La France, premier marché et laboratoire de développement durable de Nespresso

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Nous souhaitons que toutes nos capsules soient recyclées, affirme Arnaud Deschamps, DG de Nespresso France.
"Nous souhaitons que toutes nos capsules soient recyclées", affirme Arnaud Deschamps, DG de Nespresso France. (Crédits : DR)
Critiqué pour avoir révolutionné le mode de consommation du café dans un sens moins durable, Nespresso investit de plus en plus dans ses politiques de responsabilité sociale et environnementale (RDE) et dans sa réputation. Arnaud Deschamps explique la stratégie de la division française, qu'il dirige depuis 2008.

LA TRIBUNE - En mars, Nespresso France a multiplié ses actions de communication autour de sa responsabilité sociale et environnementale, et notamment autour d'un sujet sur lequel il est souvent épinglé: le sort de ses capsules à usage unique. Les clients étaient notamment encouragés à les rapporter dans l'une des boutiques de la marque. Ces capsules sont-elles recyclées?

ARNAUD DESCHAMPS - Oui! En Suisse, elles sont recyclées depuis 1991, et en France depuis 2008. A nos 33 boutiques s'ajoutent d'ailleurs d'autres lieux de collecte: plus de 5.500 points relais existent dans les déchetteries municipales ou dans les magasins où nous assurons nos livraisons. Aujourd'hui, 90% des membres du club Nespresso disposent ainsi d'une solution dans la zone couverte par leur code postal. Depuis deux ans, nous assurons aussi aux entreprises un service de collecte spécialisé, grâce à un partenariat avec La Poste et Paprec.

Quid des capsules qui ne sont pas rapportées dans un point relais?

Depuis 2009, en France, nous travaillons avec le Club de l'emballage léger en aluminium et en acier (CELAA) et d'autres partenaires autour du "Projet métal", qui a abouti à la création d'une nouvelle filière de recyclage, dédiée aux emballages légers en aluminium et en acier issus de la collecte sélective. Grâce aux soutiens versés par Eco-Emballages (278 euros pour chaque tonne d'aluminium recyclée) et par le Fonds de dotation pour le recyclage des petits aluminiums mis en place par Nespresso (300 euros), nous avons notamment équipé quelque 18 centres de tri de machines à courant de Foucault, capables de séparer du reste les déchets en aluminium léger: dosettes de café, mais aussi sachets de compote et emballages de fromages frais... Fin 2017, 10 millions de Français pourront ainsi jeter leurs capsules usagées dans les poubelles de collecte sélective. Fin 2018 toute l'Ile-de-France devrait être concernée, et 30 millions de Français en 2022. Unique à ce jour, cette démarche française suscite d'ailleurs aujourd'hui l'intérêt d'autres filiales européennes de Nespresso.

Pourquoi cette double démarche, au risque de créer de la confusion?

Les capsules que nous collectons nous-mêmes sont acheminées dans une entreprise de recyclage qui a été transférée en septembre 2016 de Rungis aux Pays-Bas, et qui reçoit désormais aussi les dosettes Nespresso d'autres pays: Pays-Bas, Belgique et bientôt Allemagne. Elle fonctionne selon un modèle d'économie circulaire: une fois séparé, l'aluminium est refondu puis renvoyé en Suisse pour servir à la production de nouvelles dosettes, alors que le café est composté et transformé en biogaz.

L'aluminium issu des capsules, gourdes, etc., jetées dans les poubelles sélectives, et séparées par des machines à courant de Foucault dans un centre de tri ayant bénéficié du Projet métal, est en revanche traité par pyrolyse dans une entreprise allemande. En ce cas, le marc de café est seulement valorisé énergétiquement, et l'aluminium ne nous appartient pas: il est revendu sur le marché. Cette option est évidemment moins intéressante pour nous. Et techniquement, nous serions en capacité de recycler nous-mêmes la totalité des capsules vendues. Mais nous la soutenons car nous souhaitons que toutes nos capsules soient recyclées.

Pourtant, malgré ces efforts, le taux de recyclage des emballages en aluminium reste inférieur à 50% en France...

