Entreprise à mission : Maif plaide pour un label européen
Juliette Raynal

Photo d'illustration
Wikipedia
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Il l'affirme dans son slogan : le groupe Maif est un "assureur militant". Au printemps dernier, l'assureur niortais revendiquait être la première grande entreprise française à s'engager sur la voie de l'entreprise à mission, au sens de la loi Pacte, qui permet aux sociétés qui le souhaitent de faire entrer des objectifs sociétaux et environnementaux dans leur objet social.
L'entreprise au modèle mutualiste, qui n'a ni capital social, ni actionnaire, avait alors défini et partagé publiquement sa raison d'être*, c'est-à-dire la manière dont elle entend participer au bien commun.Pour Pascal Demurger, le directeur général du groupe Maif, l'entreprise de demain doit forcément avoir un rôle politique.
Selon lui, la qualité de société à mission doit même rayonner à l'échelle européenne. "Ce qu'il manque aujourd'hui, c'est une labellisation permettant de savoir quel est le niveau d'engagement d'une entreprise. Et si un label devait être créé, il faudrait que ce soit au niveau européen. Notre capacité à construire un capitalisme engagé est un moyen pour l'Europe de s'affirmer face aux États-Unis et à la Chine", estime-t-il, en précisant qu'une note sur ce sujet a d'ores et déjà été transmise à la Commission européenne.
En parallèle de ce travail de lobbying, l'assureur poursuit son engagement. Désormais, c'est au tour de sa filiale Maif Avenir, son fonds d'investissement en capital-risque, d'emprunter le même chemin de l'entreprise à mission en se dotant de sa propre raison d'être.
Le fonds d'investissement, doté d'une enveloppe de 250 millions d'euros, explique ainsi dans sa raison d'être "préférer une performance économique de long terme" et rechercher "le meilleur alignement des intérêts et de [ses] parties prenantes". "Nous ne réaliserons pas d'investissement dans une startup s'il n'y a pas d'impact positif pour la société et l'environnement", ajoute Pascal Demurger. Selon lui, cette nouvelle raison d'être "ne modifie pas profondément la thèse d'investissement du fonds". "Au contraire, cela renforce notre thèse déjà très orientée tech for good', affirme-t-il.
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À l'avenir, d'autres filiales du groupe pourraient aussi devenir sociétés à mission et se doter de leur propre raison d'être. C'est le cas notamment de Maif Vie, sa branche assurance-vie. Une telle prise de position n'aurait alors rien d'anodin à l'heure où l'avenir du fonds en euros est souvent remis en question dans un contexte de taux durablement bas, qui pèse sur la rentabilité des compagnies d'assurance. Ce placement est pourtant très prisé des épargnants français, qui apprécient sa sécurité alors que les unités de compte (UC) sont, elles, plus risquées.
À l'échelle du groupe, les travaux se poursuivent pour adopter définitivement la qualité d'entreprise à mission. "La modification statutaire doit être adoptée lors d'une assemblée générale extraordinaire qui aura lieu au printemps prochain", indique Pascal Demurger. Dans cette optique, Maif, en collaboration avec ses quelque 8.000 salariés et 200.000 sociétaires, travaille actuellement à définir des engagements concrets envers ses différentes parties prenantes. Ces derniers n'ont pas encore été arrêtés, mais ils pourront concerner l'organisation du travail, le management ou encore la politique énergétique et d'achat. "Nous recherchons un engagement systématique dans l'intégralité de nos activités, de l'assurance à la gestion d'actifs, en passant par l'entretien des espaces verts", résume son directeur général.
Pourquoi vouloir institutionnaliser une philosophie déjà très ancrée dans la stratégie de l'entreprise ? "Cela permet de renforcer la dynamique et, en externe, cela permet de donner à voir ce que l'on fait. Enfin, prendre un engagement public rend la démarche irréversible", justifie Pascal Demurger, qui reconnaît néanmoins un risque de banalisation de l'entreprise à mission. Selon lui, cette dérive devrait toutefois rester limitée dans la mesure où, en plus de la mise en place d'un comité de suivi en interne, chaque société à mission sera auditée par un organisme tiers indépendant qui pourrait engager une action judiciaire visant à lui retirer son statut si les engagements ne sont pas tenus.
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*La raison d'être du groupe Maif : « Convaincus que seule une attention sincère portée à l'autre et au monde permet de garantir un réel mieux commun, nous la plaçons au cœur de chacun de nos engagements et de chacune de nos actions ».
Juliette Raynal