Numericable absorbe SFR, la plus grosse fusion de l’année est bouclée

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« Par le rapprochement de SFR et de Numericable, nous créons aujourd'hui le champion français du Très Haut Débit et de la convergence fixe-mobile » a réagi Patrick Drahi.
« Par le rapprochement de SFR et de Numericable, nous créons aujourd'hui le champion français du Très Haut Débit et de la convergence fixe-mobile » a réagi Patrick Drahi. (Crédits : reuters.com)
Le câblo, rebaptisé Numericable-SFR, a finalisé aujourd"hui ce rachat pour plus de 13 milliards. Une vingtaine de dirigeants de SFR sont partis ce soir selon nos informations. Après avoir conclu « la plus grosse opération » de l’année en France, tous secteurs confondus, le nouveau poids lourd des télécoms doit trouver son modèle pour rembourser sa dette.

Ne l'appelez plus SFR, ni Numericable Group, mais « Numericable-SFR » : c'est officiellement le nouveau nom du groupe né aujourd'hui du rapprochement des deux opérateurs, un rachat à plus de 13 milliards d'euros formellement bouclé ce jeudi. C'est aussi le nouveau nom, à partir de ce soir, de l'action cotée en Bourse, valorisée près de 13 milliards d'euros - soit plus qu'Iliad, la maison-mère de Free (11,4 milliards) et le groupe Bouygues dans sa totalité (10,2 milliards). De quoi prétendre au CAC 40 si la liquidité des titres était suffisante.

Le câblo-opérateur ne valait que 6,4 milliards d'euros il y a un mois avant l'opération et 3,2 milliards il y a un an pour son introduction ! Numericable a tenu une assemblée générale extraordinaire express ce matin afin de se rebaptiser et de nommer de nouveaux administrateurs, Patrick Drahi, le magnat du câble à l'origine de cette concentration fixe-mobile, deux représentants de Vivendi, qui conservera 20% du nouvel ensemble, Colette Neuville, la présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), Angélique Benetti (directrice des contenus chez Numericable) et Jean-Michel Hégésippe, le patron d'Outremer Telecom.


« Par le rapprochement de SFR et de Numericable, nous créons aujourd'hui le champion français du Très Haut Débit et de la convergence fixe-mobile, une tendance sectorielle qui se confirme partout en Europe et dans le monde » a commenté Patrick Drahi dans un communiqué.

La moitié du comité de direction de SFR à son tour remercié

Une page se tourne pour les deux groupes télécoms et une autre va s'écrire, sans une partie des grandes figures de SFR : non seulement le comité exécutif de SFR a été complètement décapité et remplacé par les dirigeants de Numericable mais la majorité des membres du comité de direction est partie ce jeudi soir.

« 50 personnes partent ce soir avec leur carton, c'est tout le « Co Dir » qui est dégagé » glisse une source proche de l'opérateur. « C'est plutôt 25 personnes, les N-1 uniquement » nuance une source interne.

Par exemple, le directeur de la communication Julien Villeret est l'un des partants... et rebondira dès lundi à la direction de la com' d'EDF, appelé par Jean-Bernard Lévy, l'ex-patron de Vivendi, lui-même nommé mardi à la tête de l'électricien. « Les pots de départ s'enchaînent ces derniers jours » raconte un proche du groupe. Les dirigeants remerciés le seraient dans l'ensemble « de façon rapide, parfois un peu abrupte, mais correcte et très cordiale, sans mettre en cause les compétences des personnes » confie un interne.

La plus grosse fusion de l'année en France

La décision d'autorisation de cette acquisition, qui a tenu en haleine le secteur en début d'année pendant les mois de bataille avec Bouygues Telecom, a d'ailleurs été formellement publiée par l'Autorité de la Concurrence aujourd'hui.

« C'est la plus grosse opération de concentration de l'année » en France, relève Bruno Lasserre, le président de l'Autorité ce jeudi.

Le gendarme de la concurrence a dévoilé les détails de ce feu vert sous conditions donné fin octobre et a également annoncé ce jeudi l'autorisation, sans nouveaux engagements, du rachat de Virgin Mobile par le même Numericable pour 325 millions d'euros. Il estime que le gain en parts de marché dans le mobile est modeste (la part de Virgin est inférieure à 3%) et que les engagements pris dans le cadre de l'acquisition de SFR, notamment l'accès au réseau très haut débit en marque blanche suffisent à garantir que les (rares) MVNO qui restent (comme EI Telecom sous les marques Credit Mutuel ou NRJ) puissent eux-mêmes lancer des offres compétitives « quadruple-play » couplant fixe et mobile.

Alors que le directeur général d'Altice, l'actionnaire principal de Numericable-SFR, a déclaré la semaine dernière se considérer comme « l'acheteur naturel de Bouygues Telecom », Bruno Lasserre a tempéré en confiant qu'il n'avait « été approché, sondé par personne, ni Altice, ni Numericable, ni Bouygues Telecom » à ce sujet. « Ni Free non plus » a-t-il même observé. Si un tel dossier (Numericable + Bouygues) venait à être déposé, « l'Autorité de la Concurrence serait extrêmement attentive à la puissance du nouvel ensemble » a-t-il répondu, en pesant ses mots.

