Port de Brest : le futur polder dédié aux EMR

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A l'horizon 2020, le terminal industrialo-portuaire de Brest aura fait peau neuve. L'aménagement de 40 hectares sur un polder grand comme 50 terrains de football, a notamment comme objectif de lui ouvrir un nouveau terrain de jeu : l'accueil d'activités (stockage, assemblage...) liées aux énergies marines renouvelables.
A l'horizon 2020, le terminal industrialo-portuaire de Brest aura fait peau neuve. L'aménagement de 40 hectares sur un polder grand comme 50 terrains de football, a notamment comme objectif de lui ouvrir un nouveau terrain de jeu : l'accueil d'activités (stockage, assemblage...) liées aux énergies marines renouvelables. (Crédits : Virtualys-Région Bretagne)
Les travaux du port de Brest démarreront en janvier 2017. Destiné à consolider l'activité commerciale du site, cet énorme chantier de 220 millions d'euros permettra aussi d'accueillir sur un polder de 40 hectares de nouvelles activités industrielles de pointe, et plus particulièrement celles liées aux énergies marines renouvelables (EMR). L'hydrolien et l'éolien flottant sont un enjeu de taille pour la Région Bretagne.

Sur le port de Brest, des palissades et des panneaux de travaux sont mis en place avant l'entrée en service des premières machines : début janvier, un vaste chantier de quatre ans va démarrer sur le site. Le terminal industrialo-portuaire, connu pour ses activités commerciales et de réparation navale, a encore un potentiel urbain et maritime à exploiter. À l'horizon 2020, il aura fait peau neuve. L'aménagement de 40 hectares sur un polder grand comme 50 terrains de football, a notamment comme objectif de lui ouvrir un nouveau terrain de jeu : l'accueil d'activités (stockage, assemblage...) liées aux énergies marines renouvelables (EMR).

Initié par la Région qui en est propriétaire, ce vaste projet de développement de 220 millions d'euros d'investissement inclut la création d'un nouveau terminal, des travaux de dragage et l'aménagement de nouvelles infrastructures dont une plateforme de manutention de 100 mètres de profondeur. Il profitera aussi aux activités commerciales du port ( près de 3 millions de tonnes par an) pour l'accueil de navires de 80.000 tonnes contre 60.000 aujourd'hui.

Alors que Brest concentre à elle seule 50% de la recherche maritime française, les EMR sont une des 10 filières d'avenir identifiées pour assurer la compétitivité de la Bretagne, 1re région en sciences et technologies de la mer. Le potentiel du seul éolien en mer s'élève à 1.000 emplois. Jean-Michel Lopez, directeur en charge de la coordination des Énergies Marines Renouvelables au Conseil régional, se félicite de ce projet:

« Des travaux de cette envergure sont très rares. Il n'y a pas d'implantation industrielle actuellement sur le port, mais un polder de 14 hectares existe déjà. Nous allons l'étendre de 26 hectares. Cette opération de développement du port est avant tout une opération de développement économique de Brest par son port. Les nouvelles activités EMR qui s'y implanteront répondent à des besoins industriels forts. »

Quai « colis lourds » pour hydrolien et éolien flottant (offshore)

Les quelques mois de retard pris par le futur chantier ont pu donner un coup d'avance à la concurrence de Cherbourg, Saint-Nazaire ou du Havre, déjà fortement axés sur l'accueil des industriels spécialisés dans les EMR. Pour autant, le projet brestois est bien entré dans sa phase opérationnelle, après l'attribution en octobre des lots terrestres à des entreprises du BTP locales et nationales, et avant celle, début janvier, des lots maritimes (quais EMR).

La Région, comme ses partenaires du Conseil général du Finistère, de Brest Métropole et de la CCI, prévoit les premières installations industrielles à horizon 2018 sur des zones du polder de quatre à cinq hectares. Aucun espace susceptible d'être choisi pour de grands projets ne sera toutefois préempté.

DCNS et STX parmi les gros donneurs d'ordre

Brest entre en effet sur ce marché émergeant en ciblant plus précisément la filière « colis lourds » ou « colis très lourds » et les gros donneurs d'ordre de type DCNS et STX. Plus largement, ce sont tous les acteurs sur les deux filières énergies marines que sont l'hydrolien et l'éolien flottant, qui sont visés : fournisseurs de rang 1, 2 et 3 et PME innovantes dont l'activité s'intéresse par exemple au stockage de l'énergie ou aux réseaux intelligents.

Alors que les quatre années de travaux occuperont environ 150 personnes sur le site du futur terminal portuaire, Brest Métropole évalue que les activités industrielles générées par ces aménagements seraient susceptibles de créer 400 à 500 emplois directs dans le seul secteur des EMR, notamment pour l'éolien flottant. Ces chiffres sont à manier avec prudence tempère le Conseil régional:

« Les industriels ne bénéficieront pas d'aide directe à l'implantation. Notre ambition est de leur offrir les meilleures infrastructures et un dispositif d'accompagnement et d'offres de services qui feront la différence assure Jean-Michel Lopez. Il existe un savoir-faire en Bretagne sur le marché des EMR et évidemment l'objectif est d'en maximiser les retombées économiques et industrielles. Beaucoup d'entreprises sont à la pointe de la technologie en termes de construction navale et de composite, et à Brest et autour de Brest, elles forment un vrai tissu économique et industriel. »

Fermes-pilotes et approche interrégionale

Enjeu sur l'innovation et la transition énergétique, les EMR mobilisent les compétences bretonnes dans une approche globale. Au moment où l'usine marémotrice de la Rance fête ses 60 ans, des étapes sont franchies sur  la production. Aprsè une année de démonstration sur le réseau électrique d'Ouessant, l'hydrolienne D10 immergée en mer d'Iroise par la société quimpéroise Sabella repartira au printemps 2017 pour réinjecter sa production sur le réseau ouessantin, avant peut-être l'installation d'une ferme-pilote. La PME qui vient de lever 8 millions d'euros pour garder son avance technique et aborder l'international, envisage d'ailleurs l'implantation d'un site d'assemblage sur le polder brestois dès la fin 2017. 30 à 50 hydroliennes sortiraient de ce nouveau complexe à horizon 2022-2024.

