Credit Suisse cède aux pressions et taille dans les primes des dirigeants

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Le directeur général de Credit Suisse, le Franco-Ivoirien Tidjane Thiam, à l'assemblée générale de la banque, écoutant le discours du président du conseil d'administration, Urs Rohner, à Zurich, en avril 2016.
Le directeur général de Credit Suisse, le Franco-Ivoirien Tidjane Thiam, à l'assemblée générale de la banque, écoutant le discours du président du conseil d'administration, Urs Rohner, à Zurich, en avril 2016. (Crédits : Reuters)
Se pliant aux demandes de trois influents conseils aux actionnaires, la direction de la deuxième banque suisse a décidé de diminuer de 40% le bonus du ComEx. Après deux années de perte, la stratégie de rémunération de Credit Suisse avait suscité l’incompréhension et risquait d'être retoquée en assemblée générale.

C'est le « say on pay » préventif : les actionnaires font pression avant la tenue des assemblées générales pour que la direction des entreprises tienne compte de leurs critiques sur la rémunération des dirigeants. Privilégiant le dialogue, au lieu de devoir affronter une fronde en pleine AG, le management de Credit Suisse a de lui-même décidé de diminuer les primes accordées au comité exécutif. La deuxième banque helvète a annoncé ce vendredi que l'ensemble de la rémunération variable des membres du comité de direction, y compris celle du directeur général, le Franco-Ivoirien Tidjane Thiam, serait diminuée de 40%.

Credit Suisse se targue d'avoir reçu des « retours positifs sur la stratégie et l'exécution » menée par la direction, dans ses échanges avec les actionnaires, en amont de l'assemblée générale qui doit se tenir le 28 avril prochain.

"Cependant, certains actionnaires ont émis des réserves au sujet de la rémunération variable accordée au comité exécutif", reconnaît la banque dans un communiqué.

"Say on pay" contraignant

Le montant total des primes (à la performance de court terme pour 2016 et à la performance de long terme pour 2017) prévu dans le rapport annuel devait s'élever à 80 millions de francs suisses (75 millions d'euros). Incompréhensible après deux années de perte. Or bien avant la France et les récents décrets d'application de la loi Sapin 2, la Suisse a mis en œuvre le principe du « say on pay » contraignant : l'avis des actionnaires sur la rémunération des dirigeants n'est pas consultatif mais obligatoire.

Trois cabinets de conseil en vote réputés, Institutional Shareholder Services (ISS), Glass Lewis et la fondation suisse Ethos, avaient exprimé publiquement leur désapprobation à l'égard de rémunérations jugées déconnectées des performances.

"Au vu des mauvais résultats et de la situation préoccupante en matière de fonds propres, Ethos refuse aussi bien les rémunérations des instances dirigeantes que le dividende proposé par le conseil d'administration", avait ainsi protesté la fondation suisse le 7 avril dernier.

"Ethos estime que la direction générale n'aurait pas dû recevoir de rémunération variable en 2016 étant donné les résultats décevants de la banque. Il est excessif que les 12 membres de la direction reçoivent des bonus annuels pour un montant total de 26 millions [de francs suisses, environ 24 millions d'euros, ndlr], alors qu'en même temps Credit Suisse a enregistré une perte nette de 2,7 milliards", l'équivalent de 2,5 milliards d'euros.

Sous-performance et "retenue appropriée"

La fondation, qui prône l'investissement responsable et le développement durable, et regroupe 222 caisses de pensions, s'oppose à la réélection du président du conseil :

"Depuis que Urs Rohner a pris la présidence du conseil d'administration en avril 2011, la banque a ainsi réalisé pour 10,9 milliards de francs (suisses) de provisions et utilisé 7,4 milliards pour mettre fin à des contentieux juridiques. Parallèlement, l'action Credit Suisse a perdu près de la moitié de sa valeur et le nombre d'employés de la banque en Suisse a été réduit de 20% à 17.020 à la fin de 2016."

Le cabinet ISS ne disait pas autre chose, en termes plus feutrés :

"Pour une banque ayant sous-performé son secteur sur un an, trois ans et cinq ans, le conseil et le comité des rémunérations devraient faire preuve d'une retenue appropriée dans l'ajustement discrétionnaire de la rémunération variable."

Dans sa lettre adressée aux actionnaires publiée ce vendredi, le directeur général écrit :

"Vous vous souvenez peut-être que j'avais volontairement demandé au comité de rémunération de diminuer de 40% le bonus qui m'avait été attribué au titre de 2015. J'ai décidé de proposer la même chose pour 2016.

Ma priorité absolue est de mener à bien le redressement de Credit Suisse, qui est bien entamé. J'espère que cette décision atténuera quelques-unes des inquiétudes exprimées par certains actionnaires et permettra à la direction de continuer à se concentrer sur le travail en cours."

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