Pourquoi OVHCloud mise sur la Bourse pour devenir une alternative aux Gafam

La licorne française compte lever jusqu'à 400 millions d'euros sur Euronext pour financer l'accélération de sa croissance, notamment en Europe, et créer une offre complète de services (PaaS) dotée de 40 suites de logiciels et de 80 services d'ici à fin 2022. La pépite basée à Roubaix s'estime bien placée pour profiter de la forte croissance mondiale du marché du cloud, grâce à son positionnement autour d'un cloud ouvert, réversible et transparent qui répond aux enjeux de sécurité et de souveraineté des données.
Sylvain Rolland

5 mn

(Crédits : OVH)

La première licorne de la French Tech va-t-elle également être la première à entrer en Bourse ? Le champion français de l'hébergement informatique dans le cloud, OVHCloud, a annoncé lundi 20 septembre avoir obtenu le feu vert de l'Autorité des marchés financiers (AMF) concernant son entrée en Bourse sur Euronext, prévue dans les prochaines semaines. Vingt-deux ans après sa création en 1999, l'entreprise basée à Roubaix (Nord) et dirigée par le duo Octave Klaba (fondateur et président) et Michel Paulin (directeur général, ex-SFR), estime que "tous les voyants sont au vert" pour "accélérer sa croissance" en France, en Europe et dans le reste du monde.

L'enjeu : devenir enfin cette alternative européenne tant attendue aux Gafam américains. "Tous les secteurs de l'économie sont en train de se reconstruire autour de la data et le cloud est la fondation de cette nouvelle économie. L'Europe manque d'acteurs qui puissent délivrer un écosystème cloud complet, sécurisé et souverain, et c'est la place que veut et peut occuper OVHCloud", a affirmé Octave Klaba en conférence de presse.

La Bourse pour se forger une carrure de géant européen du cloud

Dans le détail, OVHCloud vise une augmentation de capital "jusqu'à 400 millions d'euros" pour financer son accélération de croissance. La famille Klaba va vendre une partie de ses actions, ce qui devrait enrichir considérablement ses membres dont Octave Klava, qui est déjà la 32è fortune française, mais elle restera l'actionnaire majoritaire du groupe. Si tout se passe bien, OVHcloud pourrait être valorisé jusqu'à 4 milliards d'euros à l'issue de son IPO, estime le Wall Street Journal, citant des sources internes.

Forte de 1,6 million de clients (la moitié en France), d'un chiffre d'affaires de 632 millions d'euros en 2020 avec un Ebitda ajusté de 263 millions d'euros, l'entreprise se revendique "très rentable", en hyper-croissance (+20% par an sur les dix dernières années) et se fixe quatre objectifs.

Le premier est de "se renforcer sur tous les segments du cloud" et notamment celui du cloud public, en très forte croissance, en misant sur la promesse de souveraineté. "OVH n'est pas soumis au droit extraterritorial et est conforme aux lois locales ce qui répond au besoin de souveraineté des données qui est une préoccupation majeure des DSI", précise le directeur général, Michel Paulin. Avant d'ajouter, dans une allusion à peine voilée à Amazon et Microsoft, dont le cloud n'est pas la seule activité : "OVH n'a aucun conflit d'intérêt avec ses clients puisque nous faisons uniquement du cloud et nous n'utilisons pas les données de nos clients".

Le deuxième objectif est de financer la transformation d'OVHCloud en acteur du PaaS (platform as a service), c'est-à-dire compléter son offre pour proposer à la fois l'hébergement des infrastructures informatiques (IaaS ou infrastructure as a service) mais aussi le matériel et les systèmes d'exploitation nécessaires pour permettre aux clients de développer eux-mêmes leurs logiciels métiers, comme le font les leaders mondiaux du secteur comme Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud. "Ce nouveau marché du PaaS pèse 50 milliards d'euros, est en forte croissance et une grosse opportunité pour OVHCloud. Nous voulons proposer 40 suites de logiciels et 80 services d'ici à fin 2022", ajoute Michel Paulin.

