance que vous arrivez à transmettre qui alimente la bete... tout investisseur y fait un saut dans le vide le tout est de convaincre que le filet et le rebond seront là avant d'arriver au sol..et qu'il remontera'plus haut que son point de départ. mais le bitume reste le bitume... insufler de la confiance quand on sait que ce n'est pas tenable, là effectivement, c'est la tromperie qui commence.
jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien... le principe est le meme.
a écrit le 30/11/2017 à 11:25 :
Je sens que Scorsese va faire un tome deux!!
a écrit le 30/11/2017 à 11:21 :
Si cela ne va plus il peut faire comme Praljak
a écrit le 26/11/2017 à 13:41 :
Drahi serait le nouveau Messier ?
Mais quelle surprise...
a écrit le 26/11/2017 à 11:29 :
de plus sfr bride les bandes passantes : résultat: vous ne recevez plus les chaînes en hd mais en sd par adsl. une honte
a écrit le 26/11/2017 à 9:55 :
le loup de wall street c'est lui?
a écrit le 26/11/2017 à 8:47 :
ce n'est pas seulement la chute
mais aussi la vision du macronisme qui s'effondre
a écrit le 24/11/2017 à 17:33 :
Si Drahi veut faire quelque chose, qu'il s'occupe de la satisfaction de ses clients en France, et il y a fort à faire, au lieu de jouer à la grenouille qui veut devenir un boeuf
Réponse de le 26/11/2017 à 8:28 :
Bien d'accord ! Abonné SFR je constate une dégradation considérable de la qualité technique depuis des mois, partagée avec tous ceux avec qui j'en parle. Ça devient insupportable. Pas étonnant qu'ils perdent des clients à tour de bras !
a écrit le 24/11/2017 à 9:24 :
Et dire que la fiscalité est orientée pour favoriser ce genre d'entreprises, on marche sur la tête !!!!!!!!!!!!!!!!!
a écrit le 24/11/2017 à 9:05 :
pour bien connaître le système américain, je peux vous confirmer qu'Altice changera rapidement de main. L'accueil est trop beau, à l'américaine pour te la m..... bien profond. On en reparle avant 6 mois. La cible est belle, GS va prêter comme avec la Grèce et Altice va plonger encore davantage pour pouvoir le ramasser à un prix dérisoire, classique.
a écrit le 24/11/2017 à 6:45 :
Souvent quand une entreprise française tente de conquérir un marché américain convoité son cours fait rapidement une chute. Et qui par hasard dispose des principaux fonds d'investissements ? Pourtant l'endettement était bien connu des investisseurs. Cà a été pareil pour Vivendi sous l'ère Messier. Certes il y a endettement mais plusieurs entreprises sont endettées comme c'est le cas dans les télécoms ou l'énergie aux Etats-Unis par exemple et çà n'affole pas tant de monde. Drahi devrait se souvenir de JM Messier et effectivement se calmer en matière d'endettement de même que tester son service client car il arnaquait tellement que les clients ont été lassés.
a écrit le 24/11/2017 à 3:34 :
Le veau d'or.
a écrit le 23/11/2017 à 18:39 :
Les banques vont y laisser des plumes....les petits porteurs seront spoliés....la routine dans un pays au libéralisme débridé....avec Macron en promoteur de ce merveilleux système....😁
Réponse de le 23/11/2017 à 22:40 :
Libéralisme en France??? Où ça ?
Libéralisme de connivence à la rigueur, par l'attribution des licences et la limitation de l'accès au marché.
Réponse de le 23/11/2017 à 23:25 :
N’y laisserons des plumes que ceux qui ont été assez fous pour concentrer une partie significative de leurs avoirs sur un groupe aussi endetté.
Quand aux banques, prêter c’est leur business et c’est parfois risqué mais elles le savent.
Réponse de le 24/11/2017 à 0:48 :
Et Drahi va virer du monde 😀
Vive le capitalisme vive Macron !

Ensuite encore un groupe français qui finira comme Alstom alcatel etc...

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