Investisseurs, comment démystifier Mr Marché ?

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(Crédits : Reuters)
Le néophyte en matière de marchés financiers ne peut qu'être dans l'expectative face à toutes les propositions commerciales qui lui sont offertes pour placer son épargne. Raison pour laquelle il a tout intérêt à prendre les choses en main à l'instar de Cécile, membre du club de L'Investisseur Français (*), qui tient un instructif journal d'investisseuse qu'elle fera partager régulièrement aux lecteurs de La Tribune. Aujourd'hui, la découverte de Benjamin Graham.

Voici quelques commentaires recueillis à la suite de la publication de mes deux premiers (1 et 2) articles dans lesquels j'ai expliqué pourquoi j'ai résolument décidé de gérer mes finances moi-même, et d'investir mes économies sur les marchés financiers, dans des instruments simples et sélectionnés par moi.

Vous suggérez d'investir en Bourse. C'est bien beau, mais que pèse le particulier en Bourse aujourd'hui ? Il est à la merci des mouvements de marché dictés par des acteurs pesant des millions de fois son poids, sans même parler des machines qui donnent des milliers d'ordres à la minute. La Bourse, c'est devenu un géant casino. Les fonds souverains retirent leurs billes, et tout s'effondre. Le marché est tenu par quelques très gros poissons, vous n'avez aucune chance dans ce jeu, décider d'y aller, c'est à vos risques et périls.

Ou :

Vous faites quoi au bout de dix ans si la valorisation de vos investissements est inférieure au montant investi ?

Ou encore :

L'analyse des entreprises..... D'abord peu de personnes peuvent comprendre la réelle santé d'une entreprise. (...) De plus, il a été maintes fois prouvé que le cours en bourse n'est pas le reflet exact du potentiel de l'entreprise (cela serait trop facile).

J'ai été paralysée par ces questions pendant des années. Chaque fois que j'entendais parler des robots et de l'influence grandissante des institutionnels en Bourse, je me sentais découragée. Inutile d'y penser, c'est perdu d'avance.

L'Investisseur Intelligent

Jusqu'à ce que je lise L'Investisseur Intelligent de Benjamin Graham ! Là, j'ai trouvé toutes les réponses à mes questions, une méthode d'investissement accessible aux investisseurs particuliers, et qui libère de toutes ces vicissitudes.

Graham était un type très intelligent, d'une intelligence transversale, universelle. Il était capable de penser "hors de la boîte". Sans lui, investir serait encore un jeu de paris. Grâce à lui, on a des outils d'analyse financière objectifs et systématiques. On se base sur des critères clairs et précis avant de prendre une décision d'investissement.

Cette méthode, qu'est-ce que c'est ?

D'abord, Graham explique le marché et son fonctionnement. Il le démystifie, et le ridiculise un peu en le présentant sous les traits d'un type instable, "Mr Marché", qui vous propose chaque jour un prix différent pour votre propriété, parfois du simple au double. Comme si la valeur de celle-ci variait autant et aussi vite !

Il nous explique ainsi qu'une des premières choses à apprendre si l'on décide de devenir investisseur, c'est de rester imperméable aux fluctuations du marché.

Ensuite, il nous donne une méthode précise pour rester imperméable à ces fluctuations. Cette méthode, c'est celle de la valorisation des entreprises. Il faut apprendre à analyser les comptes d'une entreprise de manière à attribuer à celle-ci une valeur. La valeur de l'entreprise, c'est ce qu'on obtient quand on en acquiert des parts.

Marge de Sécurité

Prenons un exemple très simple à comprendre, celui d'une entreprise faisant ou ayant des investissements dans d'autres entreprises cotées. On peut aller voir la capitalisation boursière de ces prises de participation.

Disons que notre entreprise XYZ détient 30% de la société A qui est capitalisée 100 millions d'euros à ce jour. Cet investissement a donc une valeur de marché de 30 millions. Ensuite, il y a 40% de la société B qui vaut 1 milliard. Ça vaut donc 400 millions. Et, enfin, 10% de la société C qui vaut 500 millions. Ça fait 50 millions.

Total : 480 millions. Ça c'est pour la partie actifs dans le bilan. Au passif, disons que la société a 80 millions de dettes. On peut donc valoriser cette entreprise à 400 millions d'euros. Donc ça, c'est la valeur de l'entreprise.

La troisième notion essentielle enseignée par Graham est celle de marge de sécurité. Pour éviter les déboires en bourse, il faut viser en priorité la préservation du capital, et pour ce faire il faut toujours investir avec une marge de sécurité.

Pour Graham, la marge de sécurité, c'est ne pas payer trop cher, et idéalement payer moins cher que ce que ça vaut. Par exemple si la société XYZ est à vendre au prix de 250 millions d'euros, vous conviendrez que c'est une bonne affaire. Impossible, me direz-vous. Et pourtant, ça arrive plus souvent qu'on ne le pense.