C'est pour cette raison que nous avons décidé de renforcer notre communication. Malgré une campagne de presse depuis 2015, un site dédié, des messages sur les réseaux sociaux et le travail du Projet métal avec les collectivités locales, les possibilités de recyclage ne sont pas encore assez connues. Dans certaines communes où les centres de tri sont équipés de machines à courant de Foucault depuis plusieurs années, certains maires eux-mêmes ne sont pas encore informés! Notre mois de la RSE a d'ailleurs porté ses fruits: le volume des capsules rapportées a augmenté de 40%, en passant de 300 à 420 tonnes en un mois.

Au-delà des capsules, Nespresso vend toutefois aussi des machines, en incitant d'ailleurs à les remplacer régulièrement par de nouveaux modèles plus technologiques ou plus design. A plus long terme, elles constituent aussi des déchets...

Depuis 2000, Nespresso propose en France un service de réparation de machines gratuit pendant la période de garantie, que nous avons d'ailleurs étendue de 2 à 5 ans pour notre nouvelle machine Vertuo. Hors garantie, le client paye un forfait déterminé en fonction du modèle de la machine à réparer. Mais depuis 18 mois, afin de redonner aux machines usagées une deuxième vie, nous lui offrons une solution alternative: échanger sa machine cassée par une machine utilisée et remise à neuf, d'un modèle équivalent voire de gamme supérieure, si c'est le seul disponible. Déjà expérimentée il y a cinq ans, cette démarche n'avait pas eu le succès espéré. Mais aujourd'hui, l'économie circulaire attire davantage: 25% des clients concernés ont déjà fait ce choix! Les machines ainsi récupérées et non réparables intègrent le circuit de recyclage des déchets électriques et électroniques. Quant aux machines professionnelles, elles peuvent désormais être louées au lieu d'être achetées.

Recycler les capsules et les machines est sans doute un progrès. Mais la promotion de l'utilisation de capsules jetables n'est-elle pas un danger pour le climat?

Souvent confrontés à cette critique, nous avons commandé au cabinet indépendant suisse Quantis une analyse de cycle de vie complète, comparant en termes d'émissions de gaz à effet de serre une tasse de café en capsule, de café soluble et de café filtre. Le café soluble est sans doute le plus vertueux. Mais par rapport au café filtre le classement est moins facile: selon ses modes de préparation (quantités d'eau chaude utilisée et de café gaspillé par exemple), ce dernier peut avoir une empreinte climatique plus importante qu'une capsule, une tasse Nespresso de 40 ml engendrant 46 grammes de CO2. La majorité des émissions liées à une tasse de café sont en effet imputables à la culture et au transport. Or, une capsule Nespresso contient une quantité de café en moyenne inférieure à celle utilisée pour d'autres types de préparation, et n'utilise que l'énergie nécessaire. Et ce calcul ne tient pas compte des bénéfices du recyclage: si toutes les capsules étaient recyclées, les émissions baisseraient encore de 9 grammes.

Dans le cas de Nespresso, il faut toutefois aussi tenir compte des émissions de gaz à effet de serre des machines, des magasins...

Dans nos boutiques en France, les ampoules normales ont été remplacées par des LED. Quant aux machines, nous travaillons en permanence à leur amélioration aussi en termes de performance énergétique. Depuis 2010, si non utilisées, elles s'éteignent par exemple automatiquement après 9 minutes. Depuis 2010, si non utilisées, elles s'éteignent par exemple automatiquement après 9 minutes. Ces améliorations nous ont permis de réduire l'empreinte carbone d'une tasse de café Nespresso de 20% entre 2009 et 2016.

Nous sommes toutefois conscients qu'une partie de nos émissions sont irréductibles. Nous avons donc adhéré à un projet de compensation via l'agro-foresterie géré par PUR Projet. Chaque année, au sein des plantations de café, nous plantons 500.000 arbres. Nous pouvons ainsi nous targuer en France d'être les seuls à proposer un café neutre en carbone.

Ces politiques de recyclage et de réduction des émissions sont-elles rentables?

