L’affaire Varin, un sommet de démagogie et d’hypocrisie

 |   |  3615  mots
La retraite chapeau de 21 millions d'euros de Philippe Varin fait des vagues...
La retraite chapeau de 21 millions d'euros de Philippe Varin fait des vagues... (Crédits : reuters.com)
La retraite chapeau de Philippe Varin, un scandale ? Pas pour notre contributeur, Jean-Charles Simon...

En une journée, le 27 novembre, un torrent médiatique s'est abattu sur le président du directoire de PSA, Philippe Varin. Accusé de toutes les indignités, il lui a été enjoint de renoncer à sa retraite chapeau. Dans un consensus à peu près total. Même ceux qui devraient être les hérauts du contrat et du marché estimaient un peu piteusement que toute autre position était "indéfendable" ou "inaudible". Non sans, ultime hypocrisie, saluer le "sens des responsabilités" de Philippe Varin une fois sa décision annoncée…

Pour tous ceux qui ne peuvent se résoudre à ce que le jugement de l'opinion, surtout manipulée au plus haut point, tienne lieu de loi et de vérité, il est nécessaire de revenir aux faits. Rien que les faits.

 

Indemnité de départ, décision cachée, information sur le montant... : revue des amalgames

La retraite chapeau de Philippe Varin chez PSA, puisqu'il s'agit de cela, correspond à un régime qui préexistait à son arrivée dans le groupe. En prenant les commandes de PSA en 2009, Philippe Varin se retrouvait mécaniquement bénéficiaire d'un régime qu'il n'avait pas créé, et pour lequel aucune règle n'aura été modifiée en sa faveur. Les modalités de calcul et d'éligibilité applicables sont rigoureusement les mêmes pour lui et pour l'ensemble des autres cadres qui étaient dans le périmètre concerné à son arrivée.

On est donc à mille lieux de ce qui a pu être dit en quelques heures : il ne s'agissait évidemment pas d'une indemnité de départ, d'une décision nouvelle liée à son remplacement annoncé ou d'un quelconque élément révélé soudainement. Le plus incroyable aura été à ce sujet les commentaires émanant de l'exécutif, osant parler de "décision inappropriée" (quelle "décision" ?) sur laquelle ils allaient "enquêter" !

 

Retraite chapeau ou parachute doré ?

 Alors même que toute l'information à ce sujet était donnée dans le document de référence du groupe, disponible depuis des mois s'agissant du chiffre de 21 millions, et depuis des années à propos du mécanisme et des droits potentiels des dirigeants concernés… S'agissant d'un gouvernement qui prétend avoir la plus grande vigilance sur ce dossier, c'est de la tartufferie ou de l'incompétence, au choix. Ajoutons que PSA était d'ailleurs particulièrement bon élève en matière d'information financière à ce sujet en comparaison de beaucoup d'autres groupes…

En fait, il aura suffi d'un "coup" réussi, celui d'une présentation par un responsable syndical de cette information publique datant de plusieurs mois comme une "nouvelle". Dans le contexte de l'arrivée annoncée de Carlos Tavares pour remplacer Philippe Varin à un horizon assez proche, il n'en fallait pas plus pour que ces 21 millions soient assimilés à un parachute doré ou autre forme d'indemnité de départ.

Un emballement médiatique qui annihile la vérité

 Reprenant sans beaucoup de rigueur cette mise en scène et ce montant faramineux, les médias créaient donc toutes les conditions pour que, dans un processus d'emballement bien connu, les précisions données par la suite soient effectivement "inaudibles". Jugement avait déjà été rendu, et il était donc irréversible…

Sauf que non seulement ce mécanisme n'était en rien une novation des rémunérations et avantages du dirigeant, mais qu'en plus la nature et le montant des sommes concernées n'ont rien à voir avec la présentation de "chèque de départ" qui en a été faite.

Retraites chapeau : une critique infondée de droits aléatoires

Il importe de revenir en détail sur ces fameuses retraites chapeau, vouées aux gémonies par à peu près tous, souvent sans comprendre leur fonctionnement. Car ces régimes n'ont pas grand-chose à voir avec la plupart des autres systèmes de retraite qui nous sont plus familiers. Ce sobriquet de "retraite chapeau", qui vaut en lui-même condamnation, s'applique à des régimes dont la dénomination rigoureuse est "retraites à prestations définies", parfois associée en France au doux nom "d'article 39 ", du nom de la disposition du code général des impôts qui s'y rapporte. Leur principale caractéristique est leur caractère aléatoire, apprécié à ce titre comme beaucoup plus… vertueux que d'autres régimes !

