Et si on donnait une deuxième chance à Dexia ?

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Face aux besoins de financement non satisfaits des collectivités locales, qui sont évalués à quelque 5 milliards pour l'année 2012, certains estiment que l'on pourrait donner l'opportunité aux équipes de Dexia Crédit Local de continuer leur activité de financement des collectivités locales. Explications.

Jusqu'à 25 milliards d'euros en 2012. Voilà ce que représentent les besoins de financement du secteur public local, qui regroupe les hôpitaux, les sociétés d'économie mixte et les collectivités locales. Une partie de cette demande ne devrait pas être satisfaite. Certes les banques vont contribuer à hauteur de 8 à 10 milliards d'euros. La nouvelle coentreprise entre la Caisse des dépôts (CDC) et La Banque Postale, qui verra le jour en juin, mettra elle entre 5 et 6 milliards d'euros, alors que la CDC vient de débloquer une enveloppe supplémentaire d'un maximum de 5 milliards d'euros. Il pourrait donc manquer environ 5 milliards d'euros au secteur public local cette année. Devant la désertion de plusieurs banques, les élus tentent de trouver la parade. Ils ont proposé de créer une agence de financement des collectivités locales. Mais elle ne devrait pas être opérationnelle avant 2013, et sa création, complexe, nécessite des garanties étatiques.

Permettre à Dexia Crédit Local de continuer son activité de prêts

La solution aux soucis des collectivités locales pourrait pourtant se trouver sous leur nez. Pourquoi en effet ne pas donner la possibilité une partie des 1350 salariés de Dexia Crédit Local (DCL), le leader historique du marché, de continuer dans l'avenir à prêter aux collectivités locales? Les salariés de Dexia qui ne seront ni repris par la coentreprise, ni cantonnés à la gestion du stock de prêts existant, pourraient en effet être licenciés très prochainement. Ce qui représenterait un nombre consistant de salariés. On parle d'un tiers des effectifs.
En interne, on ne comprend du coup pas pourquoi personne ne compte profiter du savoir-faire, rare en France, de ces employés de Dexia Crédit Local qui vont être sur le carreau. En effet, Dexia Crédit Local possède aujourd'hui les outils et les compétences pour accorder des prêts aux acteurs du secteur public local. « Dexia Crédit Local est une belle voiture, mais qui n'a plus d'essence », estime une source en interne. Cette essence, c'est-à-dire les financements, Dexia Crédit Local pourrait la trouver par l'intermédiaire de Dexma, dont l'Etat Français et la CDC vont être actionnaires à hauteur de 31% chacun, et qui sera le véhicule de refinancement de la nouvelle coentreprise CDC / La Banque Postale.

Un problème plus politique que financier

Mais le problème semble être plus politique que financier. Difficile pour les collectivités locales de refaire confiance à une entreprise qui leur a vendu des prêts dont beraucoup se sont avérés toxiques lors de la crise. Les collectivités ont en effet toujours 10 milliards d'euros d'encours de prêts très risqués contractés auprès de Dexia. Le président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone (PS), indiquait en novembre dernier que « pour toutes les collectivités, Dexia avait un rôle particulier de conseil » car elle était la banque des collectivités locales. Malheureusement, selon lui, « la banque n'a pas été au rendez-vous du conseil ».
Les prêts les plus toxiques ont pourtant été octroyés avant la crise de 2008. Depuis, les dirigeants de l'époque, désignés comme principaux responsables du fiasco, ne sont plus là. « On n'a pas le courage d'oublier les erreurs du passé et de refaire confiance aux équipes de Dexia Crédit Local», déplore la même source syndicale. D'autant que selon elle, « le métier de prêts aux collectivités locales est rentable et n'est pas responsable de la déconfiture financière de Dexia. Les 12 milliards d'euros de pertes en 2011 proviennent de la spéculation du passé ».

Prêter aux collectivités locales est rentable

Le métier de prêts aux collectivités locales peut de plus être rentable, comme l'indique le président du directoire de la Banque Postale, Philippe Wahl : « Si nous y allons, c'est parce que nous pensons qu'il va être rentable, plus rentable qu'avant la crise même, et qu'il va nous permettre de générer du PNB et bien plus ».
Financer une collectivité locale ne génère cependant pas un niveau de marge assez élevé pour attirer d'autres types d'acteurs. « Les marges sur le marché des prêts aux collectivités locales sont historiquement faibles. Plus les marges se reconstitueront, plus de nouveaux acteurs comme les banques internationales, les fonds obligataires -dans la mesure où les collectivités locales peuvent les solliciter - et les institutionnels de type assureurs, intégreront ce marché », estime Guillaume Arnaud , directeur général adjoint de Tikehau IM, une société de gestion indépendante. « On a vu qu'à 4,25%, comme l'a fait récemment le Crédit Foncier, une émission sur le marché obligataire sur dix ans peut être largement souscrite », ajoute-t-il.

Une spécificité française qui nuit au financement des collectivités locales

La réticence des banques françaises à financer le secteur public local provient en réalité d'une spécificité bien française : les collectivités locales sont obligées de déposer leur épargne auprès du Trésor public, et non auprès des banques. Les acteurs de marché sont donc « peu enclins à prêter aux collectivités locales dont ils ne peuvent pas disposer des dépôts », indiquait en février Augustin de Romanet, alors directeur général de la CDC.
La future réglementation bancaire de Bâle 3 demande en effet aux banques de disposer d'un niveau de fonds propres plus important à mettre en face de leurs engagements. « Il faut avoir conscience qu'avec les nouvelles normes de régulation bancaire, les collectivités locales sont pénalisantes pour les établissements bancaires en termes de fonds propres, étant donné la longueur des engagements », déplorait Philippe Wahl. Des élus locaux sont donc récemment montés au créneau auprès des régulateurs financiers européens pour qu'ils intègrent la spécificité française dans les règles de Bâle 3.

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Commentaires
a écrit le 14/03/2012 à 12:10 :
ET POURQUOI PAS, redonnons une seconde chance à DEXIA
a écrit le 14/03/2012 à 11:00 :
"Face aux besoins de financement non satisfaits des collectivités locales"tout est dans la beauté de cette phrase.rendons l'endettement pour frais de fonctionement possible pour les collectivités
a écrit le 14/03/2012 à 7:52 :
une fois de plus une experience malheureuse devrait rendre plus prudent et vigilant, c'est tout le contraire lorsqu'il s'agit de l'Etat ou des collectivités locales, pauvre France et qui sera capable de la redresser et de lui rendre sa fierté ?
a écrit le 13/03/2012 à 22:50 :
Errare humanum est, sed persevere diabolicum. Dexia nous a déjà couté assez cher comme cela. Fini, terminé, on ne veut plus payer pour ce gouffre sans fonds.

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