Un exemple actuel (décote plus faible) : Softbank, qui cote sous la valeur de ses participations dans Yahoo Japan, Alibaba, GungHo Online, etc.

Cette méthode d'investissement développée par Benjamin Graham, on l'appelle l'investissement dans la valeur, ou value investing. Je rappelle les trois notions de base : (1) le marché fluctue sans cesse; (2) l'investisseur intelligent fait une analyse des entreprises ou des titres (actions ou obligations) dans lesquels il envisage d'investir et aboutit à une estimation de leur valeur; (3) il fait en sorte d'investir avec une large marge de sécurité, qui compense les inévitables erreurs de valorisation.

Voilà. C'est aussi simple que ça. Et extraordinairement efficace !

Analyse Technique

Car dès l'instant où vous avez fait votre travail, que vous avez compris ce que vous avez acheté et que vous avez fait en sorte de l'évaluer et de payer moins cher que ce que vous estimez que ça vaut, vous êtes complètement libéré du stress des fluctuations de prix.

Si vous achetez une maison pour laquelle vous avez fait votre étude de marché, vous avez estimé qu'elle vaut 250.000 euros et vous vous êtes arrangé pour la payer 200.000 euros, et que six mois plus tard un quidam vient vous proposer de la lui vendre pour 100.000 euros, que faites-vous ? Vous lui riez au nez. Eh bien c'est un peu la même chose en Bourse.

L'investissement dans la valeur, c'est la méthode que j'ai choisie pour mes investissements mobiliers.

La fois prochaine, nous irons plus loin dans l'explication de la méthode "acheter à bon prix".

Pour mémoire, voici résumées en très grandes lignes d'autres approches de l'investissement mobilier dont on parle le plus souvent dans la littérature financière "grand public". Commençons par l'analyse technique : souvent présentée comme étant plus simple, plus abordable pour l'investisseur particulier. Il est question de regarder les courbes des cours de Bourse, et d'apprendre à y déceler des signes permettant de deviner dans quel sens le cours va évoluer.

Sur base de cette analyse, on prend des positions sur un titre ou sur un indice. J'ai rapidement exclu cette méthode pour plusieurs raisons :

(1) Ces positions s'apparentent plutôt à des paris sur l'évolution des cours. Il s'agit d'une stratégie à très court terme. En effet les cours bougent tout le temps, donc il faut surveiller les courbes tout le temps, et adapter sa stratégie en permanence. Nous avons décidé dès le départ que nous visions des résultats à long terme dans notre processus d'investissement, donc cette méthode ne convient pas.

(2) Surveiller les cours tout le temps, c'est très consommateur en temps et potentiellement stressant. Nous voulons investir dans la sérénité donc ça ne convient pas non plus à ce niveau.

(3) Investir selon des critères techniques impose de passer de nombreux ordres de Bourse : ça coûte cher en frais de transaction, une grosse part des éventuels profits est captée par votre courtier, et par le Trésor qui perçoit (sans abattement) sa part de vos profits à court terme (pour autant que vous en ayez).

(4) A mon avis (qui n'est pas partagé par tout le monde), c'est une méthode non scientifique qui s'apparente plus à de l'horoscope qu'à de l'analyse objective.

(5) Il n'existe pas un gérant dans le monde qui a pu démontrer avoir obtenu des résultats positifs et reproductibles avec cette méthode, sur une période d'investissement digne de cette appellation.

L'analyse fondamentale est souvent présentée comme étant plus complexe, plus longue à apprendre, très consommatrice en temps et aléatoire car on n'est jamais assis à la table du board de l'entreprise (on ne sait jamais tout). Il s'agit de se former à la lecture et à l'interprétation des états financiers des entreprises. L'analyse de ces documents informe la décision d'investissement.

J'avoue que ce que mes premières lectures disaient de cette méthode ne m'a pas du tout donné l'impression que c'était à ma portée. Pourtant, c'était ce qui me paraissait le plus logique. Mais je n'y comprenais que pouic !

Jusqu'à ce que je lise Graham...

>> (*) Pour aller plus loin, retrouver toutes les analyses de L'Investisseur Français sur son site.

L'Investisseur français logo avec cédille

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Commentaires
a écrit le 21/04/2016 à 7:33 :
Le marché a toujours raison sur le long terme c'est pour ça qu'il faut se débarrasser des OAT françaises maintenant car elles finiront comme les emprunts russes au moins partiellement. Les contrats d'assurance vie qui financent l'état sont des tromperies. Ils sont très risqués! A bon entendeur....
a écrit le 20/04/2016 à 16:21 :
Rappelons que les banques ont surtout vendu la bourse à leurs clients quand elle haute, non à un niveau bas. Elles font vendre en baisse. Qui rachète?

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