En effet, ces retraites à prestations définies conditionnent l'obtention des droits à l'achèvement de la carrière dans l'entreprise. Les "bénéficiaires" ne le sont donc qu'à titre potentiel, puisque s'ils quittent l'entreprise sans prendre leur retraite dans le même temps, ils perdent intégralement les sommes qui auraient pu leur être versées. Une démission ou un renvoi ne serait-ce que quelques années avant la retraite annihilent donc totalement tout "droit" à ces régimes.

Ceux-ci ont d'ailleurs été le modèle original et longtemps la référence des systèmes de pensions privées, toutes catégories de salariés confondues. C'était un dispositif important de fidélisation, jugé d'autant plus efficace qu'il ne bénéficiait qu'aux collaborateurs encore présents dans l'entreprise à l'orée de leur retraite. Tous ceux qui quittaient l'entreprise plus tôt en étaient privés, ce qui faisait les affaires de leurs employeurs…

 

Des avantages pour l'entreprise et le salarié

Mais dans les pays anglo-saxons où il était pour ainsi dire la règle, ce mécanisme est apparu, surtout à partir des années 1970,  comme un piège économique redoutable pour beaucoup d'entreprises. Celles-ci avaient tendance à surestimer les pertes de droits dus aux départs de leurs collaborateurs en cours de carrière, et à minorer la forte augmentation de l'espérance de vie des bénéficiaires à la retraite. Le sous-provisionnement de ces régimes se révélant parfois insoutenable, leur étoile pâlit et ils furent massivement remplacés par des régimes à cotisations définies et droits certains.

Dans ces régimes, des cotisations de l'entreprise et parfois du salarié viennent alimenter un compte qui lui est définitivement acquis, les sommes étant placées et disponibles à la retraite selon différentes modalités. Avantages pour l'entreprise : les versements sont certains et immédiats, versés au gestionnaire externe du régime sans l'aléa du juste provisionnement de la durée de vie et du nombre des bénéficiaires. 

Quant au salarié, il acquiert des droits à retraite comme s'il avait épargné dans une assurance vie, sans le risque de les perdre en quittant l'entreprise. En enlevant tout risque au bénéficiaire, c'est à montant égal bien plus favorable au bénéficiaire qu'un droit incertain comme le sont les retraites chapeau !

Une fiscalité punitive

Ces dernières ont donc tendance à s'éteindre, en n'accueillant plus d'effectifs importants de nouveaux bénéficiaires, du fait de ces solutions alternatives plus protectrices de toutes les parties. Mais aussi, dans le cas de la France, d'une fiscalité de plus en plus punitive. 

Alors que les retraites à prestations définies avaient longtemps eu un cadre avantageux, celui-ci a été d'abord normalisé au milieu des années 2000, avant d'être l'objet de toutes les surtaxes possibles ultérieurement, en partie à cause de la caricature qui en était faite. Caricature qui s'autoalimentait puisque beaucoup d'entreprises restreignaient progressivement les régimes à prestations définies aux cadres dirigeants au fur et à mesure de cette pénalisation fiscale…

Les prélèvements, des impôts purs

Qu'on en juge : une taxation à la charge des entreprises sur les provisions ou les rentes, au choix (de 24 à 48 % des sommes provisionnées ou versées), avec une incitation à payer dès la constitution de provision malgré l'aléa (et donc la probabilité de payer de l'impôt sur des montants qui ne seront jamais versés !) ; une surtaxe de 30 %, au premier euro, toujours à la charge de l'entreprise, sur les rentes dépassant huit fois le plafond de la sécurité sociale, chose fréquente pour des dirigeants de grands groupes compte tenu de leur rémunération ; un prélèvement atteignant très vite 14 % pour le bénéficiaire en sus de l'application de l'impôt et des contributions sociales sur toute rente… 

Tous ces prélèvements propres aux retraites à prestations définies n'étant d'ailleurs en aucun cas des cotisations sociales, puisqu'ils ne créent aucun droit, mais bien de purs impôts. La loi de finances pour 2013 avait même prévu d'en rajouter une  louche, en portant la taxe spéciale de 14 à 21 %. Mais le Conseil constitutionnel a trouvé qu'en dépassant les 75 % de prélèvements de la rente brute à la charge du bénéficiaire, le taux marginal était un peu trop lourd… Il n'est donc "que" d'un peu plus de 68% !