Ne pas geler les déploiements de la fibre

Sur le plan technique, le gendarme de la concurrence a veillé à ce que Bouygues Telecom ne soit pas pénalisé dans la fibre optique: concernant l'accord de cofinancement qu'il avait signé avec SFR, les Sages ont imposé au câblo-opérateur des délais précis pour le déploiement « vertical » dans les immeubles (le raccordement final des abonnés ou «adduction »), dans les deux ans là où la fibre est déjà installée en pied d'immeuble, et dans les trois mois suivant la pose de la fibre dans les autres zones.

Quant au "Yalta" négocié entre SFR et Orange pour l'installation de la fibre en zones moins denses, l'Autorité de la concurrence a veillé à ce que le câblo ne gèle pas les déploiements de son concurrent, ou des collectivités : il lui a laissé six mois pour négocier avec Orange des échanges de zones, typiquement en région déjà câblée, ou bien Numericable-SFR perdra son exclusivité sur ses zones. Autre engagement pris par le câblo-opérateur : la vente de l'activité mobile d'Outremer Telecom à la Réunion et à Mayotte, qui doit intervenir dans les plus brefs délais. Free aurait manifesté son intérêt, ainsi que le FAI réunionais Zeop de la famille Goulamaly.

Un nouveau-né lesté d'une forte dette


Un peu d'argent frais bienvenu, même si le montant devrait être modeste (estimé à environ 200 millions) : « Patrick Drahi a su lever des fonds avec beaucoup de génie, mais cet argent n'est pas à lui, il lui faut le rembourser et pour cela avoir un modèle économique qui permette de tenir la charge de ce remboursement » relève un fin connaisseur du secteur. Concrètement, le câblo a payé 13,3 milliards d'euros en numéraire aujourd'hui à Vivendi, dont 200 millions sont reversés pour participer au rachat de Virgin. Le nouveau-né Numericable-SFR vient au monde lesté d'une dette nette de 11,6 milliards d'euros (essentiellement en obligations), il lui faudra donc générer beaucoup de trésorerie d'exploitation dans les années à venir pour les rembourser.

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Commentaires
a écrit le 28/11/2014 à 10:57 :
Orange j'arrive !
a écrit le 28/11/2014 à 7:14 :
... le dossier Virgin Mobile est pratiquement bouclé puisque l'autorité de la concurrence vient de donner son feu vert, l'année 2014 aura donc été une année de consolidation dans le secteur des télécoms, mais 2015 pourrait voir aussi un renforcement de la consolidation avec le rachat de Bouygues Télécom
a écrit le 28/11/2014 à 6:55 :
Dette monumentale, holding de tête au Pays-bas...sûr que M Drahi crée un " champion français". Il sera champion du non-paiement de L'IS. Augmenté de quelques licenciements, c'est nous qui allons payer tout ça, avec nos augmentations d'impôts !!
Réponse de le 28/11/2014 à 9:39 :
M. Drahi qui est résident Suisse et qui aurait renoncé à sa nationalité française.
On a beaucoup tapé sur Lilianne ou Bernard Arnault mais ni elle ni lui, ni leurs enfants n'ont quitté le pays.
a écrit le 27/11/2014 à 22:29 :
Les salariés pourront téléphoner en 4G pour appeler leur conseiller leur Pôle Emploi et surfer en gros débit (fibre) pour télécharger leur dossier d'indemnisation.

La prochaine mise à jour de fiirmware autorise des plans de licencements massifs compatible 4G+.
On peut pas se contenter de 25 départs. Pour rembourser les milliards, il va falloir shooter bien davantage.

C'est l'ère du licenciement 3.0.
a écrit le 27/11/2014 à 22:25 :
Les salariés pourront téléphoner en 4G pour appeler leur conseiller leur Pôle Emploi et surfer en gros débit (fibre) pour télécharger leur dossier d'indemnisation.

La prochaine mise à jour de fiirmware autorise des plans de licencements massifs compatible 4G+.
On peut pas se contenter de 25 départs. Pour rembourser les milliards, il va falloir shooter bien davantage.

C'est l'ère du licenciement 3.0.
Réponse de le 28/11/2014 à 6:07 :
La bonne rigolade, il va falloir m'expliquer comment ils vont rembourser ce fric avec un Free aux aguets et ses abonnements à 2 Euros. C'est tout bon pour Orange qui en même temps va se délester de 30% de son personnel sous 5 ans.
En plus SFR peut pérorer mais la fusion va générer des frustrations chez ses clients. Les DSI clients SFR vont passer de mauvaises nuits pendant 2, 3 ans.
Ça risque de valdinguer sévère.
Mais c'est une bonne redynamisation du marché des Télécoms. Bon courage à eux.
a écrit le 27/11/2014 à 20:57 :
deja les salariés vont payer une partie de la dette.
a écrit le 27/11/2014 à 19:41 :
dette nette de 11,6 milliards d'euros; qui va payer????
Réponse de le 27/11/2014 à 20:02 :
je pense que toi et moi et les autres paieront non???
Réponse de le 27/11/2014 à 20:15 :
le client

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