HSBC : environ 4.000 suppressions de postes, et le PDG contraint de quitter le navire

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John Flint, qui a fait toute sa carrière chez HSBC, a été poussé vers la sortie seulement 18 mois après en avoir pris la tête. En juin 2018, il avait présenté un ambitieux plan d'investissement d'ici 2020, notamment dans la technologie et ses principaux marchés en Asie affichant son ambition de renouer avec une stratégie d'expansion après des années de compression des coûts. L'annonce du départ du patron de HSBC s'est faite juste avant la publication des résultats semestriels.
John Flint, qui a fait toute sa carrière chez HSBC, a été poussé vers la sortie seulement 18 mois après en avoir pris la tête. En juin 2018, il avait présenté un ambitieux plan d'investissement d'ici 2020, notamment dans la technologie et ses principaux marchés en Asie affichant son ambition de renouer avec une stratégie d'expansion après des années de compression des coûts. L'annonce du départ du patron de HSBC s'est faite juste avant la publication des résultats semestriels. (Crédits : Reuters)
John Flint, qui a fait toute sa carrière chez HSBC, a été poussé vers la sortie après avoir pris les rênes du groupe il y a seulement 18 mois. La banque justifie ce départ inattendu par le besoin de "sang neuf" pour faire face à un environnement incertain et complexe, entre Brexit, guerre commerciale et taux bas. Dans ce contexte, HSBC a également annoncé sa volonté de supprimer jusqu'à 2% de ses effectifs.

Il devait aider la première banque européenne en termes d'actifs à négocier le délicat virage du Brexit. Mais, surprise, alors qu'il est PDG de HSBC depuis moins de deux ans, John Flint démissionne. Le géant bancaire britannique a annoncé son départ, ce lundi 5 août, évoquant le besoin de sang neuf face aux nombreux défis à relever pour la banque entre la guerre commerciale, relancée jeudi dernier par Donald Trump, les remous politiques à Hong Kong, le risque d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord, et la persistance d'un environnement de taux bas.

Le groupe a annoncé dans un communiqué que John Flint avait décidé de quitter ce jour son poste de directeur général en accord avec le conseil d'administration. Pur produit de HSBC, il avait officiellement pris les rênes de la banque en février 2018, après 28 années d'expérience au sein de l'établissement. Il avait notamment travaillé 14 ans en Asie dans les activités de marchés et avait occupé diverses fonctions, notamment celles de trésorier, de responsable de la gestion d'actifs et de directeur de cabinet du directeur général.

En juin 2018, John Flint avait présenté un plan d'investissement de 15 à 17 milliards de dollars (13,5-15,3 milliards d'euros) d'ici à 2020, notamment dans la technologie et ses principaux marchés en Asie, John Flint ayant alors affiché son ambition de renouer avec une stratégie d'expansion après des années de compression des coûts. Il avait à l'époque énoncé en tout huit priorités stratégiques, parmi lesquelles le développement de la banque en Asie et à l'international, le renforcement de ses capacités digitales et une poursuite de son expansion sur le marché britannique du crédit immobilier.

Divergences de points de vue

HSBC n'a pas donné de raison précise pour expliquer le départ soudain de John Flint, après moins de deux ans à ce poste. Mais le groupe a déclaré qu'un changement au sommet était nécessaire, avertissant les investisseurs qu'une période difficile s'annonçait.

Selon Reuters, le départ de John Flint s'expliquerait par des divergences de points de vue sur le tempo de la mise en œuvre des priorités stratégiques, Mark Tucker, le président non-exécutif du groupe, souhaitant mettre l'accent sur le redressement des activités américaines.

"Dans l'environnement mondial de plus en plus complexe et exigeant dans lequel la banque opère, le conseil d'administration estime qu'un changement est nécessaire pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés et pour saisir les très importantes opportunités qui sont devant nous", a déclaré Mark Tucker (61 ans), laissant à penser que John Flint (51 ans) a été poussé vers la sortie.

John Flint déclarait quant à lui :

"J'ai convenu avec le conseil d'administration que les bons résultats provisoires publiés aujourd'hui indiquaient que le moment était propice au changement, tant pour moi que pour la banque. Après près de 30 ans chez HSBC, je serai triste de partir, mais j'ai hâte de relever un nouveau défi personnel et je suis confiant dans le fait que nos employés continueront à servir les parties prenantes de la banque de la meilleure façon possible."