Au total, ces prélèvements (initiés au passage par des majorités de droite…) conduisent à allouer près de 80 % des sommes concernées aux prélèvements obligatoires dans le cas d'un dirigeant d'un grand groupe… Et encore, s'il en est bien bénéficiaire effectif car il achève sa carrière dans l'entreprise, et si son espérance de vie est bien conforme à celle des tables de mortalité utilisées…

L'information financière et le chiffrage aberrant des retraites chapeau

On arrive ici à l'information donnée par PSA, qui a alimenté la curée médiatique : 21 millions… Pourquoi ont-ils été indiqués et à quoi correspondent-ils ? Il s'agit de la part de la provision correspondant au coût du régime pour l'employeur, en normes comptables IFRS, qui était rattachée à la personne de Philippe Varin.

C'est-à-dire la somme actualisée de tous les paiements probables de l'entreprise pour tous les bénéficiaires potentiels, en tenant compte de leur espérance de vie estimée, donc également de tous les prélèvements dont elle devrait s'acquitter à ce titre sur toute cette durée. Et dont on a retenu la fraction imputable au président du directoire, en fonction de ses "droits" relatifs par rapport à l'ensemble des bénéficiaires, calculés à partir de son ancienneté et de ses rémunérations prises en compte.

Le même calcul ayant été fait pour les autres membres du directoire de PSA et figurant dans le même document de référence publié en mars 2013. Ce qui, ironie du sort, fait de PSA un groupe exemplaire en matière d'information financière sur le sujet en comparaison de ses pairs… - qui, pour la plupart, ont des dispositifs en vigueur tout à fait équivalents. 

Le comble étant que si ce montant de provisions a gonflé pour chaque entreprise au cours des dernières années, alors que les règles de ces régimes restaient inchangées voire étaient révisées à la baisse (comme chez PSA pour les nouveaux entrants !), c'est bien du fait de cette frénésie fiscale, et également de taux d'actualisation qui s'effondraient avec la chute des taux d'intérêt.

Morale et rémunération des dirigeants

Bien sûr, après la phase de désinformation sur le sujet, l'argument d'autorité aura été de balayer les faits précisés en invoquant « l'indécence » de la somme au regard de la situation de PSA. Avec des objections lapidaires. Ce n'était pas une décision nouvelle, mais un élément du contrat au moment du recrutement ? Aucune importance.

Ce n'était donc pas 21 millions garantis, tout de suite et en une fois, mais une somme potentielle, de trois fois moins et sur plus de 20 ans ? Peu importe ! Mais alors, s'il s'agit de mettre en regard ce sujet avec la situation des salariés de l'entreprise touchés par ses difficultés au cours des dernières années, quel serait le montant acceptable ? Selon quelles règles ou quelle morale ? A quel niveau de performances de l'entreprise faut-il s'en préoccuper ?

Il n'y a aucune bonne réponse à ces questions. Parce qu'un tel rapprochement entre morale et rémunération du dirigeant est fallacieux. Qu'en difficulté ou pas, un grand groupe doit recruter ses dirigeants, et que cela a un prix. Que ce n'est évidemment pas un arbitrage entre rémunération des dirigeants d'un côté et plan social ou même évolution des salaires de l'autre, surtout dans des groupes de cette taille. Que les "packages" proposés sont d'abord une négociation entre les actionnaires ou leurs représentants et les dirigeants qu'ils recherchent.

Que du point de vue de leur propre intérêt, les actionnaires n'ont aucune raison de faire des cadeaux à ces dirigeants, et que dans un groupe contrôlé comme PSA, ils gèrent évidemment en direct ces recrutements. Que même en crise, voire surtout en crise, il n'y a pas beaucoup de candidats qui feraient les affaires des actionnaires, vis-à-vis des marchés ou encore des clients et fournisseurs d'un tel groupe, à un prix bien différent - ce devrait à nouveau être le cas du successeur annoncé...

