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SoftBank lie le destin de ses salariés à son fonds Vision Fund II de 108 milliards de dollars

François Manens

Publié le 19 août 2019 à 14:06 - Mis à jour le 26 août 2019 à 09:56

Masayoshi Son, l'emblématique fondateur et CEO de SoftBank, va investir 15 milliards de dollars de sa propre poche dans le Vision Fund II.

Masayoshi Son, l'emblématique fondateur et CEO de SoftBank, va investir 15 milliards de dollars de sa propre poche dans le Vision Fund II.

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Pour financer le Vision Fund II annoncé fin juillet, SoftBank va prêter 20 milliards de dollars à ses employés, afin qu'ils acquièrent des parts du fonds d'investissement. Le montage financier sera indolore si le Vision Fund II parvient à obtenir des résultats aussi positifs que son prédécesseur. Mais dans le cas contraire, il pourrait placer SoftBank dans une situation très inconfortable.

Comme annoncé fin juillet, la star des fonds d'investissement, le Vision Fund, aura un successeur. Le Vision Fund II, doté de 108 milliards de dollars reprendra le rôle clé de son prédécesseur dans les plus grandes levées de fonds de la Tech. Le Wall Street Journal a apporté ce lundi plus de précisions sur les sources de ce financement.

L'entreprise japonaise va prêter 20 milliards de dollars à ses employés, dont 15 milliards de dollars pour le seul Masayoshi Son, fondateur et CEO du groupe, afin qu'ils puissent investir dans le Vision Fund II. SoftBank va elle-même y contribuer à hauteur de 38 milliards de dollars.

Avec ces deux voies de financement, SoftBank sera donc impliqué sur près de la moitié du financement de son fonds. Le groupe nippon prend ainsi d'importants risques financiers dans le cas où ce Vision Fund II échouerait. Mais il peut également se rassurer avec l'impressionnant bilan du premier Vision Fund.

Les résultats du Vision Fund incitent à investir

SoftBank avait déjà utilisé cette méthode de financement pour apporter huit milliards de dollars au premier Vision Fund, d'après le Wall Street Journal. Cette fois, il va proposer à ses salariés (environ 400 personnes) d'acheter pour 20 milliards de dollars en parts du Vision Fund II, grâce à des prêts à environ 5%. Cette manœuvre permet en partie à SoftBank de se passer des fonds souverains saoudiens et d'Abu Dhabi (Émirats arabes unis). Ils avaient apporté respectivement 45 et 15 milliards de dollars au premier Vision Fund.

Pour les employés qui souhaiteraient investir, le potentiel retour sur investissement est important : le bilan du premier Vision Fund en est la preuve. Sur deux sorties de capital (Flipkart et Nvidia), le fonds a réalisé environ 3,5 milliards de dollars de plus-values, en à peine deux ans. Mieux, SoftBank estime à 15,9 milliards de dollars la différence entre la valeur d'achat de ses actifs et leur valorisation actuelle. Par exemple, lors de l'introduction de Slack en Bourse, la valeur des parts du Vision Fund a été multipliée par six. Grâce à ses investissements, le fonds a réalisé 3,9 milliards de dollars de bénéfices au second trimestre. Les employés-investisseurs en touchent une partie qu'ils peuvent utiliser pour rembourser leur prêt et récolter au passage un bénéfice.

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En revanche, si le Vision Fund II accuse des pertes, SoftBank se trouvera dans une étrange situation, dans laquelle il devra réclamer un remboursement de prêt à ses propres employés. Impossible d'écarter ce risque avec certitude, étant données les introductions en Bourse ratées de startups dans lesquelles le Vision Fund a lourdement investi. Uber représente environ 10 milliards de dollars d'investissement au total, et a été valorisé bien en dessous des attentes. Aujourd'hui, les actions du leader des VTC sont à 35 dollars, moins chères que lorsque le fonds les a achetées. De même la startup de location de bureau WeWork, dans laquelle le Vision Fund a placé 4,4 milliards de dollars, a présenté des résultats inquiétants alors qu'elle prépare son introduction, et pourrait subir le même sort.

Masayoshi Son mise 15 milliards de dollars dans son propre fonds

Pour Masayoshi Son, l'équation est encore plus compliquée, puisque sa fortune, estimée à 22,2 milliards de dollars par Forbes, est liée à ses parts de SoftBank. En empruntant 15 milliards de dollars à l'entreprise qu'il a fondée, il en met plus des deux tiers en jeu. Si le fonds perd de l'argent, il pourrait devoir vendre ses actions SoftBank pour rembourser son prêt à... SoftBank.

Cependant, à l'inverse des autres salariés-investisseurs, le sexagénaire joue un rôle clé dans les décisions du fonds. Avant de signer les chèques, il rencontre personnellement les dirigeants des startups dans lequel le Vision Fund prévoit d'investir. Il essaye également d'organiser des rencontres entre les différentes entreprises du portefeuille du fonds, pour établir des stratégies communes.

Le premier Vision Fund s'est d'ailleurs appuyé sur la réputation de Masayoshi Son pour boucler sa levée de fonds. L'entrepreneur nippon collectionne les faits d'armes, dont un particulièrement impressionnant : en 2000, il a investi 20 millions de dollars dans le site d'e-commerce chinois Alibaba. 14 ans plus tard, le groupe entre en Bourse et les parts de SoftBank s'élèvent alors à 60 milliards de dollars. Cet investissement continue de tirer les résultats de SoftBank, alors que la valorisation du groupe chinois continue de grimper.

SoftBank contribue à plus de la moitié du Vision Fund II

En plus des 58 milliards de dollars apporté par SoftBank et ses employés, le fonds compte collecter 30 milliards de dollars auprès de fonds de pensions et d'assurance, notamment taiwanais. A leurs côtés, le fonds souverain du Kazakhstan placerait trois milliards de dollars, d'après le Wall Street Journal. Plusieurs banques, dont Goldman Sachs, Standard Chartered ou encore Mitsubishi apporteront plusieurs centaines de millions de dollars chacune.

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Dans son communiqué, SoftBank avait également précisé que plusieurs géants de la Tech, dont Microsoft, Apple et Foxconn, participeraient au fonds. SoftBank est donc de loin le principal actionnaire de son fonds, contrairement au premier Vision Fund, dont le principal contributeur était le fonds souverain d'Arabie Saoudite.

François Manens

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