HSBC a précisé qu'il allait rechercher un nouveau dirigeant à la fois en interne et à l'extérieur, et que Noel Quinn, chef de la division banque commerciale de HSBC, serait directeur général par intérim.

HSBC très dépendante du conflit commercial sino-américain

L'annonce du départ du patron de HSBC s'est faite juste avant la publication des résultats semestriels de la banque, établie à Londres mais dont le centre névralgique s'est progressivement déplacé vers l'Asie. Cette caractéristique la rend particulièrement dépendante de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, relancée la semaine dernière par Donald Trump qui a fait part de son intention d'étendre des droits de douane supplémentaires à la quasi-totalité des importations en provenance de Chine à compter du 1er septembre. Même si elle continue à voir son activité croître en Asie, avec des revenus en hausse de 7% au cours des six premiers mois de l'année par rapport à la même période l'année précédente, la banque britannique note que l'avenir "est moins prévisible".

Le Brexit est l'autre défi de taille évoqué par la banque, qui s'inquiète du caractère "hautement incertain" de la nature et de l'impact de la sortie de l'Union européenne. Ce départ est prévu fin octobre et l'arrivée au pouvoir de Boris Johnson au Royaume-Uni ravive les craintes d'un Brexit sans accord.

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[Le 7 mars 2018, John Flint (à g.) et Mark Tucker (à dr.) encadrent le ministre britannique des Finances, Philip Hammond, alors qu'il arrive au siège de HSBC, dans le quartier de Canary Wharf à Londres, pour y tenir un discours sur le Brexit.]

Jusqu'à 2% des effectifs supprimés

Le groupe continue de viser un retour sur fonds propres au-dessus de 11% en 2020. Mais il prévient qu'il ne sera pas en mesure d'atteindre son objectif de 6% aux États-Unis pour cet indicateur clé mesurant les bénéfices générés par rapport au capital investi par les actionnaires.

HSBC a toutefois réalisé un bon premier semestre avec un bénéfice net en hausse de 18,1% à 9,9 milliards de dollars. Ses revenus s'envolent, eux, de 8%, portés par ses activités de banque de détail et de gestion de fortune. En revanche, son activité de banque d'investissement enregistre un repli de 3% sur la même période.

Mais ces bons résultats ne compensent pas l'inquiétude de la banque pour les mois à venir. Elle prévoit ainsi de supprimer environ 4.000 emplois et de ralentir ses dépenses d'investissement. Jusqu'à 2% des 237.685 employés de la banque pourraient perdre leur emploi.

Lors d'une conférence téléphonique, le directeur financier du groupe, Ewen Stevenson, a indiqué que ces suppressions cibleront les postes de direction et réduiraient les coûts salariaux de HSBC jusqu'à 4%. Elles résulteraient de licenciements et de départs volontaires non remplacés. Le nombre d'emplois concernés en France n'a pas été précisé. Ces départs devraient coûter entre 650 et 700 millions de dollars cette année à HSBC.

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 05/08/2019 à 14:43 :
Pour prendre des décisions difficiles, à savoir couper dans les strates intermédiaires, il faut des leaders au caractère bien trempé. Quelque chose qui semble manquer à certains patrons de banques qui n'osent pas couper les branches de leurs baronnies courtisanes.
a écrit le 05/08/2019 à 14:32 :
"entre Brexit, guerre commerciale et taux bas"

Il est évident que nous assistons à un retournement de l'économie, si les médias de masse nous informaient correctement au lieu de leur sempiternel et destructeur "tout va bien" peut-être que les choses iraient plus vite d'ailleurs. D'autant que les classes dirigeants ont un bien meilleur accès ç une information de qualité que nous qui compensons grâce à internet de nos jours il faut bien le reconnaitre mais pas totalement non plus.

De ce fait changer les personnages des postes clés et loin d'être une aberration et ce sont peut-être les premiers à le faire, à embaucher des personnages plus sensibles à l'air du temps, des personnalités à la pensée à long et très long terme donc, qui sauront ultérieurement le mieux s'en sortir

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