Que l'on peut d'ailleurs s'en rendre compte dans tous les groupes de même taille, en France et chez nos voisins, où ils sont au moins et souvent même mieux payés. Que les dirigeants "chassés" par les recruteurs ont différentes options, dans d'autres grands groupes, mais également dans des fonctions très discrètes au moins aussi bien rémunérées, comme banquier d'affaires, conseil, etc. *

Que s'en tenir à la seule situation économique absolue d'un groupe pour juger de la pertinence d'une rémunération n'a guère de sens : il est certainement plus difficile d'éviter la disparition d'une entreprise plongée dans les affres de difficultés sectorielles ou spécifiques majeures que de maintenir toute juste à flots une autre qui était sur une tendance très favorable. Et en l'occurrence, tout ce qui était variable a été annulé pour les principaux dirigeants de PSA à compter de 2011 - d'autres groupes fragilisés n'ayant pas eu la même politique.

PSA et l'Etat

Reste l'argument de l'intervention de l'Etat. A ce jour, celui-ci a seulement donné sa garantie aux activités financières du constructeur. On pourrait observer qu'il est intervenu dans d'autres entreprises (par exemple dans le secteur bancaire), et parfois plus directement, sans pour autant remettre en cause les éléments préexistants des contrats des dirigeants. Mais de deux choses l'une. Si l'Etat est un actionnaire, prêteur et garant responsable, il a toute latitude, dans la négociation de ses interventions, pour les conditionner aux évolutions des rémunérations, du statut ou même du choix des dirigeants.

Après tout, n'importe quel investisseur, depuis la start-up jusqu'à une multinationale en  pleine fusion-acquisition, va s'intéresser précisément à ces questions. Et ici, tout était public ! L'Etat pouvait à loisir demander le changement des conditions contractuelles préexistantes, pour le principal dirigeant (comme pour les autres membres du directoire…).

Or il semble qu'il s'en soit très bien accommodé jusqu'à la crise du 27 novembre. Et depuis, on n'a pas vu qu'il demande quoi que ce soit s'agissant des autres dirigeants du groupe dont les provisions pour retraite chapeau peuvent dépasser les 10 millions d'euros par personne, ni qu'il expose ses conditions pour les rémunérations du successeur. Qui, a priori, devrait être mécaniquement éligible au régime de retraite chapeau incriminé (dans sa version modifiée en 2010) dès son entrée dans le groupe…

Plus d'autorégulation pour éviter la loi : l'échec patent de la stratégie patronale

Enfin, le patronat a essayé de (se) convaincre que l'autorégulation avait fonctionné dans cette affaire. Alors que c'est évidemment le déchaînement médiatique qui a été le seul maître du cours des événements. Sinon, quelle extraordinaire coïncidence pour un sujet tout à fait public depuis des mois, les documents de référence étant analysés chaque année par l'Afep et le Medef (et par l'AMF…). Si l'autorégulation recommandait cette solution comme il a été prétendu a posteriori, alors on imagine qu'elle demande la même remise en cause pour les autres mandataires sociaux du groupe. Et de quelques autres qui ne vont guère mieux ou procèdent à des ajustements d'effectifs équivalents… Rien de tout ça, naturellement. Ce qui est bien normal.

 Longtemps, le code Afep-Medef a eu un double objectif. Le premier, officiel, donner le meilleur cadre de gouvernance aux sociétés cotées afin que les actionnaires et les marchés disposent des informations et des procédures leur permettant d'exercer au mieux leurs prérogatives, directement ou par l'intermédiaire des organes d'administration ou de surveillance. Creusant au passage un fossé de plus en plus important entre sociétés cotées mises à nu et hyper réglementées, et toutes les autres activités évoluant dans une opacité beaucoup plus confortable, qu'il s'agisse du non coté et des activités libérales.

 
Comparons ce qui est comparable ! 

Et ce code avait un second but, moins explicite : éviter que la législation ne s'empare trop de ces sujets. Un pari de plus en plus perdant, au moins sur le terrain de l'opinion, mais aussi sur celui de la sécurité juridique. Sous la pression du politique notamment, le code de place a ajouté des dispositions de plus en plus périlleuses pour les entreprises concernées, les contraignant par exemple à donner une information parfois trompeuse… comme c'est justement le cas des retraites chapeau !

