L'avenir de TV magazine sur la sellette

Le groupe Figaro pourrait stopper fin décembre son supplément de télévision TV magazine, leader du marché grâce à ses 4 millions d’exemplaires diffusés chaque semaine avec Le Figaro et les titres régionaux. En cause, la concurrence frontale du futur concurrent Diverto qui sera lancé en janvier 2023 par les cinq principaux groupes de PQR.
Le TV Magazine, leader de la presse de télévision, est menacé de disparition en fin d'année.
Le TV Magazine, leader de la presse de télévision, est menacé de disparition en fin d'année. (Crédits : Reuters)

Lors du comité social et économique de la société du Figaro qui s'est tenu mardi 28 juin, la direction a indiqué que « les conditions de poursuite de la diffusion de TV magazine ne seraient plus assurées dès la fin décembre ». Evoquant la possibilité d'un arrêt, Jean-Luc Breysse, directeur général adjoint du groupe Figaro, faisait évidemment allusion au lancement du supplément Diverto en janvier 2023, confirmé récemment par un GIE regroupant les principaux éditeurs de PQR.

Concrètement, le nouveau supplément se substituera dans six mois au TV magazine actuellement distribué par les quotidiens des groupes Ouest-France (Ouest-France, Journaux de Loire), Est Bourgogne Rhône Alpes (Dernières Nouvelles d'Alsace, Le Progrès, Le Dauphiné, etc), Rossel (Voix du Nord, L'Union, Paris Normandie, etc), Sud-Ouest et Centre France (La Montagne). Le groupe La Dépêche (La Dépêche, Midi libre), sans être partie prenante du GIE, a annoncé être également prêt à diffuser Diverto en 2023.

Avec environ trois millions d'exemplaires distribués au démarrage, le nouveau supplément priverait TV magazine des trois quarts de sa diffusion (3, 8 millions d'exemplaires en 2021). Un schéma intenable économiquement pour Le Figaro.

Le prix du papier en déclencheur

Le lancement futur de Diverto fait suite à la dénonciation en 2021 de leur contrat de fourniture du TV Magazine par ces cinq groupes de presse régionale auprès du Figaro. En cause, des divergences tarifaires, perdurant depuis plusieurs années, mais qui ont atteint leur paroxysme avec la flambée des prix du papier à partir de 2020, entraînée par la crise sanitaire. « Deux paramètres ont directement provoqué la rupture, estime un ancien cadre de TV Magazine sous couvert d'anonymat. « D'une part, l'indexation des tarifs de vente du TV Magazine aux fluctuations des prix du papier, qui pré-existait depuis sa création en 1987, a été supprimée dans les contrats en 2014. Conséquence, lorsque Le Figaro a voulu augmenter sensiblement les tarifs du TV Magazine fin 2020 pour tenir compte de la hausse du coût du papier représentant plus de 25% du total, il s'est vu opposer un refus de la part des éditeurs régionaux ». En réduisant d'autre part la durée des contrats, auparavant pluriannuels, à un an, Le Figaro s'est exposé au risque d'une dénonciation concertée et concomitante de certains de ses partenaires.

La fin d'une époque

Outre la question tarifaire, la forme et le contenu de TV Magazine, créé il y a 35 ans par Robert Hersant, le président du groupe de presse éponyme, posaient également problème aux yeux des éditeurs régionaux. Ils reprochaient notamment le manque d'investissement de sa maison-mère aux plans éditorial et digital. TV Magazine a ainsi été doté tardivement d'un site Internet moderne et d'une application. « Très profitable pendant des décennies, avec des pointes à plus de 5 millions d'exemplaires, la marque ne s'est pas vraiment remise en cause, souffle la même source. Elle s'est quelque peu endormie sur ses lauriers et le réveil est brutal aujourd'hui ».

Au contraire, la promesse de Diverto est d'adopter une posture disruptive vis-à-vis de TV Magazine. Sous la houlette de son directeur général, Antoine Daccord, ex patron du numérique de RTL, le nouveau media sera dès le départ multicanal. Il proposera au lancement un supplément imprimé, un site Internet et une application nationale. Le contenu de Diverto sera aussi accessible sur les différents supports numériques des groupes régionaux. Cette force de frappe médiatique sera encore accélérée par une présence massive de la marque sur les réseaux sociaux.

Impact pour le Groupe Figaro

S'il était avéré, l'arrêt de TV magazine aurait des conséquences non négligeables pour le Groupe Figaro, dont la direction n'a pu être jointe par La Tribune. La marque de presse, qui emploie aujourd'hui une trentaine de salariés dont 50% de journalistes, reste profitable même si la rentabilité de cette pépite s'est amenuisée. Au début des années 2010, à son apogée, TV magazine engrangeait 100 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel avec un résultat net de 15%. Le groupe Figaro, qui a réalisé 500 millions d'euros de recettes et 13 millions d'euros de résultat d'exploitation en 2021, devra pallier ce manque à gagner en cas de suspension du titre.

Demeure enfin la problématique de la continuité du service vis à-vis des groupes de PQR indépendants, Le Télégramme à Morlaix, La Nouvelle République à Tours, La Provence à Marseille et Nice Matin à Nice. Ils n'ont pas encore précisé leur intention entre la poursuite de la diffusion de TV Magazine et l'achat de Diverto à partir de 2023. « On voit mal par exemple Le Télégramme, en concurrence frontale avec Ouest France, adopter le nouveau supplément, poursuit la même source. Certains de ces titres peuvent craindre par ailleurs une hémorragie de lecteurs attachés au TV Magazine ». Dans ce contexte d'incertitude, Le Figaro devra également solutionner au second semestre la question de la distribution d'un hebdomadaire de télévision à ses propres clients abonnés ou acheteurs au numéro.

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