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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Ces startups qui veulent casser les codes de l'épargne de précaution

Juliette Raynal

Publié le 21 février 2019 à 10:30 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:02

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Plusieurs startups tricolores développent des services proposant à leurs utilisateurs de mettre des petites sommes de côté de manière indolore. Calcul du montant optimal à épargner, arrondi automatique lors des achats par carte bancaire, application mobile ou robot conversationnel sur Messenger... Chacune a développé une approche différente sur un marché encore balbutiant. Toutes visent en premier lieu les Millennials. Aux Etats-Unis, quelques acteurs sont déjà plus établis.

« Nous proposons un compte mobile rémunéré qui permet de mettre de l'argent de côté de manière automatique », expose Florent Robert, le fondateur et dirigeant de la Fintech Bruno. Lancée officiellement il y a un an, la startup basée à Paris et Marseille s'est spécialisée dans la micro-épargne. Cette approche, encore balbutiante en France, consiste à rendre l'épargne indolore en permettant aux utilisateurs de mettre de côté des petites sommes d'argent auxquelles ils n'auraient pas forcément pensées.

Concrètement, la startup Bruno se connecte au compte courant de ses utilisateurs (essentiellement des étudiants et des jeunes actifs), via un agrégateur de comptes (Budget Insight) et analyse les entrées et sorties d'argent grâce à des algorithmes afin d'anticiper l'évolution du solde du compte et de déterminer un montant optimal à épargner. Chaque semaine, une suggestion de somme à mettre de côté est faite sur l'application Messenger de Facebook par l'intermédiaire d'un chatbot (robot conversationnel).

« Si l'utilisateur est allé trois fois au restaurant et deux fois au cinéma dans la semaine, Bruno lui proposera peut-être de ne mettre que 4 euros de côté. En revanche, si la semaine suivante, il séjourne chez ses parents sans réaliser de dépenses, Bruno lui proposera d'épargner 85 euros », détaille Florent Robert. « Nos algorithmes permettent de faire ces suggestions mais aussi d'exécuter automatiquement le virement. A tout moment, l'utilisateur peut annuler le transfert d'argent ou le récupérer depuis le chat Messenger. L'argent reste très liquide », précise l'entrepreneur.

120 euros épargnés chaque mois

Les comptes d'épargne sont hébergés soit au Crédit Mutuel Arkéa soit chez Carrefour Banque où un taux d'intérêt de 1% est proposé. Un an après son lancement public, la jeune pousse a déjà passé la barre du million d'euros mis de côté et revendique une communauté de 60.000 utilisateurs. « Tous ne sont pas actifs », reconnaît cependant l'entrepreneur. Est considéré comme actif, un utilisateur qui met de l'argent de côté au moins une fois par mois.

« En moyenne, un utilisateur met 120 euros de côté par mois », observe Florent Robert.

Pour se rémunérer, Bruno prélève une commission sur les intérêts versés. La Fintech, régulée par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), prévoit de lancer une application mobile dans les prochains mois pour faire grossir sa base d'utilisateurs. Sa stratégie d'acquisition de nouveaux clients passera également par la conclusion de partenariats. « Nous allons travailler avec des associations qui s'adressent aux personnes en difficultés financières et qui proposent des micro-crédits », indique le dirigeant.

Bruno, qui a levé un million d'euros en 2018 (auprès de 360 Capital Partners et des business angels), prévoit de recruter une vingtaine de collaborateurs au cours de l'année (en plus de la dizaine d'employés actuels) et de lancer d'autres produits bancaires « autour des économies et des projets ».

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Arrondi automatique et partenariat avec Amazon

D'autres jeunes pousses partagent cette ambition. Qualifiée pour la finale du concours 10.000 startups pour changer le monde, la startup Yeeld vient aussi de lancer son application mobile de micro-épargne.