Sont ainsi comparées dans des mêmes tables des rémunérations brutes acquises et immédiates et des provisions d'engagements conditionnels sur plusieurs décennies intégrant les charges patronales. De quoi conduire à tous les amalgames. Et sans éviter la fuite en avant, toujours pour échapper à la loi. A partir de 2009, en pleine crise, est ainsi créé par l'Afep et le Medef un "comité des sages" qui doit, déjà, veiller aux conflits entre situations économiques et rémunérations des dirigeants.


Retour de la menace d'une nouvelle législation

 Au printemps 2013, le dispositif est pérennisé et renforcé avec un "haut comité" compétent sur ces sujets. De simples préconisations techniques, le dispositif du code de place se mue en ordre professionnel corporatiste devant convoquer la morale et stigmatiser les mauvais élèves… Ce qu'il ne sait ni ne peut évidemment faire, surtout quand le droit et les dispositions mêmes du code sont respectées comme c'était le cas. L'autorégulation est alors critiquée pour son inertie jusqu'à la crise - rien n'avait été fait ou dit avant ce fameux 27 novembre…

Et bien sûr, revient alors la menace d'une nouvelle législation, donc la pression pour durcir le dispositif d'autorégulation afin d'échapper à la loi, etc. Alors même qu'au-delà des rodomontades de quelques politiques, la loi ne pourrait aller beaucoup plus loin que les dispositions en vigueur, étant limitée par les principes constitutionnels, la nécessité d'une certaine harmonisation européenne et, on l'espère, un reste de préoccupation de l'attractivité du pays pour la localisation des centres de décision.

 

Les grands groupes et leurs dirigeants stigmatisés

Au lieu de cela, les grands groupes et leurs représentants sont toujours plus stigmatisés. Non seulement ils sont accusés par leurs détracteurs des pires turpitudes s'agissant des rémunérations de leurs dirigeants. Mais en plus, ils sont dénoncés pour leur complaisance à l'égard de leurs pairs puisqu'ils n'avaient rien dit en amont des scandales, alors même qu'ils prétendent pouvoir les éviter et avoir tous les outils pour être irréprochables.

Si elles échappent provisoirement à des dispositions légales plus coercitives, les grandes entreprises, outre leur défaite régulière dans l'opinion sur ces questions, placent leurs dirigeants dans la plus grande insécurité juridique. Suivre les règles du code est sans grande importance puisqu'à la première tempête médiatique venue, seule l'émotion gouvernera. Si elles font le bilan sincère de la situation, les organisations patronales devraient abandonner la stratégie poursuivie ces dernières années.

Et s'en tenir à proposer un cadre indicatif des meilleures pratiques de gouvernance et d'information des sociétés cotées, en récusant toute responsabilité et pouvoir de "police" dans leurs rangs. En plaçant le législateur face à ses responsabilités, elles éviteraient ainsi d'alimenter la confusion qui règne sur l'ensemble de ces sujets et pourraient renvoyer vers la loi les critiques qui les accusent aujourd'hui.

Epilogue

Au final, une telle affaire révèle d'abord l'ampleur de la confusion sur les responsabilités et les prises de décision dans des grandes entreprises ; sur les rôles respectifs des actionnaires, de leurs représentants et des dirigeants qu'ils choisissent ; sur les dispositions d'un contrat et ce qui y est ajouté ; sur les rémunérations dans les grandes entreprises, en France et à l'étranger, mais aussi dans d'autres métiers, et la manière dont elles s'établissent ; sur la morale privée et la rationalité économique…

Et elle apporte son lot d'effets pervers, à commencer par la préférence qui va être donnée aux paiements certains et immédiats (à l'exemple des "golden hellos") plutôt qu'à des rémunérations conditionnelles et étalées. Ou encore l'incitation à bien d'autres stratégies d'évitement, comme la tentation de l'expatriation complète ou partielle, la recherche d'une sortie du marché pour le confort du non coté, l'attractivité de professions plus discrètes et peu régulées… Les indignations irrationnelles ont cette caractéristique commune : elles conduisent souvent à pire que ce qu'elles croyaient dénoncer.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/12/2013 à 14:03 :
J'admire les donneurs de leçon qui n'ont pas essayé, même une seconde, d'être "patron", ne serait-ce qu'en qualité d'auto entrepreneur;

Pas de sommeil, pas de famille ni de we, pas de vie, portable ouvert, journée de 35 heure, on bosse à table, en voiture etc....

