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Wilfried Verstraaete (Euler Hermès) : "nous ne prévoyons pas de hausse de prix en 2011"

Propos recueillis par Séverine Sollier et Benjamin Jullien

Publié le 03 janvier 2011 à 10:22 - Mis à jour le 03 janvier 2011 à 10:49

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La patron du premier assureur crédit mondial Euler Hermès explique sa stratégie tarifaire en 2011 et ses projets de croissance dans les pays émergents. Bien qu'il ait obtenu l'agrément européen pour exercer en tant qu'agence de notation financière, il maintient pour l'instant cette activité à une échelle expérimentale.

Euler Hermès, premier assureur crédit du monde, couvre les entreprises contre le risque de non paiement de leurs clients. Pendant la crise, en raison de la forte augmentation des défaillances des entreprises, la sinistalité s'était dégradée. L'assureur avait alors, comme ses concurrents, eu tendance à réduire ses garanties et a augmenté ses prix. Mais cette période est terminée comme l'explique le président du directoire d'Euler Hermès.

La Tribune  : quel bilan dressez-vous de votre activité d'assureur-crédit en 2010 ?

Wilfried Verstraaete : nous sommes très satisfaits de notre taux de fidélisation des clients qui atteint 95% malgré les hausses de tarifs que nous avons commencé à pratiquer très tôt, dès fin 2008, et surtout en 2009. Depuis le mois d'avril, nous avons augmenté nos prises de risques. Si bien qu'en novembre notre taux d'acceptation des nouvelles demandes de garanties était équivalent à celui d'avant la crise.

Continuez-vous à augmenter les tarifs ?

Nous estimons que nos contrats sont actuellement tarifés à un niveau qui reflète le coût du risque. Globalement, les taux de primes qui avaient beaucoup baissé avant la crise, sont désormais revenus au niveau de 2004. En 2011, nous ne prévoyons pas de hausse générale de nos prix et visons un maintien des tarifs actuels. Mais il y a déjà une pression à a baisse sur certains renouvellements de contrats, car quelques concurrents manifestent un grand appétit pour reprendre des affaires.

La sinistralité s'est-elle améliorée ?

Nous observons une baisse de 4% du nombre de défaillances d'entreprises en 2010 au niveau mondial et nous prévoyons 5% de baisse en 2011. Mais les défaillances avaient beaucoup augmenté de 28% en 2008 et d'autant en 2009. Elles restent encore élevées, à des niveaux supérieurs à ceux de la période 2005-2007.

Euler Hermes va-t-il devenir une agence de notation financière à part entière ?

Nous n'avons pas l'intention de devenir une agence de notation concurrente de S&P, Moody's ou Fitch. Mais nous avons effectivement en Allemagne une filiale qui vend des notations à des petites et moyennes entreprises pour laquelle nous avons obtenu le passeport européen. Cela reste une activité modeste qui ne concerne que 11 salariés et ne représente que 1,5 millions d'euros de chiffre d'affaires sur les 700 millions que nous réalisons en Allemagne.

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Pourquoi avoir cet agrément si vous ne prévoyez pas de développer cette activité ?

Nous voyons cette société comme un laboratoire qui n'exerce qu'en Allemagne sur un périmètre restreint. Ce n'est pas pour l'instant un axe stratégique mais il faut avoir plusieurs fers au feu. La notation financière fait partie du débat public et nous voulons pouvoir réagir vite aux évolutions règlementaires.

La notation n'est-elle pas déjà votre métier ?

Nous avons les compétences et les structures pour émettre des notations d'entreprises. Mais nous sommes une société d'assurance et non une société d'information. Aujourd'hui les notes que nous donnons sont garanties sur nos fonds propres. Elles nous servent à souscrire des risques. De plus, nous ne faisons pas payer les entreprises que nous notons, contrairement à une agence classique. Dans notre système, c'est la société que nous assurons qui paie pour utiliser les notes que nous attribuons à ses clients. Bref, nous ne voyons pas l'intérêt de mettre cette information à disposition des tiers. Nous risquerions d'être en conflit d'intérêt permanent entre notre métier de notation et celui d'assureur-crédit.

Quelles sont vos ambitions sur les marchés émergents ?

Nous voulons nous développer de façon plus agressive en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique latine, mais aussi sur la côte Ouest des Etats-Unis. Bon nombre de nos assurés font du commerce ou ont des structures de production dans ces zones émergentes. Nous suivons donc nos clients. Mais le premier handicap est l'accès à l'information pour évaluer les probabilités de défauts des entreprises. Nous avons donc choisi de nous focaliser sur un nombre restreint de secteur industriels et de zones géographiques.

Quels sont vos objectifs en Asie ?

Notre chiffre d'affaires dans toute l'Asie est de 60 millions d'euros ; par rapport aux 2 milliards du groupe, c'est peu. Notre objectif est de multiplier le chiffre d'affaires par 5 sur ce continent d'ici  7 ans. Nous sommes sur des perspectives de long terme mais nous devons accélérer maintenant..

Investissez-vous particulièrement en Chine ?

Oui, nous investissons pour accroître notre capacité à collecter de l'information sur place et donc nous ouvrir la possibilité de servir des entreprises chinoises. Nous exerçons dans deux provinces les plus industrialisées, principalement dans les secteurs de la chimie, de l'électronique et de l'auto.

Vous évoquiez la côte Ouest des Etats-Unis, est-ce aussi un relais de croissance pour Euler Hermes ?

Notre portefeuille américain est très concentré sur la côte Est et la région des grands lacs. Notre présence en Californie est très modeste, or son PIB est équivalent à celui de l'Italie. De plus, l'économie californienne est très tournée vers l'Asie. Nous avons donc décidé en 2010 d'augmenter nos structures en Californie et de recruter des analystes de risques. Nous ciblons trois secteurs prioritairement : l'électronique, l'agroalimentaire et la chimie. Nous misons sur 50 à 70 millions de dollars de primes d'ici cinq ans.

Quels sont les principaux éléments de votre plan d'entreprise 2011-2013 ?

Notre plan "Excellence" instaure une nouvelle segmentation de la clientèle en cinq catégories selon la taille des entreprises, le volume de primes qu'elles génèrent, le secteur d'activité, l'historique de sinistres et le potentiel. Il prévoit la mise en place d'un nouveau modèle de service qui vise à harmoniser la qualité de service offerte à nos clients. En parallèle, nous allons uniformiser nos structures et les adapter à cette segmentation et à notre nouvelle offre de services. Enfin, nous travaillons sur la flexibilité de certaines fonctions de gestion et de souscription, afin d'absorber à moindre coût les pics d'activité.

Propos recueillis par Séverine Sollier et Benjamin Jullien

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