Informatique : sous son "nuage" très américain, l'Europe s'inquiète

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(Crédits : Kacper Pempel)
Sur le Vieux Continent, plusieurs experts et gouvernements s'inquiètent de la multiplication des partenariats que signent de grandes entreprises européennes avec des géants américains pour accélérer dans le cloud computing.

Assise sur une gigantesque mine de données, cet "or du XXIe siècle", l'Europe risque-t-elle d'en perdre totalement la maîtrise à force de se reposer sur les services des géants de l'informatique américains? C'est ce que redoutent experts et gouvernements.

Les signatures de grands contrats de "cloud" entre grands groupes ou institutions européennes et géants américains de l'informatique se sont succédé récemment: Google Cloud avec Renault et Orange, Deutsche Bank ou Lufthansa, Amazon Web Services avec Volkswagen, Microsoft avec le ministère de la Santé français pour les données de recherche françaises...

Lire aussi : Les banques s'allient avec les Gafa pour accélérer dans le cloud

"Cloud" ou "nuage": ce terme désigne divers services qui permettent d'obtenir en ligne de la ressource informatique -stockage et calcul - sans être obligé d'avoir soi-même son propre parc informatique, coûteux à entretenir et à renouveler.

Les données européennes stockées hors de l'Europe

La tendance inquiète en particulier l'Allemagne, à la tête d'un riche patrimoine de données grâce à sa puissante industrie.

"La plupart des données européennes sont stockées hors de l'Europe, ou, si elles sont stockées en Europe, sur des serveurs appartenant à des sociétés non européennes", s'alarmaient à la mi-juillet des experts et responsables de médias, dans un rapport d'une trentaine de pages écrit sous la direction notamment de l'ancien dirigeant du grand éditeur de logiciels allemand SAP, Henning Kagermann.

L'UE est en train de "perdre son influence sur la sphère numérique, à un moment où elle a pris un rôle central dans l'économie du continent", déploraient-ils.

"Une facilité, voire une trahison"

 Au début du mois, un haut fonctionnaire français livrait un diagnostic encore plus abrupt, lors d'une réunion de professionnels de l'informatique à laquelle l'AFP assistait sous condition de respecter l'anonymat des interlocuteurs.

"On a un énorme sujet de sécurité et de souveraineté autour des clouds", expliquait-il.

"Dans beaucoup de cas, c'est une facilité, voire une trahison" pour des entreprises ou institutions européennes que d'aller "se débarrasser de tout cela" auprès d'acteurs non-européens "parce c'est plus simple", a-t-il dit, sans donner toutefois d'exemple spécifique. "Pourtant nous avons de très bons acteurs dans le cloud et le traitement de données."

L'une des sources d'inquiétude des Européens vient du "Cloud Act", la législation américaine qui permet aux puissantes agences de sécurité des Etats-Unis d'avoir accès dans certains cas aux données hébergées par les fournisseurs américains, où qu'elles se trouvent sur la planète.

"Ma société est américaine, et je sais très bien quelles sont les implications d'une telle législation", avertissait récemment un patron franco-américain, sous couvert de l'anonymat. "Et vu ce qui est en train de se passer dans la rhétorique américaine, ces choses là ne vont pas changer en mieux."

Au-delà même de l'intégrité des données, c'est la capacité à les exploiter et à en tirer parti qui inquiète beaucoup d'experts et de décideurs européens.

Comme des pays miniers

Si en Europe "on est juste capable de produire des données, en ayant besoin d'autres pour parvenir à les exploiter, alors on va être dans la même situation que les pays qui ont des ressources minières mais qui ont donné la capacité à d'autres de s'enrichir avec, avec des retombées extrêmement faibles" pour eux-mêmes, expliquait le haut fonctionnaire français cité plus haut.

Les gouvernements allemands et français ont annoncé en juin dernier le projet "Gaia X", pour faire émerger une offre européenne.

Plutôt que de chercher à encourager une ou des entreprises géantes type Gafa, capables de proposer une multitude de services - stockage, puissance de calcul, outils de traitement de données et d'intelligence artificielle, outils de chiffrement et de sécurité -, Paris et Berlin veulent faire émerger un réseau d'entreprises européennes fonctionnant selon les mêmes normes et standards.