Les efforts de Varin n'ont pas été couronnés de succès mais comme se sont les mêmes qui, du fond de leur fauteuil lapident aussi ceux qui réussissent, ce n'es pas grave
a écrit le 08/12/2013 à 11:11 :
Au vu des commentaires des lecteurs, il est désespérant De voir que peux de gens comprennent la problématique qui pourtant est fort bien expliqué dans ce remarquable article. Nous sommes imprégné d'idées marxistes et le resterons encore longtemps. Il devient urgent de fermer nos frontières et de mettre en place un régime égalitaire type Corée du Nord.
a écrit le 06/12/2013 à 10:44 :
Évidement cela peut paraître choquant de pareils dispositifs pour le citoyen lambda. Mais c'est monnaie courante dans les affaires. Mais c'est la vie et la vie n'est pas juste. Welcome to life!
a écrit le 06/12/2013 à 7:54 :
Il fallait rappeler tout ça! Incroyable attitude du gouvernement, c'est clair.
a écrit le 06/12/2013 à 0:47 :
En lisant cet article, j'ai l'impression que son auteur vit sur une autre planète.
On a vraiment envie de pleurer sur le sort de M. VARIN.

Il faudrait juste qu'il réfléchisse qu'"il est inadmissible qu'un dirigeant puisse après 4 ans seulement, et après avoir totalement échoué, toucher une retraite net de 9 millions d'euros.
Il ne peut pas y avoir de prime sur un tel échec.
a écrit le 05/12/2013 à 18:33 :
Bien sur l article ne défend pas les parachutes dorés et autres trouvailles, mais nous fait savoir que tout cela était ecrit donc connu et que si le personnel politique ne s était pas émus c est qu il l approuvait . iIl n y a qu a voir les circonvolutions oratoires de Mr Moscovici pour refuser de légiférer.
a écrit le 05/12/2013 à 17:38 :
La majorité des commentaires sont hors sujet ou alors les commentateurs n'ont pas lu l'article en entier.
Le but de l'article explique un certain nombre d'éléments factuels qui n'ont pas été détaillés dans les médias.
Le but premier n'en était pas d'apporter un jugement de valeur, même s'il peut transparaître à travers le texte.
Réponse de le 05/12/2013 à 18:39 :
Bien sur ce n est pas un article pour défendre les parachutes et autres trouvailles , mais pour faire savoir que tout cela était écrit , donc connu de tout le personnel politique et si le législateur n est pas intervenu c est qu une connivence était sous jacente.
a écrit le 05/12/2013 à 16:55 :
Vous êtes fou. Il a couté 20 millions en plus de son salaire pour 4 ans de travail. On comprend mieux que PSA aille dans le mur si personne n'a été capable de calculer qu'on lui versait 1 millions de salaire, mais quatre fois plus. Et personne ne l'a vu ? Il faut virer tous les membres du comité de rémunération et leur apprendre à mieux faire leur boulot...
Réponse de le 17/12/2013 à 11:04 :
Visiblement, vous n'avez même pas lu cet article...
a écrit le 05/12/2013 à 16:41 :
Le grand perdant avec la renonciation de M VARIN à sa retraite chapeau est l'ETAT. Sur un net perçu de 300 000 € par an, M VARIN aurait du payer environ 68 % d'IR / PVTS Sociaux, soit en définitive un reste acquis net pour lui de 8000 € par mois. Sur les 21 000 000 provisionnés, l'ETAT aurait en définitive perçu 19 000 000 € . L'abandon fait en revanchere gagner à l'ETAT l'IS sur la somme non dépensée, si les pertes reportables ne viennent pas tout compenser et cela est loin de faire le compte!!
Ce que PSA et M VARIN ne paieront pas , les autres contribuables y pourvoierontt.....
a écrit le 05/12/2013 à 16:32 :
les libéraux sont aux pouvoir grace à une habile manipulation de l'opinion depuis des décennies, un petit retour de baton, ca ne fait pas de mal
a écrit le 05/12/2013 à 14:20 :
Que de temps perdu pour défendre l'indéfendable ! Pas besoin de 50000 mots pour exposer votre morale douteuse : vous êtes pour les retraites chapeau. ok. Quel est votre emploi, Mr Jean-Charles Simon ?
a écrit le 05/12/2013 à 13:58 :
Merci pour cet article qui dénonce la folie collective des médias et des politiques.
Il s'agit ici d'un sujet particulier, mais le comportement est généralisé lorsque l'ignorance et l'motion feinte ou orchestrée le disputent au bon sens, à la vérité et au droit.
a écrit le 05/12/2013 à 13:53 :
Toucher 9 millions d'euros net en plus de sa retraite officielle après simplement 4 ans de présence qui se sont soldés par un échec complet est totalement lamentable.
Que vont penser les salariés licenciés ?
Et quelle est la justification économique? Cet argent serait mieux utilisé à permettre à Peugeot de redresser la pente, plutôt qu'enrichir un incapable.
Manifestement, les compétences n'ont rien à voir avec le revenu, et certains trouvent cela normal. Et c'est de la démagogie de penser l'inverse...

