Télécoms : Bruxelles dirait « non » à la consolidation au Royaume-Uni

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Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence, craint que la consolidation dans les télécoms ne débouche sur une hausse des factures payées par les consommateurs.
Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence, craint que la consolidation dans les télécoms ne débouche sur une hausse des factures payées par les consommateurs. (Crédits : Reuters)
L’Autorité de la concurrence européenne devrait interdire le mariage entre les opérateurs Three et 02 outre-Manche. Cela mettrait un terme à la perspective d’un retour à trois opérateurs dans le pays. Surtout, il s’agirait d’un signal fort envoyé à toute la filière, qui mise sur la consolidation pour regonfler ses marges.

La « dame de fer » s'apprête, une fois encore, à frapper un grand coup. La très redoutée commissaire à la concurrence de l'UE, Margrethe Vestager, serait en passe de bloquer la consolidation des télécoms au Royaume-Uni. Elle souhaiterait mettre son veto au mariage entre les opérateurs O2, propriété de l'espagnol Telefonica, et Three, détenu par le conglomérat Hongkongais Hutchinson Whampoa. C'est ce qu'a affirmé, mercredi, une source proche du dossier à l'AFP :

« On s'attend à ce que la commissaire européenne en charge de la concurrence, Margrethe Vestager, interdise le rachat », précise-t-elle à l'agence française.

En mars 2015, Hutchinson a annoncé le rachat de son concurrent O2 pour 10,5 milliards de livres (14 milliards d'euros). En mariant ce dernier avec Three, le groupe hongkongais veut donner naissance au plus important acteur de téléphonie mobile au Royaume-Uni. Sachant que O2 et Three sont respectivement les second et quatrième plus gros opérateurs du pays. Mais depuis le début, cette perspective inquiète autant Bruxelles que l'Ofcom, le régulateur britannique des télécoms.

Des craintes liées à la concurrence

Dans une tribune publiée dans le Financial Times début février, Sharon White, sa directrice générale, a donné le ton : « Nous sommes inquiets du fait que le plus petit réseau mobile, Three, propose de devenir le plus gros en rachetant son rival 02. [...] Le groupe combiné contrôlerait plus de quatre connexions mobiles sur dix. » Surtout, la patronne de l'Ofcom craignait que les consommateurs ne payent la note : « L'opération pourrait signifier des prix plus élevés pour les particuliers et les entreprises. »

-> Royaume-Uni : le régulateur s'alarme d'un retour à trois opérateurs

Quant à Magrethe Vestager, elle a multiplié ces derniers mois les signaux négatifs contre ce deal. En décembre dernier, lors d'une intervention à Copenhague, elle a une énième fois montré son intransigeance, pourtant critiquée au sein même de la Commission :

« Quand nous constaterons qu'une fusion d'opérateurs mobiles est susceptible de réduire de manière significative la concurrence, nous insisterons sur les remèdes à mettre en œuvre. »

Et la commissaire d'illustrer son propos en revenant sur le mariage avorté entre Telenor et TeliaSonera au Danemark. Faute d'avoir trouvé un terrain d'entente avec Bruxelles, ces opérateurs ont jeté l'éponge, abandonnant leur projet de fusion.

Xavier Niel en embuscade

Au passage, ce sont ces réserves liées au mariage entre O2 et Three qui ont poussé Xavier Niel, le patron d'Iliad (maison-mère de Free), à s'intéresser au marché britannique. D'après le FT, celui-ci aurait approché l'Ofcom en début d'année pour se renseigner sur la possibilité d'entrer au Royaume-Uni. De fait, le régulateur britannique des télécoms s'est intéressé de très près au rôle de Free dans l'Hexagone, qui a bouleversé le marché français en cassant les prix. Dans l'hypothèse d'un mariage entre Three et O2, l'arrivée d'un « Free UK » pourrait en effet constituer un moyen de préserver la concurrence dans le pays.

-> Xavier Niel lorgne le marché britannique des télécoms

Reste que si Bruxelles dit effectivement « non » à la consolidation outre-Manche (une décision est attendue d'ici le 19 mai), cela accroîtra encore la tension avec les opérateurs du Vieux Continent. Confrontés à une concurrence féroce, beaucoup jugent ces rapprochements essentiels pour investir dans les réseaux (la fibre et la 4G). Un argumentaire que balaye Margrethe Vestager, pour qui « la consolidation excessive », synonyme d'une moindre concurrence, débouche souvent sur « une renchérissement des factures payées par les consommateurs et une moindre innovation ». La hache de guerre est déterrée.

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Commentaires
a écrit le 07/05/2016 à 16:41 :
Une pure politique qui n'a fait carrière que dans des administrations. Sa préoccupation est soit disant les consommateurs et "l'innovation". Avant d'innover, il faut d'abord pouvoir construire les nouveaux réseaux fixes et mobiles (et payer chèrement les licences et fréquences aux Etats, cf les 1,8 Mds dont Sapin avait besoin pour boucler son budget en 2015).
a écrit le 05/05/2016 à 11:59 :
Je ne sais pas si cette dame qui semble bardée de certitudes mesure bien les contre-effets de ses décisions. Empêcher le regroupement des opérateurs c'est affaiblir autant chacun d'entre eux. Et finalement de les laisser la proie d'autres opérateurs internationaux qui en fin de compte ne seront même plus Européens !!!
Il faut savoir se fixer des priorités entre solidarité nationales, européennes et la sauvegarde d'une secteur technique et industriel que nous avons déjà bien trop abimé avec l'introduction d'une prédateur comme Free en France et une concurrence exacerbée dont les en définitif les gains apportées aux consommateurs sont reportés sur un excès de fiscalisation pour finaliser la numérisation du réseau !
a écrit le 04/05/2016 à 17:40 :
Tout un article en écrivant :

" Hutchinson Whampoa " au lieu de " Hutchison Whampoa "....

Hutchinson... c'était du pneu de vélo et des produits caoutchouc en France !

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