Une sorte de "place de marché" ou chaque client potentiel trouverait tout ce dont il a besoin, sans quitter la juridiction européenne. Et qui fonctionnerait suivant une logique décentralisée, peut-être plus compatible avec les enjeux futurs du traitement des données industrielles et notamment de celles issues des objets connectés.

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a écrit le 04/08/2020 à 19:24 :
Il faut arrêter maintenant ! Si on envoie toutes nos données aux USA c'est qu'on l'a bien voulu !Il va falloir arrêter de se donner des excuses plus bidons les unes que les autres. Qui a empêché l'Europe de se doter d'un cloud souverain, de racheter des entreprises même à prix d'or pour se créer un vivier et permettre le développement d'une industrie numérique européenne? Juste les règles débiles et naïves de l'Europe elle même ! Nous aurions dû créer de toute pièce des champions européens, on ne l'a pas fait et maintenant on est potentiellement en situation d'échec et mat.
a écrit le 04/08/2020 à 16:41 :
Avant nous riions sans faire des stages du rire !

Bref ne perdez pas votre temps :
Les GAFA et licornes Américaines et Chinoises sont la BASE de cette nouvelle société mondiale NUMÉRIQUE, les nations disparaîtront d’ici 15 ans .
Le Covid 19 a accéléré tout ce processus.
a écrit le 04/08/2020 à 14:52 :
Faut couper les ponts avec les usa
Comment je l’ignore mais ils sont graves dangereux
a écrit le 04/08/2020 à 11:49 :
Il serait temps de faire le point sur la corruption dans l'administration. La crise du Covid nous a coûté tellement cher pour seulement quelques millions d'euros de masques mal gérés. On pourrait déjà commencer par une obligation d'alerte sur des dysfonctionnements évidents, une sanction pour un excès de zèle ou un pourrissement dans le traitement des dossiers administratifs : Le fisc sait pourtant le faire pour le calcul moyen de la valeur du patrimoine des français... On pourrait de cette manière facilement calculer la vitesse moyenne de traitement des dossiers administratifs. Les entreprise privées le font pourtant tous les jours. Le choix de produits ou personnel étrangers dans des secteurs sensibles devrait aussi être soumis à des critères strictement encadrés.
a écrit le 03/08/2020 à 20:17 :
Intéressant
a écrit le 03/08/2020 à 20:16 :
C’est la même rengaine depuis 50 ans, des gouvernements de fonctionnaires, qui essaient de créer des "poids lourds". Européens pour faire face aux américains. Et ils se plantent. A chaque fois. Car ce sont des fonctionnaires, qui ne comprennent rien au monde des affaires, malgré leur cursus brillant. Pour qu’une activité se développe, il suffit… de lui foutre la paix, et de mettre les conditions favorables à son développement. Les GAFAS ont-ils été demandé je ne sais quelle subvention ? Jamais. Ils sont arrivés tous seuls. Ce ne sont pourtant pas des extras terrestres ! La deuxième erreur, c’est de penser au niveau européen. L’Europe (une fois de plus) n’existe pas. Il n’y a que des nations, qui défendent leurs intérêts, mal pour la France, beaucoup mieux pour les autres (Allemagne)...
Réponse de le 04/08/2020 à 10:22 :
Oui, les entreprises stratégiques américaines ne sont pas subventionnées, les entreprises chinoises n'en plus ...

Je ne sais pas si vous êtes fonctionnaire, mais clairement, vous ne connaissez rien au monde des affaires.
Les startups américaines sont largement subventionnées : que serait Tesla sinon ? Ne parlons même pas des mastodontes chinois, couvés depuis leurs naissances par le CCP.

Bref, avec des râleurs idiots comme vous, on comprend mieux pourquoi l'Europe s'écroule et n'invente rien. Continuez, restez sur votre canapé, mais les subventions ne servent pas à ça.
Réponse de le 04/08/2020 à 10:22 :
Oui, les entreprises stratégiques américaines ne sont pas subventionnées, les entreprises chinoises n'en plus ...