« 11 millions de Français épargnent peu ou pas. En parallèle, les banques facturent chaque année près de 7 milliards d'euros à la suite d'incidents bancaires [selon une enquête de "60 Millions de consommateurs" et l'Unaf, ndlr]. Nous avons voulu créer une nouvelle solution d'épargne de précaution. Notre compte épargne mobile est pensé comme une alternative au livret A, qui existe depuis 200 ans », explique Nagid Beydoun, le dirigeant de Yeeld.

Dans les faits, la startup entend proposer aux utilisateurs d'alimenter leur compte Yeeld en arrondissant le montant des sommes qu'ils règlent lors de leurs achats par carte bancaire. Autre possibilité : suivre la règle baptisée « 1,2, 3... 52 » « La première semaine, l'utilisateur verse un euro, la suivante, deux euros, la troisième trois, et ainsi de suite jusqu'à la 52ème semaine. Cela représente au final 1.378 euros sur l'année », pointe l'entrepreneur. Sur l'application, il sera également possible de créer des "sous-comptes" pour compartimenter son épargne en fonction de ses projets, comme le propose la néobanque allemande N26 avec sa fonctionnalité « Spaces ». Pour rendre cette épargne encore plus liquide que le livret A, le compte Yeeld sera rattaché à une carte Mastercard.

Quant au rendement de cette épargne, la startup propose une alternative au taux d'intérêt classique par l'intermédiaire d'un partenariat noué avec le géant de l'e-commerce Amazon.

« Les sommes épargnées sur Yeeld pourront être transférées sur un wallet [portefeuille électronique, ndlr] Amazon. Dans ce cas, l'utilisateur bénéficiera d'une augmentation de son pouvoir d'achat de 4%. Cent euros collectés sur Yeeld se transformeront en 104 euros sur Amazon », détaille Nagid Beydoun

L'entrepreneur mise sur l'immense place de marché en ligne de l'e-commerçant (sur laquelle on retrouve de nombreuses enseignes françaises) pour séduire les utilisateurs. Ces derniers ne seront toutefois pas obligés de convertir leur argent dans le wallet du géant américain (ce qui pourrait en refroidir certains). En revanche, si les épargnants utilisent cette somme autrement, en réalisant un virement sur leur compte courant par exemple, ils seront facturés 50 centimes.

Les Etats-Unis comme modèle

La startup Cashbee, accompagnée par le nouvel incubateur de La Banque Postale Platform58, se situe à un stade de développement plus précoce.

« Nous souhaitons aider les Français à épargner plus et mieux avec une application mobile qui permet de placer des petites sommes d'argent sur des comptes rémunérés aux alentours de 1%, d'un simple mouvement de pouce. Si l'application détecte que l'utilisateur s'approche du découvert , elle lui suggérera de rebasculer de l'argent sur son compte courant»,explique Marc Tempelman, l'un des cofondateurs de l'entreprise.

L'application est actuellement en phase de test et son lancement public est prévu au deuxième trimestre. La jeune pousse noue actuellement des partenariats avec différentes banques qui hébergeront les comptes rémunérés. Cashbee entend se rémunérer via le modèle d'apporteur d'affaires pour ces banques qui doivent collecter des fonds, mais aussi en prélevant une commission sur les gains réalisés par les épargnants.

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Aux Etats-Unis, le concept de micro-saving a déjà fait son chemin. La banque mobile Chime permet ainsi à ses jeunes clients d'épargner automatiquement par arrondi à chaque achat. En mai dernier, l'entreprise californienne annonçait avoir déjà séduit un million d'utilisateurs. La startup Digit propose, quant à elle, « d'épargner de l'argent sans même y penser » en calculant le montant optimal à mettre de côté selon le rythme de vie de ses utilisateurs. La Fintech, créée en 2013, revendique un milliard de dollars épargnés. Plus proche de nous, le suédois Qapital permet aussi à ses 1,3 million d'utilisateurs (essentiellement des Millennials), d'épargner automatiquement de l'argent.

Juliette Raynal

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