Un parc éolien en mer de 62 turbines pour 2018

Dans la baie de Saint-Brieuc, c'est la construction par Ailes Marines d'un parc éolien en mer de 62 turbines qui est en projet pour 2018. En 2020, il pourrait produire l'équivalent de la consommation électrique de 850.000 habitants. Plus au Sud, à Groix, la société Eolfi porte un projet de ferme-pilote de quatre éoliennes flottantes avant une commercialisation dans quatre ans. À Audierne, Wattmor propose pour sa part de récupérer l'énergie de la houle à compter de 2020. En aval, c'est l'intégration et le stockage de ces énergies renouvelables, mais aussi leur approvisionnement qui mobilisent grands groupes (Schneider, General Electric), PME et jeunes pousses technologiques. Plusieurs consortia de Bretagne (Niji, Energiency...) et des Pays de la Loire  plancheront de 2017 à 2020 dans le cadre du projet interrégional SMILE (SMart Ideas to Link Energies) dédié aux smart grids.

Si le port de Brest se pose demain en concurrent de Cherbourg ou de Saint-Nazaire, la filière bretonne des EMR joue aussi la carte du Grand Ouest.

« Par rapport au degré de maturation des filières, Brest arrivera en 2020 au bon moment, avec une spécificité sur l'hydrolien et l'éolien qui n'aura pas d'équivalent. 40 hectares de polder c'est une vraie richesse que ne possèdent pas les autres ports. Néanmoins, pour aborder les marchés internationaux comme ceux des États-Unis ou de l'Asie, des complémentarités seront à envisager avec tous les sites » reconnaît Jean-Michel Lopez.

Un fonds d'investissement sur les EMR en 2017 ?

Sur les EMR, la Bretagne se présente comme « une puissance publique qui peut prendre des risques. » Selon nos informations, elle réfléchit à la création d'un fonds d'investissement dédié et doté de 20 millions d'euros. L'étude est en cours et le budget pourrait être voté d'ici à la fin de l'année pour un démarrage en 2017. Ce fonds aurait la possibilité d'accompagner, via une société ad hoc, les différentes étapes d'un projet dont des entreprises comme DCNS, Engie ou Sabella seront à l'origine. Alors qu'au 1er janvier 2017, elle reprendra des ports en compétence, la Région cherche à créer une dynamique sur les énergies marines, et à ne pas cantonner cette expertise à Brest. C'est l'ensemble du territoire qui doit bénéficier de l'effet d'entraînement en termes d'aménagement et d'emploi.

Pascale Paoli-Lebailly,
correspondante pour La Tribune en Bretagne

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>>> L'éolien flottant en débat à la Sea Tech Week

Preuve de la coopération régionale sur le dossier de l'éolien flottant, la Bretagne et les Pays de la Loire ont organisé à Brest en octobre dernier, le 1er Floating Wind Power Atlantic Forum. Intégrés à la 10e édition de la Sea Tech Week, la semaine des sciences et technologies marines, ces trois jours de débats se sont intéressés au développement industriel de cette filière naissante en France et à l'international. Ils ont réuni plus de 50 intervenants de 10 pays et 300 visiteurs. Prenant exemple sur les sites au large du Croisic et de Lorient (Groix), les deux régions ont réaffirmé que l'éolien flottant constituait une priorité pour leur avenir énergétique et industriel. Pour elles, ce premier forum a constitué la première expression concrète de leur partenariat visant à positionner l'Ouest comme l'un des territoires moteurs de l'éolien flottant en Europe. Les deux régions feront donc bannière commune sur certains grands rendez-vous internationaux dédiés aux énergies marines. Dès 2017, elles pourraient aussi coopérer sur le financement de projets d'énergies marines. P-P.L

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Commentaires
a écrit le 04/12/2016 à 11:18 :
Ah ah vous le faites rire.
Et l'éco taxe sarkozyste n'était pas un investissement à fonds perdus ?
Le démantèlement d'alstom non plus ???
Le délire qui a suivi la privatisation de France télécom et les achats d'entreprise en GB, Pologne, Italie... qui ont failli couler la boite.
Arrêtez vos remarques uniquement partisanes et sans aucun fond. C'est ridicule.
a écrit le 04/12/2016 à 10:33 :
L'aménagement de ce grands port sur l'Atlantique ne risque pas de faire doublon avec Bordeaux, ensuite le point d'entrée en Europe est au Pays-Bas... espérons que cette investissements ne sera pas à font perdu.. comme malheureusement cela est l'habitude en France avec les socialiste... je crains le pire avec Mad royale et Mr haullande.
Réponse de le 04/12/2016 à 13:28 :
Bordeaux 8 millions de tonnes de trafic par an! (La Rochelle est à 9 par exemple, et Brest à 3) Vous comparez Bordeaux avec Rotterdam?? (450 millions de tonnes). Bordeaux n'est pas (du tout) un point d'entrée pour l'Europe, c'est un port régional, en développement sur la croisière. Pour info le plus grand port sur la facade atlantique français est Nantes-St-Nazaire à 27 millions de tonnes. Les ports français, laminés par la CGT port/dockers ne pèse plus rien en Europe, malgré leurs positionnements intéressants.

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