Je ne sais pas si vous êtes fonctionnaire, mais clairement, vous ne connaissez rien au monde des affaires.
Les startups américaines sont largement subventionnées : que serait Tesla sinon ? Ne parlons même pas des mastodontes chinois, couvés depuis leurs naissances par le CCP.

Bref, avec des râleurs idiots comme vous, on comprend mieux pourquoi l'Europe s'écroule et n'invente rien. Continuez, restez sur votre canapé, mais les subventions ne servent pas à ça.
a écrit le 03/08/2020 à 13:46 :
Bah forcément quand ce sont les US qui ont formalisé, déniché, élaboré tous les concepts, la matière informatique sous jacente à toutes les technologies (les sciences de l'ingénieur sont in fine calculables), l'électronique analogique d'abord en même temps que la théorie du contrôle des machines dite classique à base de transformée de Laplace (Français mais ce sont les US qui ont détourné son usage classique pour l'exploiter en résolution de systèmes d'équations linéaires) puis la transformée de Fourier (francais ancien encore mais inutilisable sans la FFT inventée par les US) de laquelle découle l'analyse et le traitement des signaux.
Ce sont les anglo saxons qui ont inventé les concepts des langages informatiques, des machines a états finis, du multitache coopérative ou préemptif, du perceptron, de l'IA.

Ils sont le "world knowledge" en matière scientifique et technique. Ce qu'illustre ces cathédrales modernes que sont Matlab et autres software de conception de systèmes assistée par ordinateur, SADT, UML, où est l'europe continentale (hors royaume unis)?

Matériaux composites, FEA, électronique analogique puis numérique, radio, radar, nucléaire, chimie, ils sont à l'origine de tant de découvertes fondamentales et d'une myriades de trucs et astuces techniques structuré, ayant un sens, formant un tout, un contexte dans leur propre langage à savoir l'anglais !

Une langue de mots c'est à dire de concepts, de vocabulaire, traduisant l'extreme créativité de leur nomenklatura...
a écrit le 03/08/2020 à 13:42 :
Le " cloud", ce sont plutôt les nuages qui s'accumulent sur la planète dans tous les domaines.
Politiques, sanitaires, sécuritaires, économiques, financiers, écologiques. Le Monde est entré dans une nébuleuse "cloudesque" instable, hostile qui pourrait bien finir en supernovae. Un gigantesque et dernier feu d'artifice à base de nucléaire.
a écrit le 03/08/2020 à 13:31 :
Le " cloud", ce sont plutôt les nuages qui s'accumulent sur la planète dans tous les domaines.
Politiques, sanitaires, sécuritaires, économiques, financiers, écologiques. Le Monde est entré dans une nébuleuse "cloudesque" instable, hostile qui pourrait bien finir en supernovae. Un gigantesque et dernier feu d'artifice à base de nucléaire.
a écrit le 03/08/2020 à 10:04 :
On peut être pessimiste et dire qu'on met nos données aux mains des multinationales américaines. Moi je vais simplement faire un constat, c'était déjà le cas et cela ne posait aucun problème aux européens. Trump est passé par là entre temps, il a utilisé la force , la menace et le chantage pour obtenir des concessions de ses alliés. On voit le résultat, le soft power des usa est durablement affaibli. Les Gafas sont américains, c'est maintenant un problème.
a écrit le 03/08/2020 à 9:27 :
avant, voler des donnees, c'etait tres complique
la stasi pas liberale pour deux sous venait poser des micros dans vos toilettes et sous votre telephone
aujourd'hui, les gens demandent a se faire espionner, avec le cloud, avec alexa et consors, etc....
pas besoin d'etre sorti de la cuisse de macron pour comprendre que le jour ou trump exige de microsoft de dire ce que les europeens ont sur le cloud, et de le transmettre aux americains, ils le feront sous peine de faillite
ovh etant un leader mondial, on a du mal a comprendre
et c'est encore plus curieux sachant qu'il y avait eu un consortium orange/dassault systemes, etc pour un cloud francais; le pb c'est que s'il n'y a pas d'economies d'echelles au niveau europeeen, c'est pas competitif, et qu'avec des politiciens a la montebourg qui menacent en permanence de nationalisation, personne ne fait confiance, il vaut mieux faire confiance a uncle sam et uncle chang....
c'est triste
a écrit le 03/08/2020 à 9:24 :
Le verrou français est dans la diabolisation des données personnelles. La personnalisation de l'offre numérique est une rupture macro-économique majeure. Tant que la France s'acharne à vouloir transformer l'internet en TV, les GAFA continueront à prospérer. Il faut cesser de tout jeter aux orties et séparer le bon grain et l'ivraie.
a écrit le 03/08/2020 à 8:51 :
Quand on a des specialiste comme A juillet, ce guignol qui se ventent d'avoir des outils sophistiqués dans le domaine de la surveillance, le reniflage numérique et donc d'etre en avance sur les autres pays d'europe alors que ces outils sont israelo américain (Palentir)
on a compris l'essentiel. La con-nivence est le secret de la fabrique à crétins de l'etat avec un petit e francais.
a écrit le 02/08/2020 à 15:52 :
C'est d'abord et avant tout une gigantesque source de revenus que nos milliardaires européens sont incapables une nouvelle fois de capter sans la tutelle américaine qui elle se gave beaucoup plus de ce fait mais c'est logique puisque créée d'abord et avant tout par des acteurs américains.