Gros investissement marketing pour se faire connaître et faire oublier "l'incident de Strasbourg"

Le troisième pilier est, évidemment, l'expansion internationale. Avec seulement 50 millions d'euros du chiffre d'affaires en 2020 hors de France -sur un total de 263 millions d'euros-, OVHCloud a du chemin à faire pour devenir un vrai leader mondial. L'entreprise vise particulièrement le reste de l'Europe, mais aussi l'Amérique du Nord et l'Asie-Pacifique.

Pour cela, il va falloir passer un cap de notoriété et de crédibilité. Et c'est justement l'enjeu du quatrième objectif de l'introduction en Bourse : effectuer un "gros effort de marketing", en France et à l'étranger. En France, il s'agit surtout de mieux se faire connaître auprès des directeurs des services informatiques (DSI) des entreprises, qui n'ont pas forcément conscience de toutes les offres proposées et qui gardent en tête "l'incident de Strasbourg" de mars dernier, où les datacenters avaient péri dans un grand incendie, mettant de nombreux sites à l'arrêt et entachant la réputation de l'entreprise. L'épisode a coûté 28 millions d'euros en "bons d'achats" au groupe, imputables aux résultats de l'exercice fiscal 2020-2021, conclu en août dernier, et qui devrait voir une progression de 10% du chiffre d'affaires par rapport à l'exercice précédent.

L'enjeu marketing est surtout de se positionner comme une entreprise "souveraine", afin de profiter de la tendance vers le cloud hybride et multicloud et rassurer les clients avec son ADN "ouvert et transparent sur les prix".

"Le cloud risque de devenir une prison pour les clients car il existe des mécanismes techniques et commerciaux d'enfermement du client, indique Michel Paulin. A l'inverse, OVH, qui est aussi membre fondateur du cloud européen Gaia-X, se positionne comme un acteur ouvert, facilement réversible et totalement transparent, avec également la sécurité juridique qui caractérise l'Europe. Nous sommes convaincus que les évolutions des réglementations vont créer un territoire dans lequel des acteurs comme OVH sont pertinents", ajoute-t-il, ciblant notamment le cloud public et l'hébergement des données sensibles comme les données de santé.

Pour créer cette offre PaaS, OVHCloud vise à la fois des partenariats "souverains et transparents" avec des éditeurs de logiciels internationaux, mais aussi le développement de ses propres solutions grâce à sa R&D interne. C'est pourquoi l'entreprise ne compte pas distribuer de dividendes aux actionnaires "dans un avenir visible" : tous les profits sont réinvestis dans l'accélération de la croissance, une pratique courante dans la tech même si moins attirante pour les investisseurs. L'IPO est également l'occasion pour l'entreprise de diversifier sa gouvernance : "l'ensemble des employés" peuvent devenir investisseurs, et le futur conseil d'administration comportera deux membres (sur onze) issus des représentants du personnel.

Sylvain Rolland

5 mn

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Commentaires 3
à écrit le 20/09/2021 à 19:19
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J'ai toujours travaillé avec ovh et je leurs souhaite une longue vie fructueuse . Mais soyons réaliste ,ils n'auront jamais le droit de venir perturber les gafams .Washington y veille .

à écrit le 20/09/2021 à 17:44
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"Pourquoi OVHCloud mise sur la Bourse pour devenir une alternative aux Gafam" La France ou la grenouille qui voulait se prendre pour un boeuf... américain. Si ce n'était pas sérieux on pourrait en rire... or ce n'est pas le cas donc on peut ...

à écrit le 20/09/2021 à 16:36
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Parce que c'est le dernier refuge du fric même si ça manque tout le temps de liquidités on se demande bien s'ils ne se sont pas mis à les bouffer, on n'en serait qu'à moitié étonnés.

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