Banques espagnoles: «malgré leurs défauts, les stress tests sont crédibles »
Propos recueillis par Gaëlle Lucas
Propos recueillis par Gaëlle Lucas
La Tribune : Le Gouvernement espagnol estime que la somme de 62 milliards d'euros nécessaire pour recapitaliser les banques est « gérable ». Est-ce le cas ?
Daniel Pingarrón, stratège chez IG Marckets : Oui. Elle correspond au bas de la fourchette d'entre 60 et 70 milliards d'euros qu'envisageaient les marchés. Le Gouvernement devrait ne demander à l'Europe qu'entre 50 et 60 milliards d'euros, si bien que la dette publique atteindra 85% du PIB fin 2012, ce qui est tout à fait gérable.
La Tribune : Ces tests se basent sur des données agrégées et non individuelles. Ils ne prennent pas en compte la détérioration des participations industrielles, et envisagent une capacité importante de revenus malgré des hypothèses macroéconomiques défavorables. Sont-ils crédibles ?
Daniel Pingarrón : Malgré ces défauts, les stress tests sont crédibles, notamment parce que le scénario adverse est très exigeant. Rappelons que ces 62 milliards ne seraient nécessaires que dans une situation hypothétique adverse très dure. De fait, les marchés les ont accueilli favorablement. Les titres des banques ont enregistré de fortes hausses et notamment ceux des entités qui suscitaient le plus de doutes, comme Banco Popular et Banco Sabadell.
La Tribune : Les prochains examens analyseront les bilans entité par entité. Ces tests risquent-ils de contredire les résultats des audits d'hier ?
Je ne le pense pas. De fait, il existait déjà le risque que Wyman et Berger rendent des pronostics différents (leurs rapports ont été menés de façon indépendante, ndr) et cela n'a pas été le cas. Quoiqu'il en soit, avec un "back stop" de 100 milliards d'euros, il existe une marge de sécurité suffisante en cas de déviation, improbable, de ces chiffres.
La Tribune : Le Gouvernement va demander officiellement l'aide européenne ce Lundi. Pourquoi ne pas attendre les résultats des tests de septembre qui sont plus précis ?
Compte tenu des pressions extérieures, le gouvernement n'est pas en conditions d'attendre le mois de septembre. Il demandera les fonds puis chaque entité sollicitera au FROB (fonds public espagnol de sauvetage bancaire, ndr) le montant dont elle a besoin. Ce qui compte maintenant, c'est de connaître les conditions du sauvetage : fonds utilisé, période de carence...
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La Tribune : Les banques nationalisées concentrent « le gros » des besoins en capital. Quelles autres entités solliciteront des fonds publics ?
Daniel Pingarrón : Quatre groupes de caisses auront feront aussi appel au FROB : BMN, Liberbank, Ibercaja et Caja 3. Ces trois dernières sont d'ailleurs sur le point de fusionner. Aucune autre banque n'y fera appel car les conditions que demandera le FROB en échange risquent d'être très dures : baisse des dividendes, réduction du nombre d'agences et d'employés et ventes d'actifs. Mais même celles qui s'en sortent seules devront se restructurer. CaixaBank, par exemple, devra sans doute mener des cessions d'actifs importantes.
La Tribune : Le gouvernement a-t-il raison d'écarter toute liquidation d'entité non viable au motif que cette solution serait la plus coûteuse ?
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Daniel Pingarrón : Ces commentaires semblent surtout destinés aux clients de Banco de Valencia. Si cette entité est liquidée, ils risquent de perdre de l'argent puisque le Fonds de garantie des dépôts ne couvre que 100.000 euros. Le gouvernement veut éviter tout précédent qui crée la panique.
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