Sinon nos données n'ont aucune valeur en soi ce sont les GAFAM dont le but est de ne pas faire payer leurs services aux clients mais aux entreprises du monde qui ont généré ce business particulièrement adapté aux marchés financiers qui adorent faire du fric avec rien mais sachant parfaitement qu'avec une économie mondiale à l'agonie le moindre élément devient un succès foudroyant pour des investisseurs d'abord attirés par les paradis fiscaux et l'argent occulte qui lui est lié.

Encore plus crédules que les consommateurs les actionnaires milliardaires européens depuis belle lurette incapables de tracer la route, d'avoir des idées, de générer de nouvelles activités, bien au contraire en déclin ne faisant que courir derrière les états unis en perdant chaque jour un peu plus de terrain.
a écrit le 02/08/2020 à 15:29 :
On devrait demander aux chinois s'ils ont une offre alternative à celles des américains, vu que la facilité (critiquer est aisé :-) ) consiste à prendre ce qui existe déjà que faire les frais de création du nuage européen. Mais si ça arrive un jour on le nommera "cloud" quand même, 27 pays, pas facile de trouver un nom commun, peut-être "euro-cloud", "UE-cloud" ? :-)
Pour ne pas dépendre des autres, on a créé notre StopCovid mais (LesEchos 31juillet 20h51) "Les apps anti-Covid européennes pourraient devenir compatibles à l'exclusion de la France" parce qu'on a choisi un système centralisé.
a écrit le 02/08/2020 à 15:21 :
C'est trop tard pour s'inquiéter, c'est DEJA la réalité. La vraie question c'est pourquoi il n'y a pas d'alternatives sérieuses en Europe et en particulier en France. Pourquoi en France, il est impossible de crééer un Google, un Apple , un Facebook, un Amazon, un Oracle, un Microsoft, un Redhat, un IBM, un Coinbase (car sur le sujet des cryptos aussi, l'Europe a raté le coche et on va le payer très cher). L'Allemagne a SAP au moins... Tout simplement parce qu'en France, l'Etat possède une telle culture anti-entreprise, anti-technologie, anti-innovation, anti-jeunesse, mais pro-taxes, qu'elle n'a rien. Hier comme aujourd'hui, tu récolteras ce que tu as semé.
Réponse de le 02/08/2020 à 20:34 :
C'est l'analyse usuelle mais elle est sans doute fausse ou très limitée. Ce qui fait la différence, c'est la taille du marché intérieur, assez grand aux USA (ou en Chine) qui permet de créer des entreprises assez grosses pour ensuite devenir des géants à l'international. D'autres facteurs entrent en jeu évidemment parce que l'Inde n'a pas fait émerger de géants à ma connaissance.
a écrit le 02/08/2020 à 15:19 :
Que c'est "jouissif" de jouer... avec les mots, vous parlez de l'Europe comme si cela était une nation souveraine alors que ce n'est qu'un continent, comment voulez vous qu'elle règle un problème??
Réponse de le 03/08/2020 à 20:19 :
Absolument !

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