Maif : « Devenir entreprise à mission est extrêmement engageant, pas cosmétique »

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(Crédits : Maif)
L'assureur mutualiste niortais revendique être la première grande entreprise française à s'engager sur la voie de "l'entreprise à mission" au sens de la loi Pacte. L'évolution de son statut sera soumise au vote des sociétaires lors de sa prochaine assemblée générale en 2020. Dominique Mahé, président du groupe, nous détaille la feuille de route vers ce nouveau statut, les mesures mises en place pour assurer le respect de cette "mission" et les dernières actions prises pour renforcer son engagement social et environnemental.

[Article publié le 3 juin, mis à jour le 7 juin avec précisions sur le lancement du fonds Maif Transition, en partenariat avec Akuo Energy]

La loi Pacte, promulguée le 23 mai dernier par Emmanuel Macron, crée le statut de « société à mission ». Celui-ci permet aux entreprises volontaires de faire entrer des objectifs sociaux et environnementaux dans leur objet social. Une disposition dont s'est emparé le groupe Maif. Son modèle mutualiste en fait une entreprise atypique : pas de capital social, ni d'actionnaires, mais des sociétaires à la fois assureurs et assurés. Si certains grands groupes ont d'ores et déjà exprimé leur raison d'être, comme Atos, Veolia ou encore Michelin, l'assureur niortais souhaite aller plus loin et affirme être « la première grande entreprise française à s'engager sur la voie de l'entreprise à mission », qualité qui rend contraignants les objectifs principaux découlant de sa raison d'être. Entretien avec Dominique Mahé, président du groupe Maif depuis 2014.

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LA TRIBUNE - L'intérêt collectif était déjà dans l'ADN du groupe Maif dont le modèle est mutualiste. Pourquoi vouloir faire évoluer votre statut pour devenir une entreprise à mission ?

DOMINIQUE MAHÉ - Si nous voulons aller sur le terrain de la société à mission c'est qu'elle va nous permettre d'aller plus loin encore dans notre engagement pour le "mieux commun". De par notre statut juridique de mutuelle, qui permet aux sociétaires de s'assurer entre eux, nous avons un terrain, une histoire et une réalité très concrète dans ce domaine. La fidélisation des sociétaires prime sur la conquête avec un taux de départ volontaire des sociétaires inférieur à 1%. Nous avons reçu la certification du Top Employers Institute [organisme qui certifie les employeurs créant les conditions optimales pour le développement de leurs collaborateurs, ndlr] et obtenu le ratio 99/100 à l'index Pénicaud [sur l'égalité femmes-hommes, ndlr]. Et 82% de nos placements relèvent de critères ISR [investissements socialement responsables, ndlr]. Il s'agit maintenant de nous challenger. Nous avons la conviction que, face à l'urgence écologique, démocratique et sociale, les entreprises auront un rôle à jouer. Elles auront de plus en plus le devoir d'exercer avec le souci préalable de l'impact que peuvent avoir leurs activités.

La première étape consiste à définir la raison d'être de l'entreprise. Quelle est celle du groupe Maif et comment l'avez-vous choisie ?

L'expression de notre raison d'être est la suivante : « Convaincus que seule une attention sincère portée à l'autre et au monde permet de garantir un réel mieux commun, nous la plaçons au cœur de chacun de nos engagements et de chacune de nos actions ». Elle a fait l'objet de débats et de nombreuses reformulations mais nous pensons que la notion « d'attention sincère portée à l'autre » est ce qui caractérise le mieux le groupe Maif. Envers nos sociétaires, cela s'illustre par une écoute désintéressée - nos conseillers ne sont pas rémunérés à la commission - et par une écoute empathique - ces derniers ne suivent pas de script. Dans la gestion des sinistres, nos collaborateurs ont même la capacité, quand la situation le justifie, d'aller au-delà du contrat.

Quelle est la feuille de route du groupe pour devenir une entreprise à mission ?

Nous allons présenter la raison d'être de l'entreprise lors d'une convention d'entreprise qui réunira 2.000 personnes (managers, militants, collaborateurs) à Nantes. Ensuite, il va falloir, dans l'année à venir, adapter cette raison d'être et lui donner sa traduction juridique. Pour aller plus loin que l'expression de notre raison d'être et adopter la qualité d'entreprise à mission, nous allons devoir définir des engagements concrets envers nos différentes parties prenantes : nos sociétaires, nos acteurs internes et la Cité. Ces engagements pourront concerner l'organisation du travail, le management, mais aussi notre politique énergétique et d'achats, par exemple. Lors de notre assemblée générale en 2020, nous demanderons à ce qu'ils soient inscrits dans notre statut. Ces engagements constitueront une opportunité économique. A l'avenir, les consommateurs choisiront une marque car elle renvoie un message de vérité au regard de son impact positif.