Ce qu'elles coûtent à Nespresso France est assez clair: entre 1,5 et 2 millions d'euros par an la plantation des 500.000 arbres, 3-4 millions d'euros nos politiques de recyclage. Mais ce qu'elles nous rapportent, notamment en termes de réputation comme d'engagement des collaborateurs, est plus difficile à chiffrer. Nous estimons toutefois qu'en tant que premier marché de Nespresso, la France se doit d'être précurseur.

Autre volet incontournable des politiques de développement durable d'un commerçant de café, la relation avec les producteurs. Vous inquiétez-vous de leur assurer une rémunération juste?

Dès 2003 nous avons lancé le Programme Nespresso AAA pour une Qualité Durable, avec l'ONG Rainforest Alliance. Déjà à l'époque, nous étions confrontés au risque d'une insuffisance de notre approvisionnement de café de haute qualité, puisque seulement 2% de la production mondiale répond à nos exigences. Or, pour convaincre nos fermiers et leurs enfants de continuer à cultiver du café, il faut s'intéresser à leurs conditions de vie et à leur environnement, en promouvant des pratiques agricoles durables. Et avec d'une part l'augmentation de la consommation de café, d'autre part le changement climatique et les défis géopolitiques, cette nécessité devient de plus en plus présente.

70.000 caféiculteurs dans 12 pays, produisant plus de 80% du café Nespresso, ont désormais reçu la certification AAA, qui intègre près de 40 critères de qualité, durabilité et productivité. Ils sont accompagnés par 300 de nos agronomes, et nous nous engageons à payer leur café entre 30% et 40% au-dessus du prix du marché. Nous espérons qu'ils seront 100% en 2020. 40% d'entre eux ont aussi la certification Rainforest Alliance, dont les critères sont partiellement différents mais visent aussi à la promotion d'une agriculture durable. Selon les régions et les besoins, nous participons aussi à des projets spécifiques avec d'autres ONG, comme Fairtrade.

Garantissez-vous des contrats de long terme à vos producteurs, comme le préconisent les principes du commerce équitable?

Non, car notre premier objectif est la qualité, que nous vérifions à chaque récolte. Mais de fait, nous entretenons des relations continues avec la plupart de nos fermiers, et travaillons avec eux sur le terrain pour sécuriser leur production. Le prix que nous garantissons est par ailleurs plus élevé que celui du commerce équitable.

Propos recueillis par Giulietta Gamberini

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Commentaires
a écrit le 03/07/2017 à 21:17 :
On attend toujours Nespresso à Rennes, seule grande ville à en être dépourvu, tout comme Apple ou Starbucks d'ailleurs....
a écrit le 22/05/2017 à 13:52 :
Production de déchets par habitant est par an: 400 kg

Production de déchets de l'industrie par habitant et par an: 14 tonnes.

Le gars de votre article semble assumer et c'est bien maintenant ce serait mieux que l'industrie de façon générale s'attaque au recyclage de ses déchets voir planifie d'en produire beaucoup moins.

Alors sachant que dans l'emballage il y a de la marge bénéficiaire il est évident que cela traine mais un état ne peut pas dignement imposer encore plus de trie à ses citoyens pour des poubelles encore plus chères à payer et ne rien dire à l'industrie qui gaspille honteusement les ressources.

La solution première contre la pollution c'est de produire moins et mieux, plus et mieux engendrera toujours systématiquement des problèmes de déchets présents et futurs maintenant comme on voit bien que l'écologie n'est pas la priorité et de loin des décideurs économiques et donc politiques puisque appartenant à ses premiers j'ai bien peur que nos enfants héritent d'une poubelle géante.

En ce qui concerne l'aluminium il est très couteux à recycler car demandant énormément d'énergie mais le verre lui est très facile à recycler, il y a des tonnes de produits emballés en aluminium et plastique qui avec une filière verre bien plus développée pourrait couter bien moins cher à la planète mais tout comme l'industrie pharmaceutique ne veut pas étudier l'aspirine comme anti-cancer, alors que pourtant une étude à montré qu'il pouvait générer 30% de cancer en moins, mais comme le brevet est rincé les actionnaires n'y ont aucun intérêt, l'industrie de l'emballage a imposé ses habitues au meilleur de ses revenus et tout changer serait forcément moins gagner.

Bref ce qui pollue moins rapporte moins mais c'est contraire au dogme néolibéral.

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