Et après que ce genre de personnes trouvent inacceptables des hausses du SMIC de quelques euros par mois ?
Le genre d'argumentaire
a écrit le 05/12/2013 à 12:24 :
C'est ce qui s'appelle noyer le poisson ! Une entreprise n'a pas à continuer de payer une personne qui est partie, quel que soit l'emballage dudit paiement. Ou bien il faut généraliser le dispositif à tous les salariés...
a écrit le 05/12/2013 à 11:18 :
Pas très convaincants tous ces arguments...
a écrit le 05/12/2013 à 10:10 :
Étrange justification de l'indécence ordinaire des plus hautes rémunérations alors même que celles-ci n'ont aucune rationalité économique, tant il est patent que la situation générale empire à la même vitesse que les revenus des plus riches augmentent. Toutes les théories du ruissèlement sont fausses. Quand les riches s'enrichissent, il ne se passe rien d'autre pour le reste de la société que l'enrichissement des plus riches. Il n'y a aucun effet positif, comme l'a amplement démontré Stieglitz. Pas de chance pour M. Varrin que cela commence par lui, mais le grand ratiboisement des trop riches est une nécessité urgente, sur le plan éthique mais aussi économique, dans la mesure où les inégalités ont depuis longtemps dépassé le seuil où au lieu d'être un encouragement, elles deviennent dysfonctionnelles pour le système.
a écrit le 05/12/2013 à 10:10 :
Étrange justification de l'indécence ordinaire des plus hautes rémunérations alors même que celles-ci n'ont aucune rationalité économique, tant il est patent que la situation générale empire à la même vitesse que les revenus des plus riches augmentent. Toutes les théories du ruissèlement sont fausses. Quand les riches s'enrichissent, il ne se passe rien d'autre pour le reste de la société que l'enrichissement des plus riches. Il n'y a aucun effet positif, comme l'a amplement démontré Stieglitz. Pas de chance pour M. Varrin que cela commence par lui, mais le grand ratiboisement des trop riches est une nécessité urgente, sur le plan éthique mais aussi économique, dans la mesure où les inégalités ont depuis longtemps dépassé le seuil où au lieu d'être un encouragement, elles deviennent dysfonctionnelles pour le système.
a écrit le 05/12/2013 à 10:09 :
Article un peu trop intelligent, détaillé, et mesuré , eu égard à l'information donnée par les Média (là comme ailleurs )! et comme le dit jean Charles Simon, de toute façon le jugement avait déjà été donné par le consensus unanime, si on peut ainsi s'exprimer ! Car la grande crainte de tous les faiseurs d'opinion et des politiques c'est d'avoir un temps de retard sur les cris de la meute ..Surtout quand il s'agit d'excommunier moralement un riche .. C'est si bien vu , même par les détracteurs habituels du Populisme ..
a écrit le 05/12/2013 à 9:26 :
un article courageux qui rétablit la vérité.
parler d'indemnité de départ pour une provision couvrant une prestation de retraite jusqu'au décès est une affirmation malhonnête.
il est tellement facile de s'indigner de ce qui se passe chez les autres, la France est vraiment devenue miserable
Réponse de le 05/12/2013 à 9:51 :
Ca se passe en France et l altération de compréhension entre provision et indemnité n enlève rien à la disproportion de traitement entre un dirigeant et les employés . PSA as t il passé provision pour les retraites complémentaires de ses employés. Certainement pas.......
a écrit le 04/12/2013 à 20:48 :
J'espère que vous allez faire le même effort de démonstration (je ne connaissais rien de ce qui s'est dit sur la retraite de ce monsieur et je m'en fous comme de l'an 40) pour justifier la misère dans laquelle vivent pas mal des retraités que je connais (misère grandissante)... Y compris de grand nom du cinéma (industrie en or s'il en est)...
