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Qui a peur de Citigroup?

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Publié le 18 octobre 2006 à 12:21 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:28

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La rumeur, insistante, veut que le géant bancaire américain ait des visées sur le continent européen. Puissant et riche, il a cependant beaucoup à perdre à se lancer dans une opération hostile.

On ne prête qu'aux riches... Or Citigroup est riche, très riche même. Chaque année, la banque américaine dégage un bénéfice supérieur à 20 milliards de dollars. Cette manne, Citigroup peut désormais l'employer à des acquisitions depuis que la Réserve fédérale a levé les restrictions qu'elle lui imposait. Il n'en fallait pas plus pour relancer les rumeurs. De récurrentes, elle sont devenues insistantes.

La liste des cibles potentielles s'est aussi précisée. Les noms de BNP Paribas, de la Société générale, de l'espagnole BBVA ou encore de la britannique Barclays sont les plus souvent avancés. Et pour cause. Ces quatre établissements disposent de positions solides sur leurs marchés domestiques et sont bien gérés.

Pour Citigroup, tout le problème est là. Quel intérêt pourraient avoir les uns ou les autres à se marier avec un groupe autrement plus puissant qu'eux? L'équation que doit donc résoudre Charles Prince, successeur du mythique Sandy Weill, n'est donc pas simple. Talonné par Bank of America en termes de capitalisation boursière, il sait qu'il doit donner une impulsion nouvelle à sa banque. Ses principaux actionnaires l'attendent sur ce terrain.

Mais une opération de croissance externe supporte de nombreuses contraintes. Beaucoup de schémas, séduisants sur le papier, se heurtent à la dure réalité des faits. Pour qu'une acquisition soit créatrice de valeur, il ne faut pas qu'un petit grain de sable vienne gripper la belle mécanique imaginée par les banquiers d'affaires. Ceux-ci n'ignorent d'ailleurs pas que dans le domaine des services financiers, les "risques d'exécution" constituent le principal obstacle à la réalisation des projets les plus cohérents sur le plan industriel. C'est pourquoi Citigroup aurait beaucoup à perdre à se lancer dans une opération non sollicitée comme l'on dit aujourd'hui. En clair, hostile.

Pour garantir le succès d'une telle aventure, il faudrait tout d'abord contourner l'obstacle des régulateurs nationaux. Sous la pression de Bruxelles, les banques centrales commencent tout juste à se faire à l'idée de fusions transfrontalières en Europe. Seraient-elles pour autant disposées à voir un groupe américain s'emparer d'une banque française, espagnole ou britannique? Pour les deux premiers pays, rien n'est moins sûr.

La deuxième condition touche au management. Prendre le contrôle opérationnel d'une banque demande du temps et du doigté. Toute réticence des dirigeants fait perdre du temps et de l'argent. Sans parler des "talents" qu'une banque prise d'assaut ne manquerait pas de voir partir pour des horizons plus cléments ou plus accueillants.

Aujourd'hui, ce sont les activités de banque d'investissement et de financement qui assurent une grande partie des revenus et des bénéfices d'un établissement bancaire. Dans ces métiers, dire que les effectifs sont très mobiles est un euphémisme. Sans parler des concurrents qui ne manqueraient pas de profiter de la moindre période de déstabilisation.

Enfin, il faut aussi convaincre les actionnaires, donc mettre le prix. S'offrir une banque valant entre 50 et 70 milliards d'euros, ce que Citigroup peut certainement se permettre, c'est accepter de mettre de 75 à 100 milliards de dollars sur la table pour tenir compte de la parité euro/dollar et d'une prime de contrôle oscillant entre 20 et 25%. Bref, le risque est considérable.

Les dirigeants de Citigroup ont donc le choix entre se lancer dans une opération coûteuse et pour tout dire un brin aventureuse, ou continuer de placer leurs pions dans une perspective de long terme sur les marchés émergents (Chine, Inde...) où les taux de croissance de l'économie sont plus attractifs que ceux de la "vieille Europe".

Sauf, bien sûr, à ce que l'une ou l'autre des cibles potentielles accepte l'idée d'un mariage avec "l'ogre" Citigroup. Toutes ont en tout cas intérêt à ce que l'appétit de la banque américaine continue d'exciter les marchés. Pour l'instant, leurs cours s'envolent et pour le même prix elles gardent leur indépendance!

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