Télécoms : Bouygues lorgne, encore une fois, son rival SFR

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Martin Bouygues avait tenté, en 2014, de racheter SFR à Vivendi. Mais c’est finalement Patrick Drahi, et son câblo-opérateur Numericable qui ont remporté la mise.
Martin Bouygues avait tenté, en 2014, de racheter SFR à Vivendi. Mais c’est finalement Patrick Drahi, et son câblo-opérateur Numericable qui ont remporté la mise. (Crédits : © Gonzalo Fuentes / Reuters)
Le groupe de Martin Bouygues a admis, jeudi 14 juin, qu’il avait eu un contact, resté « sans suite », avec Altice, la maison-mère de SFR, concernant la possibilité d’un rapprochement. De quoi relancer les spéculations sur un retour à trois opérateurs dans l’Hexagone.

Dans le monde des télécoms, certains propos officiels sont parfois d'une nature un chouïa éphémère. Fin février, lors d'une conférence aux analystes financiers, Martin Bouygues présente les résultats annuels de son groupe. Branche par branche, des BTP aux télécoms, le patron fait le point sur ses différentes activités. Puis arrive le temps des questions. Un analyste lève la main, prend le micro, et interroge une énième fois Martin Bouygues sur la possibilité d'une consolidation du marché des télécoms. Très agacé, le chef de file du groupe Bouygues, maison-mère de Bouygues Telecom, sort sa plus rutilante sulfateuse :

« Sur la consolidation, arrêtons avec ce truc quoi ! Ça commence à être pénible et ça n'a aucun sens, mitraille-t-il. On ne peut pas nous servir ça à chaque fois. [...] Et que les choses soient bien claires : c'est en aucun cas moi qui serait l'artisan ou à la manœuvre sur une quelconque consolidation. Maintenant, chacun peut raconter ce qu'il veut... »

Jeudi 14 juin, Bouygues a pourtant joué une toute autre chansonnette. Le groupe a admis qu'il avait eu un contact, resté « sans suite », avec Altice, la maison-mère de SFR, concernant la possibilité d'un mariage. Si le groupe Bouygues est sorti du bois, c'est parce que la veille, le Canard Enchaîné a affirmé que Martin Bouygues aurait proposé, fin mai, à Patrick Drahi, le fondateur et propriétaire d'Altice, « d'acquérir 51% de SFR ». Quel que soit le schéma proposé par Bouygues, sa proposition de rapprochement est, jusqu'à présent du moins, restée lettre morte. Sachant que de son côté, SFR nie officiellement tout contact avec son rival. Reste que ce n'est pas la première fois que Bouygues s'intéresse à SFR. En 2014, il avait déjà tenté de racheter l'opérateur à Vivendi. Mais c'est finalement Patrick Drahi, et son câblo-opérateur Numericable, qui ont finalement remporté la mise.

Drahi accepterait-il de céder SFR ?

Difficile, aujourd'hui, de savoir comment le dossier va évoluer. Patrick Drahi est-il prêt à vendre son bébé ? Après un exercice 2017 noir, attend-t-il que SFR remonte la pente pour négocier dans une meilleure position ? Sondé par La Tribune, un analyste juge que « Patrick Drahi ne devrait pas être intéressé par une vente de son opérateur en-dessous de 25 milliards d'euros ». « Ce qui correspondrait au multiple de valorisation auquel il a lui-même racheté le groupe à Vivendi, explique-t-il. Et aussi en raison de la vingtaine de milliards de dettes de SFR, qu'elles soient logées dans le groupe ou au niveau de ses sociétés-mères. »

Il est de toute façon difficile d'imaginer un éventuel mariage d'ici peu. Pourquoi ? Parce que les quatre grands opérateurs français (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free) ne devraient bientôt plus avoir le droit de se parler, notamment pour évoquer des schémas de consolidation. De fait, une procédure, strictement encadrée, d'attribution de fréquences mobiles va débuter d'ici la fin du mois, ou courant juillet. Chapeautée par le gouvernement et l'Arcep, le régulateur des télécoms, celle-ci devrait s'achever, au plus tard, au mois de novembre. Date à partir de laquelle les opérateurs devraient pouvoir, s'ils le souhaitent, reprendre d'éventuelles négociations.

L'Arcep n'est plus contre une consolidation

Quoi qu'il en soit, la perspective d'une consolidation du marché des télécoms est désormais dans toutes les têtes. Y compris dans celle de Sébastien Soriano, le président de l'Arcep. Le mois dernier, celui-ci a déclaré qu'il n'était plus opposé, comme par le passé, à un retour à trois opérateurs.

« Compte tenu du fait que les opérateurs ont répondu présent à notre appel [celui d'investir plus, ndlr], ce message de fermeture totale ne peut plus être pertinent, a-t-il affirmé. On referme cette parenthèse. »

Ses propos peuvent s'interpréter de différentes manières. D'une part, il est possible que Sébastien Soriano, à l'instar d'Antoine Darodes, le patron de l'Agence du numérique, juge qu'un marché à quatre acteurs qui continuent de se bagarrer à coups de griffes, ne permette pas d'atteindre un équilibre économique viable pour tous. D'autre part, certains acteurs se demandent si le président de l'Arcep ne cherche pas, en évoquant la possibilité d'une consolidation, à protéger Free. Lequel profiterait forcément d'une réduction du nombre d'opérateurs sur le marché.

Et pour cause, Free a une place à part dans le paysage français des télécoms : il est le « maverick », celui qui a permis, ces dernières années, d'animer fortement la concurrence. Mais le « trublion des télécoms », comme les médias l'ont surnommé, ne va plus aussi bien qu'avant. Mi-mai, il a publié des résultats trimestriels décevants, marqués, en particulier, par une baisse de fidèles dans l'Internet fixe, conjuguée, sur ce créneau, à une baisse de son revenu moyen par abonné. Cependant, rappelons que Sébastien Soriano a affirmé qu'il n'était « bienveillant à l'égard d'aucun projet de consolidation ».

Lire aussi : Télécoms : la possibilité d'une consolidation fait son grand retour

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a écrit le 15/06/2018 à 19:56 :
Si Patrick Drahi cédait à Martin Bouygues ce dernier recevrait un S.F.R robuste pour l'avenir. En effet avant que Vivendi de Bolloré, ne cède SFR en 2014, ce dernier n'investissait plus du tout. SFR de Patrick Drahi a refait, et très au dessus, les énormes investissements. 25 milliards est un minimum, et Bouygues le rentabiliserait très vite, y compris à 30M, qui plus est avec d'énormes économies d'échelle.
a écrit le 15/06/2018 à 17:53 :
Je n'y crois pas du tout. Les 3 Gekko des télécoms, Niel, Drahi et Bouygues, sont dans la nasse ultralibérale de Macron.
Et orange a raison de rester en dehors de cette guerre des Gekko.
Il faut qu'ils s'entretuent entre eux et qu'Orange compte les morts.
Et ce n'est pas un hasard si aucun grand opérateur mondial n'a voulu rentrer sur le marché français.
FT était intouchable. Trop fort. Trop intégré. Et c'est en Allemagne, aux USA, à l’UK, en Italie et en Espagne que les grands opérateurs comme Orange se sont affrontés.
En France nous avons face à Orange 3 Gekko purement financiers, qui n'ont pas les moyens technologiques et industriels d'investir massivement sur la Fibre par exemple, et les fusionner même à 3 pour ne former qu'un seul "avatar opérateur" ne fera de l'ensemble qu'un Gekko plus gros, qui ne résonnera qu'à court terme d'un point de vue financier.
Aucun grand opérateur mondial (Telecom ou GAFAM) ne voudra racheter ces 3 avatars qui resteront toujours vus comme des avatars financiers de court terme sans valeur industriel.
Pour un grand opérateur mondial seul Orange n'a de valeur en France et dans le monde: les 3 autres sont des avatars sans valeur, de la fausse monnaie (N'oublions pas que le réseau SFR mobile a été construit par FT sur ordre du GVT PS de l'époque.....
Réponse de le 16/06/2018 à 10:15 :
France Télécom devenu Orange, a Tant Abusé des français Pendant Tout son Monopole par des tarifs Abusifs ( mot encore bien trop faible), tarifs qui ont subitement miraculeusement plongé, dès !!!! l arrivée de la concurrence. Ce sont tous les français usagers et contribuables de ce Monopole, qui ont été Tant saignés par cet opérateur pour Le Payer SI CHER. En plus En 2000, il s'est bien fait gruger par le rachat du Britannique Orange au sommet de la bulle techno, juste avant sa dégringolade, sous la présidence de l'ex patron de pole emploi et de Carrefour Michel Bon ; le scandale Orange.
Les clients de SFR, Bouygues, Free, sont les Memes contribuables et Clients de ces trois opérateurs qui ont bien trop cher payé TOUT France telecom-orange.
Réponse de le 16/06/2018 à 16:03 :
@Nathalie 16/06/2018 10:15
Vous avez tout à fait raison. Heureusement que le monopole de FT est tombé et que'il y a eu concurrence en France mais aussi un grand merci au quatrième opérateur Free qui a baisser les prix de façon considérable.
Quant à l'achat au prix fort et en cash de Orange, c'est la faute au gouvernement de trotskistes de l'époque qui a voulu payer cash pour garder la majorité dans le capital de FT et non pas par échange de titres comme le souhaitait Michel Bon.
@SNOWDEN
Si Orange était fortiche, son cours de bourse ne se traînerait pas 15€ alors que cela valait 200€ au plus haut de la bulle internet et € 60 avant la bulle et Orange n'aurait pas encore € 30 Mlds de dettes soit € 12/titre (cette énorme dette provenant du rachat de Orange en cash).
Cordialement
Réponse de le 17/06/2018 à 17:18 :
Les Gekko Niel, DRahi, et Bouygues sont condamnés car pseudo-opérateurs tenus à bout de bras par l'ARCEP, l'ADLC, et leutr protecteur Macron.
L'avenir est aux monopoles et oligopoles publics comme dans la Chine communiste qui triomphe mondialement.

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