Quelles mesures allez-vous prendre pour que cet engagement dépasse la simple communication ?

Ce seront des engagements évaluables, sur le plan quantitatif et qualitatif, et opposables. Si nous ne les respectons pas, nous perdrons la qualité d'entreprise à mission. D'un point de vue de la gouvernance, nous allons mettre en place un comité de suivi de cette mission. C'est un comité des parties prenantes où nous retrouverons des sociétaires, des salariés et des partenaires. C'est extrêmement engageant, ce n'est pas de la cosmétique. Nous avons un stade à franchir et c'est très motivant pour une entreprise comme la nôtre, d'autant plus que nous affichons cette ambition de façon pionnière dans le paysage français.

N'y-a-t-il pas un risque de banalisation de l'entreprise à mission ?

Je pense que beaucoup d'entreprises vont saisir la possibilité d'exprimer leur raison d'être et de l'inscrire dans leur statut [comme Atos, ndlr] mais peu d'entre elles iront jusqu'à adopter le statut d'entreprise à mission car cela implique une démarche beaucoup plus engageante.

Vous venez de nommer un "chief mission officer". Quel est son rôle ?

Nous ne sommes pas allés le chercher à l'extérieur. Il s'agit de Franck Carnero, un cadre de la maison qui a une très bonne vision transversale du groupe et de ses différents métiers. Il va contribuer à la définition des engagements. Il aura aussi pour rôle de s'assurer que les décisions que nous prenons, nos offres, nos investissements, incarnent bien notre différence, notre singularité, qui est le socle de notre plan stratégique 2019-2022. Il devra donc fédérer l'élan que nous souhaitons donner à nos actions.

Devenir une entreprise à mission, c'est aussi un moyen de renforcer votre marque employeur...

Oui. Une récente étude d'Universum menée auprès de plus de 35.000 étudiants de grandes écoles françaises de commerce et d'ingénieurs montre que ces derniers ne sont pas prêts à travailler dans n'importe quelle entreprise, mais souhaitent travailler dans celles où l'on perçoit bien le sens profond. C'est évident que notre nouvel engagement va nourrir notre marque employeur et nous espérons ainsi attirer des personnes qui souhaitent travailler pour la Maif pour ce qu'elle est. Chaque année le groupe recrute entre 500 et 700 personnes pour des remplacements et des créations de postes.

Comment aujourd'hui réaffirmez-vous votre engagement pour le bien commun ?

Nous nous engageons à accompagner la filière du recyclage automobile. Aujourd'hui, les constructeurs ont le monopole de la production et de la commercialisation des pièces automobiles. Nous subissons ainsi une inflation permanente de 3% à 4% sur le prix de ces pièces détachées. Nous pensons que si nous poussons les réseaux de déconstructeurs à procéder autant que possible aux recyclages des pièces [des véhicules hors d'usage des sociétaires, ndlr] pour en faire des pièces de réparation cela aura un impact positif sur notre métier d'assureur puisque cela rejaillira sur les montants des primes. Cela aura aussi, bien sûr, un impact sur l'environnement en limitant la production de ces pièces.

Nous lançons également un nouveau fonds d'investissement, Maif Transition, qui sera doté au départ de 50 millions d'euros et dont le montant, je l'espère, pourra croître dans les années à venir. Ce fonds, développé en partenariat avec Akuo Energy, vise à conjuguer deux ambitions : contribuer au développement des énergies renouvelables et notamment solaires via l'installation de panneaux photovoltaïques sur des terres agricoles et permettre le renouveau des terres arrivées à succession. Grâce aux revenus générés par la vente d'électricité nous pensons rentabiliser nos investissements. Ces revenus nous permettront également de prendre en charge pendant trois ans les investissements nécessaires à la transition vers une agriculture biologique des jeunes exploitants.

Propos recueillis par Juliette Raynal

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Commentaires
a écrit le 03/06/2019 à 15:28 :
MAIF... qui veut transformer ses adhérents en vache à lait : assurance spécifique pour trottinette électrique à 150 euros/an quand elle est comprise dans l'assurance "accident de la vie" chez les concurrents. Sans compter sur le message d'attente qui vous "informe" que la MAIF accorde des prêts en tout genre et finance des startups du style bubble sea. Bref, l'assuré passe au second plan au profit de la financiarisation de cette compagnie et dont l'accompagnement s'est terriblement dégradé ces dernières années. Je la quitte donc sans regret. Ceux qui aiment se faire plumer peuvent rester, chacun son choix.

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