a écrit le 04/12/2013 à 19:50 :
équerant et méprisant pour le bas peuple qu'on ponctionnes comme un citrons 'la plupart on en un an le salaire d'une vie de w
a écrit le 04/12/2013 à 19:06 :
Si M. Varin n'a pas de responsabilités dans la situation économique de PSA, pourquoi un tel niveau de rémunération? Si la logique libérale est bien telle que je la comprends, c'est à dire : si l'entreprise prospère = rémunération des dirigeants et profits des actionnaires sans limite, alors la réciproque doit être vrai. On ne peut imputer indéfiniment les échecs économiques aux employés et les réussites aux dirigeants!!!! C'est la lutte ... ;)
a écrit le 04/12/2013 à 19:05 :
Heureusement que Moscovici veille sinon on aurait une loi sur les salaires des grands patrons . Salaires qui se votent entre amis et rarement contredits, sauf cas isolés, mais c est un monde ou on ne crache pas dans la soupe donc une omerta de bon aloi règne entre gens de bon compagnie hors lutte intestine bien sur.
a écrit le 04/12/2013 à 18:24 :
Enfin une analyse intelligente et argumentée de cet épisode navrant
a écrit le 04/12/2013 à 18:17 :
J'ajoute 2 choses:
la condamnation de la gestion de Mr Varin alors que contrairement à Renault, PSA a conservé prés de 80000 salariés en France et que la conjoncture dans le secteur n'est pas de sa responsabilité.
Les sommes en question représentent de l'ordre de 300000 euros par an, soit 25000 euros par mois. Nous venons d'apprendre que c'est le montant des revenus de Mr Cyril Hanouna. Peut-on comparer leurs niveau de responsabilités respectif ?
a écrit le 04/12/2013 à 18:17 :
J'ajoute 2 choses:
la condamnation de la gestion de Mr Varin alors que contrairement à Renault, PSA a conservé prés de 80000 salariés en France et que la conjoncture dans le secteur n'est pas de sa responsabilité.
Les sommes en question représentent de l'ordre de 300000 euros par an, soit 25000 euros par mois. Nous venons d'apprendre que c'est le montant des revenus de Mr Cyril Hanouna. Peut-on comparer leurs niveau de responsabilités respectif ?
a écrit le 04/12/2013 à 18:10 :
"De la communication social non maîtrisée" ou "comment le gouvernement vient annihiler le droit contractuel français"
a écrit le 04/12/2013 à 17:51 :
Les arguments (1) « on ne modifie pas un contrat en cours de route » ou bien (2) « des packs pour attirer des talents » ou encore (3) « décorreler la rémunération du dirigeant de l’état de l’entreprise à un instant t» sont valables pour le secteur privé mais aussi le secteur publique. Or que constate-t-on dans ce dernier cas ? on avance le fait que les finances publiques soient dans le rouge (et la décorrélation rémunération/etat des finances ?) pour geler le point d’indice ou s’en prendre à la sécurité de l’emploi (et donc changer les termes du contrat pour lequel on a signé ?), et on veut des centraliens, des agrégés et des docteurs payés au raz des pâquerettes (et les packs pour attirer et conserver les talents alors ?).
Ceci n’est pas une digression, mais je retourne votre analyse libérale – fort juste au demeurant – contre la vision anti-fonctionnaire primaire. Mr Varin subit simplement le lynchage que subit le (haut)fonctionnaire lambda.
a écrit le 04/12/2013 à 16:41 :
salmigondis et charabias pour justifier l'absolue indécence d'une situation injustifiable par des psueudos journalistes en économie. Question philo : Morale ou droit (privé), vous avez 2 heures...
a écrit le 04/12/2013 à 16:34 :
Les français adorent leur argent et leurs avantages.......mais détestent l'argent et les avantages des autres
Réponse de le 05/12/2013 à 13:41 :
l'argent doit rester à place, être un moyen et non une fin. libéralisme ravageur et criminel

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :