BNP Paribas : l’impact des taux bas sur la banque de détail, tout sauf une vue de l'esprit

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BNP Paribas a dégagé un bénéfice net stable (+0,2%), à 2,56 milliards d'euros, au deuxième trimestre 2016.
BNP Paribas a dégagé un bénéfice net stable (+0,2%), à 2,56 milliards d'euros, au deuxième trimestre 2016. (Crédits : © Jacky Naegelen / Reuters)
La baisse continue et rapide des taux, qui met sous pression les marges d’intérêt des banques, rend caduc l’objectif initial de BNP Paribas d’une stabilité de ses revenus dans la banque de détail en France, en 2016. La banque table désormais un recul de 2% à 3%.

La faiblesse historique des taux d'intérêt en Europe, conséquence de la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE (Banque centrale européenne), fait les beaux jours des aspirants à la propriété immobilière et des entreprises en quête de crédits d'investissement. Mais ces derniers n'imaginent pas l'envers du décor pour les banques, dont la marge nette d'intérêt - l'une des deux grandes composantes de leurs revenus, avec les commissions - se réduit par conséquent comme peau de chagrin. En France, les revenus d'intérêt de BNP Paribas ont ainsi chuté de 3,7%, d'avril à juin, par rapport à la même période de l'année précédente, a indiqué la banque jeudi 28 juillet, lors de la présentation de ses résultats trimestriels. A quoi s'est ajoutée une baisse de 3,4% des commissions, la mauvaise tenue des marchés actions depuis le début de l'année ayant découragé les clients d'investir en Bourse, diminuant ainsi les commissions financières de la banque.

Conséquence, le produit net bancaire (PNB, l'équivalent du chiffre d'affaires) de l'activité de banque de détail de BNP Paribas dans l'Hexagone a fléchi de 3,6%, au deuxième trimestre. Une contreperformance qui rend caduc l'objectif initial d'une stabilité des revenus de ce pôle sur l'ensemble de l'année 2016. « Les taux ont baissé de façon continue et rapide, si bien que nous tablons désormais sur un recul de 2% à 3% des revenus de la banque de détail en France, pour 2016 », a prévenu Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, lors d'une conférence de presse.

Pas (encore) de taux négatifs sur les dépôts des grandes entreprises

Il faut dire que les banques ne disposent pas d'une grande marge de manœuvre face au niveau très bas des taux d'intérêt, qui grève non seulement leurs marges mais, lorsqu'il devient négatif, agit également comme une taxe sur leurs dépôts auprès de la BCE. Jusqu'à présent, les établissements bancaires étaient plus ou moins parvenus à contrebalancer la faiblesse des taux par l'augmentation des volumes de crédits, mais cela devient de plus en plus difficile, les taux ne cessant de baisser. Quant à envisager de répercuter les taux négatifs sur les dépôts des particuliers, il ne faut pas y songer, pour d'évidentes raisons commerciales.

Le pas est un peu plus commode à franchir sur la clientèle des grandes entreprises, comme l'a récemment fait le groupe BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne), mais BNP Paribas ne s'y est pas (encore) résolue : « Pour le moment, nous pratiquons des taux négatifs sur les dépôts des clients institutionnels uniquement. Nous essayons de maintenir un plancher à 0% en banque de détail, même pour les grandes entreprises », a indiqué Philippe Bordenave, directeur financier de BNP Paribas.

La BFI revient à meilleure fortune

Seule consolation sur le front des taux d'intérêt, leur faiblesse aide les emprunteurs à honorer leurs échéances, d'où une baisse de 12,4% du coût du risque (provisions pour risque d'impayés) de BNP Paribas, à 791 millions d'euros. Parmi les autres éléments positifs du trimestre pour le groupe figure le retour à meilleure fortune de ses activités de BFI (banque de financement et d'investissement), qui avaient pâti en début d'année des turbulences sur les marchés financiers. Les entreprises ayant notamment repris goût aux émissions obligataires et aux augmentations de capital, la BFI a vu son PNB progresser de 1,4%, à 3,06 milliards d'euros, ce qui fait de cette période d'avril à juin son meilleur trimestre depuis les trois premiers mois de 2015.

Le PNB global de BNP Paribas ressort ainsi à 11,32 milliards d'euros au deuxième trimestre, en hausse de 2,2%, grâce, également, à une plus-value de 597 millions d'euros réalisée sur la cession de titres Visa Europe à Visa Inc. Ce qui, conjugué à la stabilité des frais de gestion, a permis à BNP Paribas de dégager sur le trimestre un bénéfice net stable (+0,2%), à 2,56 milliards d'euros. La solvabilité du groupe s'en trouve renforcée, avec un ratio de fonds propres « durs » (de grande qualité) de 11,1% au 30 juin, en hausse de 10 points de base par rapport au 31 mars. Le cours de Bourse cédait 1,48%, à 42,85 euros, jeudi, peu avant la clôture de la Bourse de Paris.

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La Banque Postale voit son coût du risque augmenter

Le bénéfice net du groupe a reculé de 2,6% au premier semestre, à 360 millions d'euros, en raison, notamment, d'une hausse sensible de son coût du risque. Ces provisions, passées par la banque pour faire face aux risques d'impayés sur les crédits, ont progressé de 14,5%, à 84 millions d'euros, en raison d'un changement méthodologique sur le périmètre des crédits immobiliers. Le produit net bancaire (PNB, équivalent du chiffre d'affaires) est ressorti en hausse de 1,6%, à 3,0 milliards d'euros, porté par une plus-value de 107 millions d'euros liée à la cession des titres Visa Europe à Visa Inc. La Banque Postale invoque également une activité commerciale en progrès, avec une hausse de 1,4% de son encours de crédits aux particuliers, à 60,1 milliards d'euros, et, dans la banque privée, l'un de ses axes de développement, la conquête de 18.000 nouveaux clients patrimoniaux, ce qui porte le total de ces derniers à près de 600.000. Sur le plan de la solvabilité, son ratio de fonds propres durs atteignait le niveau confortable de 14,4% au 30 juin.

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Commentaires
a écrit le 29/07/2016 à 7:01 :
La Bnp suisse dénoncé sans aucun scrupule ni arguments ses prêts immobilier sur des base d abus de droit et de contrat léonin qui n engagé que le client ! Espérons une la justice rendre fort cet établissement pour ses trahison en cours qui laisse ses clients dans la mouize !😡
a écrit le 28/07/2016 à 16:29 :
" l'une des deux grandes composantes de leurs revenus, avec les commissions": juste pour signifier qu'il ne s'agit pas de commission de découvert des particuliers mais des commissions d’intermédiations. rien à voir
a écrit le 28/07/2016 à 15:27 :
Merci pour cet article. Cette politique de taux bas montrée comme un acte de générosité envers l'économie réelle est un échec mais c'est normal.

Pourquoi ? Parce que d'une part les taux n'ont jamais été aussi bas les gens ont peu de fond pour acheter une maison et reste conditionnée aux conditions des banques étant devenu de véritable bunker, si on a pas des gens pouvant se porter garant d'une partie des sommes prêtées c'est non. Je connais un directeur de banque à qui sa propre banque a refusé de prêter 25000 euros tout ça à cause d'un arrêt maladie de 6 mois.

Face à l'érosion du pouvoir de l'État mais surtout face à la compromission des décideurs privés et publics les banques sont devenues les gestionnaires de nos vies et comme elles pensent d'abord à leurs intérêts en font de particulièrement désastreuses. Nous payons très chers le fait de leur avoir confié la gestion de l'économie et en sommes désormais les prisonniers.

Nos décideurs politiques et économiques ne font qu'actionner des leviers usés depuis des décennies afin de ne surtout pas nuire au secteur financier et votre article montre bien que malgré les taux bas ils s'en sortent très bien sans penser que la consommation des ménages s'effondre de part la guerre permanente que fait le secteur financier au "coût du travail" cette formulation stupide s'il en est car heureusement que le travail à un coût sinon cela reviendrait à dire que nous vivons encore du temps de l'esclavage.

Le capitalisme a profité parce que de plus en plus de gens pouvaient consommer or de moins en moins le peuvent dorénavant, le milieu financier, décideurs des réformes politiques est incapable de prendre en compte cet élément crucial et le monde glisse tranquillement dans la plus profonde et grave crise de son histoire.

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