Alstom se désengage de la construction navale

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C'est le norvégien Aker qui reprendra 75% de la branche maritime d'Alstom pour 50 millions d'euros, après injection de 350 millions par le groupe industriel français. Après cette opération, Alstom va se recentrer sur ses métiers de transport ferroviaire et de production d'énergie.

C'est officiel: Alstom a confirmé ce matin les informations de La Tribune (lire ci-contre) selon lesquelles le groupe va se désengager de sa branche maritime. C'est le Norvégien Aker, via sa filiale finlandaise Aker Yards, qui reprendra - dans un premier temps - 75% des Chantiers navals de l'Atlantique de Saint-Nazaire et Lorient. Montant de la transaction: 50 millions d'euros. Aker rachètera en 2010 les 25% du capital restants de la nouvelle entité créée à l'occasion, pour un montant qui pourrait aller jusqu'à 125 millions d'euros. Le ministre de l'Economie et des Finances, Thierry Breton, s'est d'ailleurs félicité de l'opération qui "va dans le bon sens", jugeant que cela fera des chantiers navals l'entreprise "la plus performante au monde" dans son secteur.

En attendant, Alstom injectera 350 millions d'euros dans la société, afin de "renforcer sa structure financière et assurer sa croissance". Le groupe industriel français subira en conséquence "une perte maximum de 100 millions d'euros". Sa dette devrait s'alourdir de 300 millions d'euros. L'opération amputera le bénéfice net d'Alstom de 100 millions d'euros sur l'exercice 2005-2006. Désormais, le groupe attend un résultat de 150 millions d'euros au lieu des 250 millions d'euros escomptés jusqu'ici, après une perte colossale de 850 millions sur le précédent exercice.

Le changement de propriétaire ne devrait pas avoir de conséquence "directe" sur l'emploi, Aker ayant pris des engagements à cet égard. Alstom Marine revendique 3.000 employés en direct, dont les emplois ne seront donc pas menacés, et 6.000 en comptant les sous-traitants. Dans le bassin de Saint-Nazaire, le groupe fait travailler directement et indirectement 4.500 salariés. Le ministre délégué à l'Emploi Gérard Larcher a averti sur I-Télévision qu'il serait "très attentif" au maintien de l'activité de construction navale en France. Les syndicats se veulent eux aussi très prudents quant aux conséquences sociales de l'accord (lire ci-contre).

La filiale maritime du groupe industriel a subi de plein fouet la crise du 11 septembre 2001 et l'effondrement du marché des croisières. Ses ventes ont été divisées par deux en deux ans. En 2004, la perte opérationnelle a été de 103 millions d'euros. Pourtant, les Chantiers de l'Atlantique, d'où sont notamment sortis le France et le plus récent Queen Mary 2, ont signé en novembre un contrat historique de plus d'un milliard d'euros pour construire deux paquebots géants, acquis par l'armateur italien MSC.

Aker Yards, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 1,6 milliard d'euros en 2004 et qui emploie 13.000 personnes, possède 13 chantiers navals en Norvège, Finlande, Roumanie, Allemagne et au Brésil. En s'implantant en France, le groupe pourra rationaliser son offre et maintenir ses propositions commerciales. Si le marché est en croissance, la compétition est rude entre les différents acteurs. La production de navires de charges (pétroliers, vraquiers...) est tombée aux mains asiatiques. La fabrication de grands paquebots, marché à forte valeur ajoutée, reste pour l'instant la chasse gardée des Européens, ce qui n'empêche pas une forte compétition. Mais les armateurs comptent sur une croissance exponentielle des très gros bateaux de croisière pour les années à venir.

Après cette cession, que le PDG D'Alstom Patrick Kron cherchait à conclure depuis deux ans, Alstom pourra se concentrer sur ses activités de transport ferroviaire et de production d'énergie. Les analystes mettent en avant ses bonnes positions dans l'énergie, qui représente près de la moitié du chiffre d'affaires, et les TGV. Le Français a enchaîné ces derniers mois des commandes de centrales thermiques à gaz, notamment en Espagne, en Italie et en Allemagne. Au bord de la faillite en 2004, Alstom a renoué avec les profits au premier semestre de son exercice 2005/06, avec un bénéfice net de 136 millions d'euros contre une perte de 242 millions un an plus tôt.

A Paris, ce désengagement d'Alstom est très bien accueilli. Le titre gagne 8,35% à 53,20 euros en fin d'après-midi.

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