La révolution du transport pétrolier aux Etats-Unis

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A l’heure actuelle, le transport maritime d’un port américain a un autre est plus onéreux qu’un transport international du fait du  Jones Act (elle a 94 ans), qui exige de tout navire transportant des biens d’un point à l’autre du territoire national d’avoir été construit aux Etats Unis.
A l’heure actuelle, le transport maritime d’un port américain a un autre est plus onéreux qu’un transport international du fait du Jones Act (elle a 94 ans), qui exige de tout navire transportant des biens d’un point à l’autre du territoire national d’avoir été construit aux Etats Unis. (Crédits : Reuters)
L'huile de schiste pourrait garantir aux Etats-Unis l'indépendance énergétique. Mais implique d'investir davantage sur le transport, et notamment maritime... Explications.

Ainsi que le rappelait régulièrement André Giraud, ministre gaulliste de l'Industrie puis de la Défense, " le pétrole est une matière première qui a un fort contenu diplomatique et militaire, un contenu fiscal important et, accessoirement, un pouvoir calorifique ".

Les Américains ont plus que jamais conscience du rôle fondamental des hydrocarbures dans leur position hégémonique sur la scène mondiale, et la récente envolée de la production domestique dite non conventionnelle (huiles de schiste) laisse augurer d'un pays indépendant sur le plan énergétique d'ici quelques années.

L'exemple de la Californie

 Si les agrégats de production/consommation semblent soutenir une telle thèse, peu d'observateurs en Europe ont relevé le changement de paradigme dans le transport pétrolier qu'une telle modification des flux d'approvisionnements impliquerait. Il suffit à cet égard de prendre l'exemple de l'Etat emblématique de Californie: actuellement, cet état doit importer 1.25 millions de barils par jour, dont 25% en provenance d'Arabie Saoudite, 16% d'Equateur, 15% du Canada et 13% d'Irak.

Si la Californie a été historiquement un producteur important d'hydrocarbures, sa production s'est effondrée de 1.1 millions de barils journaliers en 1986 à seulement 547000 ces jours-ci. L'Alaska, traditionnellement connecté à la Californie par ce lien énergétique, a vu sa production décliner de 2 millions à 500.000 barils journaliers durant la même période.


Pression des lobbys environnementaux

 A rebours de cette évolution, ce sont d'autres régions américaines (qui ne sont pas forcément les plus importants centres de consommation) qui ont profité de l'essor de la nouvelle production non conventionnelle: la Pennsylvanie (Marcellus), le Texas (Permian, Eagle Ford), le Dakota du Nord (Bakken). Il se pose donc la question du transport de ces hydrocarbures vers les deux côtes.

L'échec des Etats Unis dans la construction de nouvelles infrastructures adaptées à son essor économique est ici patent, et pas uniquement pour les routes, ponts, et chemins de fer, car construire de nouveaux pipelines est une vraie gageure aux Etats Unis sur fonds de pression des lobbies environnementaux. A cet égard, il n'existe pas de pipeline entre le Texas et la Californie et l'échec du projet Keystone entre le Texas et le Canada a refroidi les ardeurs des investisseurs dans ce secteur.

 

Le transport maritime américain plus onéreux

Force est de constater que les Américains, avec le génie prométhéen et la foi dans le progrès qu'on leur connait, ne se sont pas laissés entraver par ces obstacles et dès le début de ce renouveau de l'industrie pétrolière, ont misé sur le transport par rail : or cette solution s'avère in fine peu flexible, parfois coûteuse, et potentiellement dangereuse comme en attestent de récents accidents survenus sur leur territoire et au Canada.

La vraie solution ? Le renouveau du transport pétrolier maritime. La route du Texas à la Californie passe par le Canal de Panama, dont l'élargissement, qui devrait être achevé en 2015, offrira une voie d'accès directe aux plus gros tankers pétroliers. A l'heure actuelle, le transport maritime d'un port américain a un autre (ex: Texas- Cote Est ou Cote Ouest) est plus onéreux qu'un transport international du fait d'une loi passablement archaïque, le Jones Act (elle a 94 ans) exigeant de tout navire transportant des biens d'un point à l'autre du territoire national d'avoir été construit aux Etats Unis.

Avec la révolution des huiles de schistes, les pétroliers se sont rués sur les quelques tankers frappés du sceau du Jones Act, construits dans les chantiers navals américains il y a quelques décennies. Un tel tanker coûte en moyenne $100 000 par jour, soit plus que le coût par rail et surtout beaucoup plus qu'un tanker classique circulant dans les eaux internationales.


Un enjeu patriotique ! 

La prochaine étape de la révolution pétrolière américaine réside donc bien dans la possession de ces navires : Kinder Morgan, le plus important opérateur de pipelines aux Etats Unis, ne s'y est pas trompé et vient d'acquérir auprès des fonds Blackstone et Cerberus cinq tankers existant mais surtout quatre en cours de construction (chacun pourra transporter 300000 barils).

La flotte marquée sous le sceau du Jones Act ne comporte que 85 navires, tous réservés à l'heure actuelle. Il y a donc fort à parier que la question des chantiers naval américains et de leur capacité à mettre sur le marché de nouveaux cargos made in USA va être un élément important dans cette course à indépendance énergétique américaine…un enjeu industriel et patriotique comme le Ministre français Arnaud Montebourg en rêverait dans ses utopies les plus débridées!

 

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Commentaires
a écrit le 13/02/2014 à 16:54 :
très bon article
a écrit le 05/02/2014 à 13:31 :
Effare par les erreurs de la premiere phrase : s'il y a expansion ce sont des hydrocarbures (gaz+petrole) non conventionnels (gaz de roche-mere, grisou et schiste) et non pas seulement de schiste. qui promettent de reduire les importations et non pas de rendre le pays independant, c'est de l'intox.
Le gaz se transporte par gazoduc ou route, peu ou difficilement avec pertes par bateau.
De plus quand on entend juqu'aux plus serieux expert qui nous promettent un plateau de production pour 2017-2020 puis decrue pour 2020-2025, on comprend qu'il est urgent d'attendre, wait and see.
En France, nous avons tres peu de grisou et essentiellement un potentiel a estimer de gaz de schiste (pas de petrole) dont ne sait pas bien le taux de recuperation a attendre. L'exemple polonais qui tourne a la berezina pour tous les explorateurs (gaz profond et couteux a extraire), peut nous mettre sur la voie ... en sachant que au mieux, nous aurions une couverture de 8-10% de notre consommation pendant 10 ans, puis decrue.
Cet argent serait bien plus intelligemment investi dans les economies d'energie, les EnR et le vehicule electrique, ce trio nous donnerai une vraie independance et reequilibrerai notre balance commerciale.
a écrit le 05/02/2014 à 9:30 :
Si les Américains croyaient durablement au pétrole de schistes, ils trouveraient les moyens de construire des pipe-lines.
a écrit le 04/02/2014 à 23:52 :
C'est étonnant que ce qui serait noté totalement inadmissible si c'était la France qui le faisait (on reparlerait du protectionnisme français dans le transport maritime), parait ici presque normal.

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