En Allemagne, les enchères 5G bousculent le marché du mobile

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Au terme des enchères 5G, les deux leaders du mobile, Deutsche Telekom et Vodafone, ont pris la plus grosse part du gâteau. Sur les 420 MHz disponibles, ils ont chacun décroché 130 MHz pour respectivement 2,1 milliards et 1,9 milliard d’euros.
Au terme des enchères 5G, les deux leaders du mobile, Deutsche Telekom et Vodafone, ont pris la plus grosse part du gâteau. Sur les 420 MHz disponibles, ils ont chacun décroché 130 MHz pour respectivement 2,1 milliards et 1,9 milliard d’euros. (Crédits : Rafael Marchante)
Outre-Rhin, les opérateurs viennent de débourser plus de 6,5 milliards d’euros pour leurs fréquences 5G. Au-delà de ce prix élevé, cette attribution a permis d’adouber un quatrième acteur, 1&1 Drillisch. Une nouvelle donne qui pourrait bien déboucher, à terme, sur une consolidation du secteur.

C'est fini ! Après trois mois d'interminables enchères, l'Allemagne a attribué un premier jeu de fréquences 5G aux opérateurs mobiles. Au total, ces derniers vont débourser pas moins de 6,55 milliards d'euros pour cet actif essentiel au déploiement de cette technologie. D'après les analystes financiers sondés par La Tribune, il s'agit d'une somme élevée, mais pas non plus exorbitante.

« C'est cher, mais nous ne sommes pas ici sur des montants délirants », juge Stéphane Beyazian, analyste chez Mainfirst. « Au final, le prix du mégahertz par habitant s'élève à environ 19 centimes d'euros, soit trois centimes de plus que la moyenne européenne pour les attributions de fréquences 5G qui ont déjà été effectuées », poursuit-il. Sachant qu'en Italie, où les enchères 5G ont crevé le plafond en passant le cap des 6,5 milliards d'euros, le prix du mégahertz par habitant apparaît sensiblement plus élevé, de l'ordre de 41 centimes d'euros, rappelle Stéphane Beyazian.

Analyste chez Oddo BHF, Alexandre Iatrides estime d'abord que « la vraie bonne nouvelle, c'est que c'est enfin terminé »« Après 497 tours d'enchères, le risque était qu'aucun opérateur ne lâche rien et qu'on arrive à des montants insensés, affirme-t-il. Tout le monde se souvient des enchères des années 2000 qui ont parfois abouti à des montants faramineux. Ou encore, plus récemment, des enchères italiennes, où certains opérateurs ont joué leur survie et étaient prêts à s'ouvrir les veines pour disposer de suffisamment de fréquences. » In fine, il estime aussi que, dans le cas allemand, « c'est cher, mais ce n'est pas n'importe quoi ».

Au terme des enchères 5G, les deux leaders du mobile, Deutsche Telekom et Vodafone, ont pris la plus grosse part du gâteau. Sur les 420 MHz disponibles, ils ont chacun décroché 130 MHz pour respectivement 2,1 milliards et 1,9 milliard d'euros. Leurs deux challengers, Telefonica Deutschland et 1&1 Drillisch se sont offert 90 MHz et 70 MHz pour respectivement 1,4 et 1,1 milliard d'euros. En mettant la main sur un portefeuille de fréquences, 1&1 Drillisch va donc devenir opérateur à part entière et déployer son propre réseau. Car, jusqu'à présent, il n'était qu'opérateur virtuel, et utilisait le réseau de son rival Telefonica Deutschland pour fournir ses services.

Des difficultés en vue pour Telefonica Deutschland

Ce changement de statut de 1&1 Drillisch, et son arrivée en tant que quatrième opérateur mobile, change la donne sur le marché allemand. Pour Alexandre Iatrides, il s'agit d'une très mauvaise nouvelle pour Telefonica Deutschland. « Etant donné qu'ils ont beaucoup moins de spectre que Deutsche Telekom et Vodafone, ils risquent d'être distancés sur le créneau du haut de gamme, explique l'analyste. En outre, leur premier client, 1&1 Drillisch, va progressivement disparaître puisque ce dernier va de plus en plus compter sur son propre réseau. Ce sera compliqué de se passer de tels revenus au moment où ils doivent augmenter les investissements dans les infrastructures. »

En parallèle, 1&1 Drillisch, qui dispose de peu de spectre, aura l'obligation de déployer son réseau. « Il lui sera très difficile, dans ces conditions, de créer de la valeur », poursuit Alexandre Iatrides. Voilà pourquoi la possibilité d'une consolidation, à moyen terme, n'est pas à exclure. Après avoir cassé la tirelire pour disposer de fréquences, il ne serait pas surprenant que Ralph Dommermuth, le PDG de United Internet, qui contrôle 1&1 Drillisch, envisage désormais de fondre sur Telefonica Deutschland. Surtout si celui-ci devait se retrouver en difficulté.

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Commentaires
a écrit le 14/06/2019 à 8:27 :
"le prix du mégahertz par habitant s'élève à environ 19 centimes d'euros". Parlons plutôt de bande passante en megabits par seconde. Si la bande passante de la 5G est de 420 mégabit/s en moyenne, le coût de raccordement par habitant est de 78 euros. Pour les 83 millions d'habitants allemands cela fait bien un total de 6,5 milliards.

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