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"Nous sommes davantage prêts que d'autres à bouger. Parce que nous avons anticipé."

Propos recueillis par Guenaëlle Le Solleu et Bruno Segré

Publié le 05 mars 2009 à 03:38 - Mis à jour le 05 mars 2009 à 03:39

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Pour le président et le directeur général de Crédit Agricole SA, la résistance et le dynamisme de leur modèle font la différence face à la crise.

Quelles conclusions tirez vous de vos résultats 2008 ?

Georges Pauget: Ils montrent que notre modèle est résistant et dynamique. Surtout, les initiatives prises en 2008 et début 2009 ont anticipé sur les transformations du système financier. Nous avons enregistré une croissance de notre activité commerciale et amélioré notre compétitivité. Nous avons aussi maîtrisé nos charges et réduit notre profil de risque, avec une gestion très dynamique de notre portefeuille de crédits. Certes nous avons enregistré une montée du coût du risque, mais elle est du même ordre de grandeur que les autres établissements. S'agissant du profil de risque, nous avons pris les problèmes à bras le corps, qu'il s'agisse de Calyon ou Emporiki.

Par ailleurs, s'agissant des actifs toxiques, nous avons, dans le cadre de la possibilité donnée par le régulateur, transféré 12 milliards d'euros d'actifs toxiques, ce qui a eu un effet positif sur notre résultat de 498 millions d'euros. Enfin, dans les métiers où il y aura des concentrations, nous avons été proactifs. Le lancement de Newedge, la constitution de Crédit Agricole Assurances et la création de CA Consumer Finance ou encore nos récentes annonces dans la gestion d'actif avec SGAM et la conservation de titres avec Caceis en témoignent.

René Carron : Ces résultats, nous les devons à la mobilisation de nos 164000 collaborateurs et au soutien de nos actionnaires. Dans un contexte difficile, on demande beaucoup aux banques et à ceux qui, au quotidien, se mobilisent au service du financement de l'économie.

Quel est le sens de l'opération avec SGAM ?

G.P : CAAM SGAM se positionne au neuvième rang mondial. C'est un rang exceptionnel pour une banque. Cela nous place dans une position très favorable avec une offre en euro, en yen, en dollar. Une fois mis en place, il faudra 18 mois pour stabiliser ce nouvel ensemble. On va d'abord faire en sorte que cette plateforme soit efficace. Ce qui la rendra attractive. Il existe un certain nombre de banques qui n'auront plus la taille critique dans l'asset management. Elles auront besoin d'un opérateur avec un savoir faire bancaire, dans une très forte intimité avec les réseaux bancaires.

Et pourquoi après avoir enclenché le même processus avec Natixis dans la conservation de titres, préférez vous vous retrouver seul pilote à bord de Caceis ?

G.P. Nous risquions de nous retrouver avec des acteurs qui ne partageaient pas notre vision du métier. Dans ces conditions mieux vaut être seul que mal accompagné. D'autant que l'opération est relutive instantanément. A l'occasion du rachat des parts de Natixis nous faisons un réemploi intelligent de fonds et consolidons industriellement.

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Quel a été l'effet de la réduction du profil de risque pour Calyon ?

G .P : Nous avons enregistré quelques dépréciations, mais nous n'avons pas eu d'impact négatif au quatrième trimestre ou nous sommes quasiment à l'équilibre car nous avions changé notre profil de risque auparavant. Nous observons que les métiers sur lesquels nous nous sommes recentrés (financement et certaines activités de marché) ont compensé les activités en extinction et les dépréciations. Le plan a été mis en ?uvre avec rapidité et volontarisme et produit ses effets. Calyon est en état de marche.

Estimez vous avoir répondu aux attentes de vos actionnaires et de vos clients après vos engagements de l'augmentation de capital ?

R.C : Notre culture, notre organisation font que l'on ne travestit la réalité. Dès que l'on a eu des difficultés, nous les avons annoncées. On a pris conscience d'une crise forte, et avons fait passer le message que ce ne serait pas facile. Cela fait qu'aujourdh'ui, nous sommes davantage prêts que d'autres à bouger. Parce que nous avons anticipé. S'agissant des actionnaires, je souligne que si il a été reproché aux mutualistes de ne pas avoir assez distribué, aujourd'hui nous allons proposer de distribuer 98% de notre résultat en cash ou en actions. Les Caisses Régionales ayant décidé de souscrire à ces actions, cela viendra renforcer nos fonds propres à hauteur de 55% du résultat. S'agissant des clients, nous faisons un suivi particulier de chaque entreprise, pour les aider à traverser la crise. Cette proximité est une forme de corresponsabilité avec notre environnement. Nous faisons partie des banques qui veulent être des acteurs de leur environnement : nous ne sommes pas de passage.

Si vous distribuez 98% de vos bénéfices, c'est que vous n'avez contrairement à vos concurrents en définitive plus besoin du soutien financier de l'Etat ?

R.C : Nous sommes l'un des acteurs européens les plus solides financièrement. Demander à nouveau à l'Etat son soutien financier dans le cadre la seconde tranche de son plan d'aide aux banques ne se justifie pas. Surtout avec le coût que représente cette aide.

Quels sont vos pronostics sur la crise ?

G.P : Nous sommes dans la trajectoire d'une crise qui va durer vraisemblablement en 2009 et 2010. En tout cas le groupe est prêt pour ce type de scénario. Mais il existe une réelle difficulté à apprécier la profondeur de la crise. Ce n'est que si les problématiques bancaires aux USA sont réglées plus vite que l'on peut imaginer que cette crise bancaire prenne fin plus rapidement. Il faudra plusieurs mois ensuite pour que les banques refonctionnent normalement ».
Quelles sont les leçons à tirer de la crise ?

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  • Crédit Agricole : la chute des résultats annuels sanctionnée

R.C : La finance n'a fait qu'amplifier une crise profonde née aux Etats-Unis. Le capitalisme voit ses propres limites dans ses propres excès. On y est arrivé par manque de discipline, manque de respect des règles. Les garde fous réglementaires sont tombés. Aujourd'hui, si l'on n'arrive pas à trouver une harmonie entre les régulateurs et les superviseurs des différents pays, si l'on ne peut aboutir à des normes comptables et des ratios de solvabilité communs, alors la globalisation butera sur ces obstacles. Si l'on ne veut pas une nouvelle crise de même nature dans dix ans, alors il faut prendre des décisions maintenant.

Propos recueillis par Guenaëlle Le Solleu et Bruno Segré

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