Télécoms : en Inde, Vodafone plus que jamais sur le fil du rasoir

Vodafone Idea (Vi), la filiale locale du géant britannique du mobile, vient d’être partiellement nationalisée. Pas sûr que cela soit suffisant pour sortir l’opérateur du gouffre. Celui-ci continue de perdre des wagons de clients dans un contexte de très forte concurrence.
Pierre Manière

3 mn

En un an, Vodafone Idea a perdu 10% de sa base d'abonnés, à 270 millions de clients.
En un an, Vodafone Idea a perdu 10% de sa base d'abonnés, à 270 millions de clients. (Crédits : Reuters)

En Inde, Vodafone poursuit son chemin de croix. Vodafone Idea (Vi), la filiale locale du géant britannique du mobile, est aujourd'hui au pied du mur. Criblée de dettes (celles-ci s'élèvent à environ 26 milliards de dollars), elle n'a eu d'autre choix que d'accepter sa nationalisation partielle. L'Etat s'est invité au capital du numéro trois indien des télécoms, à hauteur de 36%, en convertissant 2,1 milliards de dollars d'intérêts dus au titre de droits de licence. Ce qui a pour effet de diluer fortement les participations de Vodafone (de 44% à 28%), et de son coactionnaire Aditya Birla (de 28% à 18%).

L'opération apparaît comme une tentative de sauvetage. Cela fait des années que Vodafone Idea mange son pain noir. Ses difficultés remontent à 2016. A l'époque, un nouvel acteur s'invite sur le marché du mobile. Il s'agit de Reliance Jio. Ce nouvel arrivant dépend du puissant conglomérat Reliance Industrie, qui appartient à la première fortune d'Inde, Mukesh Ambani. Son ambition ? Faire exploser le marché, en cassant les prix pour ferrer rapidement un maximum de clients. L'initiative n'est pas sans rappeler l'arrivée de Free en France, en 2012, lorsqu'il s'est lancé dans le mobile. Surtout, Reliance Jio dispose de moyens colossaux. A l'époque, il met les bouchées doubles, et investit 20 milliards de dollars dans son nouveau réseau 4G.

Consolidation du marché

Face à ce bulldozer, Vodafone décide de fusionner sa filiale avec son rival Idea Cellular. En 2017, les deux opérateurs forment une coentreprise, baptisée Vodafone Idea, dans l'espoir de tenir bon. A eux deux, ils disposent alors de 400 millions de clients, soit une part de marché de 35%. Le secteur est alors en pleine recomposition. Il se consolide. Alors qu'il y avait une dizaine d'opérateurs en Inde en 2010, ils ne sont désormais plus que quatre.

La manœuvre permettra à Vodafone Idea de résister un peu plus longtemps. Mais pas de quoi assurer sa pérennité. Fin 2019, sa situation s'aggrave. Depuis 1999, le gouvernement et les opérateurs se livraient un bras de fer lié au montant dû par ces derniers concernant leurs licences et l'utilisation des fréquences. L'exécutif souhaitait que ces frais soient calculés en fonction des revenus globaux. Ce qui a fait hurler les opérateurs, qui appelaient à ce que leurs redevances soient liées à leurs seuls revenus des télécoms. In fine, la Cour suprême a tranché en faveur du gouvernement. Lequel réclame aux opérateurs de s'acquitter d'une ardoise globale d'environ 13 milliards de dollars, dont 7 milliards, au total, pour Vodafone Idea.

Une base d'abonnés qui ne cesse de fondre

Depuis, sa survie est en jeu. En un an, Vodafone Idea a perdu 10% de sa base d'abonnés, à 270 millions de clients. En août dernier, le président de l'opérateur, Kumar Mangalam Birla, a démissionné, estimant que le groupe était proche « de l'effondrement ». C'est dans ce contexte que s'inscrit l'arrivée de l'Etat à son capital, en effaçant, par cette opération, ses intérêts de droits de licence. Son concurrent Bharti Airtel, qui doit aussi s'acquitter de 3 milliards de dollars, a de son côté décidé de retarder ses paiements de quatre ans. Aujourd'hui leader du marché, Reliance Jio, qui bénéficie d'une meilleure situation financière, a choisi de payer les 1,7 milliard qu'il doit à l'Etat.

Pourquoi le gouvernement a-t-il choisi la voie d'une nationalisation partielle ? Tout simplement pour éviter que le marché indien des télécoms ne devienne un duopole en cas de disparition de Vodafone Idea. New Delhi voulait à tout prix éviter cette perspective, synonyme d'une concurrence réduite au strict minimum, presque à néant. Même si la guerre des prix semble aujourd'hui terminée, rien ne dit, toutefois, que Vodafone Idea aura les ressources pour rebondir. Les prochains mois seront déterminants.

Pierre Manière

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Commentaire 1
à écrit le 15/01/2022 à 10:41
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Démonstration. Quand une société privée qui assume un service public est au bord de la faillite, on appelle l'état à la rescousse. Quand elle fait des bénéfices, elle s'empresse de les planquer dans des paradis fiscaux tout en hurlant après l'impôt c...

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